Attentats du Bataclan. Les militaires ont reçu l’ordre de ne pas intervenir, les victimes portent plainte

People mourn in front of the screened-off facade of the Bataclan Cafe adjoining the concert hall, one of the sites of the deadly attacks in Paris8 soldats de l’opération Sentinelle, armés d’armes de guerre et présents devant le Bataclan le soir du 13 novembre, ne sont pas intervenus et ont refusé de prêter leurs armes aux policiers | REUTERS

Les victimes et familles de victimes s’interrogent : 8 soldats de l’opération Sentinelle, munis d’armes de guerre et présents devant le Bataclan le soir du 13 novembre, ne sont pas intervenus et ont refusé de prêter leurs armes aux policiers. Une plainte a été déposée pour « non-assistance à personne en péril » en l’absence d’intervention des militaires lors des attentats perpétrés au Bataclan.

Deux ans et demi après les faits, les responsabilités et la vérité entourant les attentats du 13 novembre n’ont pas encore fini d’être élucidées. C’est ce qu’estiment 17 victimes et familles de victimes regroupées en collectif qui a déposé plainte contre X pour « non-assistance à personne en péril », révèle ce vendredi Le Parisien, reprenant l’argumentaire des trois avocats, Jean Sannier, Océane Bimbeau et Samia Maktouf. En cause, un ordre, donné alors que des centaines de victimes sont retenues par les terroristes à l’intérieur de la salle de concert parisienne, obligeant les militaires à ne pas intervenir et à attendre.

« On leur a interdit une intervention physique, c’est-à-dire de rentrer [dans le Bataclan], mais aussi le prêt de matériel médical de premiers secours à des policiers », ajoute Samia Maktouf, estimant qu’« on n’aurait peut-être pas empêché la mort de 90 personnes mais au moins évité des hémorragies qui ont donné la mort ». Les avocats pointent la responsabilité du gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Le Ray, qui lors de son audition avait déclaré qu’il « est impensable de mettre des soldats en danger dans l’espoir hypothétique de sauver d’autres personnes ».

« Sa réponse a été aussi froide et violente qu’inacceptable », déplorent les avocats dans leur communiqué. « C’est inaudible, et moralement criminel », a ajouté Océane Bimbeau: « On sait que ce sont dans les dix premières minutes qu’il y a eu le plus grand nombre de victimes ».

Le soir du 13 novembre 2015, alors que trois jihadistes prennent en otage les spectateurs au Bataclan, huit militaires du 1er régiment de chasseurs de Thierville (Meuse) de l’opération Sentinelle s’étaient retrouvés parmi les premières forces de sécurité sur place, armés de Famas. Ils n’ont pas pu intervenir et soutenir les hommes de la brigade anticriminalité (BAC) du Val-de-Marne. Lorsque ces policiers, ainsi qu’un commissaire de police accompagné de son chauffeur, sont entrés dans la salle et ont constaté l’armement lourd des terroristes et l’ampleur du drame, ils ont demandé aux militaires, n’intervenant pas, de leur prêter leurs armes de guerre. Ce que les militaires ont refusé, conformément à leur règlement. Les policiers, sous-équipés, ont alors essuyé le feu des armes de tir automatiques des terroristes.

Des parlementaires « sidérés »

Interrogée par franceinfo, l’une des avocates des victimes et familles plaignantes a expliqué que « le temps n’atténue pas le questionnement qui taraude mes clients. Pourquoi a-t-on empêché 8 militaires présents devant le Bataclan sur ordre d’intervenir pour tenter de neutraliser les terroristes ? Ce ne sont pas les personnes, les responsables, les ministres qui comptent. Ce qui est important, c’est qu’on a tué 90 personnes alors que les soldats étaient armés, formés, censés protéger, censés sécuriser, ne sont pas intervenus. »

Cette question a déjà été posée, notamment par des parlementaires. En 2016, alors qu’une commission d’enquête parlementaire est fondée pour étudier ces attentats, Georges Fenech, député Les Républicain et ancien magistrat, s’interroge déjà sur la non-intervention des militaires. Selon ce dernier, « clairement, un ordre a été donné aux soldats Sentinelle de ne pas engager le feu alors qu’ils avaient en ligne de mire des terroristes ». « À la question : Qui a donné l’ordre aux soldats de ne pas intervenir ? On n’a jamais su, regrette Georges Fenech. Avec les autres parlementaires, on était sidérés ».

Gérard Chemla, avocat pénaliste à Reims et représentant de quatre-vingt victimes et ayant droit du Bataclan avait lui aussi, en 2016, fait une demande d’acte pour « qu’ils enquêtent sur la non-autorisation aux militaires de donner leur arme ». « Je ne suis pas saisi de ces questions », avait balayé le juge à l’époque, rapporte Le Parisien. Malgré un recours devant la Cour d’appel, la question restera sans réponse.

Pour Sébastien Gomet, frère d’une victime et l’un des plaignants, Pour lui, « il n’y aurait pas eu ce lourd bilan de 90 morts au Bataclan si les soldats Sentinelle avaient pu intervenir. Je voudrais que l’État français responsable de l’ampleur du drame le reconnaisse ».

L’association de victimes Life for Paris, qui n’a pas pris part « pour l’instant » à la plainte, la question de la non-intervention des militaires est « tout à fait légitime », a déclaré à l’AFP son président Arthur Desnouveaux. Malgré les demandes répétées des victimes, le sujet n’a pas été inclus dans « l’enquête principale », déplore-t-il. « C’est regrettable qu’il faille porter plainte pour que ces faits soient examinés sérieusement ».

Source : Ouest-France

Bataclan : des familles de victimes demandent des comptes à l’Etat

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Sébastien Gomet, le premier plaignant – dont Cédric, le petit frère, a été tué au Bataclan – accompagnée de son avocate Océane Bimbeau.

Deux ans et demi après l’attentat, dix-sept victimes et ayant droit portent plainte. Selon eux, si les soldats de l’opération Sentinelle, présents sur place, avaient pu agir, le bilan aurait été moins lourd.

Le procureur de la République va voir arriver ce vendredi sur son bureau une plainte particulière. Deux ans et demi après la tragédie du Bataclan le 13 novembre 2015, qui fit 90 morts sous les balles des terroristes, dix-sept victimes ou familles de victimes se sont regroupées en un collectif. Leurs trois avocats déposent conjointement une plainte, initiée par une avocate lyonnaise Me Océane Bimbeau, du cabinet Sannier et Associés, « contre X pour non assistance à personne en péril en l’absence d’intervention des militaires lors des attentats perpétrés au Bataclan».

Le soir tragique, alors que des centaines de victimes étaient prises en otage dans le Bataclan, huit soldats de l’opération Sentinelle, armés de Famas, des armes de guerre, n’ont pu, sur ordre de leur hiérarchie, intervenir aux côtés des policiers de la BAC (brigade anticriminalité) du Val de Marne arrivés les premiers et d’un commissaire de police, accompagné de son chauffeur, qui n’a pas hésité à rentrer dans la salle de concert et a tué l’un des terroristes.

 

Ces policiers, sous-équipés, qui se faisaient tirer dessus par les terroristes armés de kalachnikov, ont demandé aux soldats de leur prêter leur Famas. Les militaires, obéissant au réglement, ne se sont pas départis de leur arme.

Ce n’est pas la première fois que des familles demandent à la justice de faire la lumière sur ce point. Gérard Chemla, avocat pénaliste à Reims, représentant quatre vingt autres victimes et ayant droit du Bataclan, avait, en 2016, fait une demande d’acte aux juges d’instruction « pour qu’ils enquêtent sur la non autorisation aux militaires de donner leur arme». « Le juge m’avait répondu : Je ne suis pas saisi de ces questions ». Maitre Chemla avait alors tenté un recours devant la Cour d’appel, qui n’avait pas eu de suite.

Les familles et leurs avocats souhaitent l’ouverture d’une enquête afin de comprendre pourquoi les soldats n’ont pu intervenir ce soir là. En 2016, une commission d’enquête parlementaire sur ces attentats, présidée par Georges Fenech, alors député (LR), ancien magistrat, avait tenté de faire la lumière. Pour ce dernier, «clairement, un ordre a été donné aux soldats Sentinelle de ne pas engager le feu alors qu’ils avaient en ligne de mire des terroristes ». « A la question : Qui a donné l’ordre aux soldats de ne pas intervenir ? On n’a jamais su, regrette Georges Fenech. Avec les autres parlementaires, on était sidérés ». Ce jeudi, le porte-parole du gouverneur militaire, interrogé », a indiqué «ne pas avoir eu connaissance de la plainte » et « ne pas avoir de commentaires à faire ».

Le frère d’une victime : «Une démarche de vérité»

Sébastien Gomet, l’un des plaignants, a perdu son petit frère Cédric ce soir de 2015 dans la salle de concert. En lisant le rapport de la commission parlementaire, il a été « saisi d’effroi et de colère ». «Cette plainte ne me rendra pas mon frère, confie ce pudique architecte de 38 ans. Mais c’est une démarche de vérité ». Pour lui, « il n’y aurait pas eu ce lourd bilan de 90 morts au Bataclan si les soldats Sentinelle avaient pu intervenir. Je voudrais que l’Etat français responsable de l’ampleur du drame le reconnaisse».

Me Samia Maktouf, l’une des avocates des dix-sept victimes, va plus loin. En parallèle de cette plainte au pénal, elle intente une action en responsabilité de l’Etat devant le tribunal administratif . Elle plaidera le 4 juillet prochain.

Source : Le Parisien

 

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En dehors des 8 militaires incriminés par Ouest-France et Le Parisien, rappelons que 26 gendarmes de l’Escadron de Reims, en mission de protection du domicile du Premier ministre de l’époque, distant d’environ 600 mètres au sud du Bataclan, s’étaient déplacés d’initiative sur zone dès les premiers coups de feu.

En effet le capitaine, commandant du dispositif, avait constitué une colonne de secours et d’assaut avec les hommes dont il disposait sans affaiblir la mesure de protection de la demeure de monsieur Valls.

Arrivé sur les lieux cet officier rendit compte de la situation au Bataclan. Il reçu l’ordre de ne pas intervenir et d’attendre l’équipe du RAID laquelle arriva 40 minutes plus tard.

Pour finir n’oublions pas que le groupe du GIGN, stationné à la caserne des Célestins, à deux pas du Bataclan, se vit interdit de prêter main-forte aux policiers de la BRI.

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Les 13 et 16 novembre 2016 Profession-Gendarme avait relaté le détail de ces événements au travers des articles suivants :

- Bataclan, qui a ordonné aux gendarmes présents de stopper l’assaut ?

- Attentat : Pourquoi ont-ils interrompu l’action des gendarmes ?

Le 12 novembre Média Presse Info titrait : Bataclan : Des gendarmes ont reçu l’ordre de ne pas intervenir… Comme des militaires…

Le 21 novembre 2017 nous avions également publié : PARIS : « Pourquoi a-t-on interrompu l’action des gendarmes au Bataclan ? ». Dans cette publication vous trouverez le rapport de l’Assemblée Nationale dit « Rapport FENECH » sous les liens suivants :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r3922-t2.asp  (Tome 2)

http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rap-enq/r3922-t1.pdf  (Tome1)

A notre grande surprise, l’action de 26 gendarmes de l’Escadron de REIMS, présents à proximité des lieux, puis ensuite sur les lieux, n’apparaît nullement dans ce rapport. (voir de la page 51 à la page 61 du tome 1 du Rapport C. LA TUERIE DE MASSE AU BATACLAN ET LA PREMIÈRE RIPOSTE DES FORCES DE SÉCURITÉ (21H40-22H))

Le 19 novembre 2017  nous avons  publié :  13 Novembre… Second anniversaire du drame du BATACLAN . Dans cet article nous apportons les précisions suivantes :

Si le communiqué du 18 octobre 2016 vient confirmer l’action des militaires de l’escadron 31/7 de Reims, en revanche celui du 16 novembre 2016 vient y mettre « un bémol ».

Pourtant, le général Thibault MORTEROL, patron des gendarmes de la zone de défense Est, témoignait sur le journal L’Union :

« Ils étaient au premier rang sur les événements du Bataclan »

« Ils se sont rendus sur les lieux. Ils ont porté les premiers secours, mis en sécurité un certain nombre de gens…/ »

 

Il est à noter que ces militaires sont partis de la rue Keller située à environ 600 mètres au sud du Bataclan et ont rejoint la salle de spectacle par le boulevard Voltaire.  Tandis que la place de la République est située quant à elle à environ 500 mètres au nord du Bataclan. Capture d’écran 2018-06-08 à 23.55.35

(La rue Keller en bas de la carte à droite. Le Bataclan  en centre, la Place de la République tout en haut à gauche de la carte )

Sur la carte des attentats du 13 novembre à Paris, reproduite ci-dessous,  visiblement la place de la République ne semble pas concernée.

Aujourd’hui nous nous interrogeons toujours : « Pourquoi le Rapport FENECH ne mentionne-t-il pas l’intervention de nos camarades de l’escadron de Reims ? Nous aimerions savoir qui leur a donné l’ordre de cesser leurs actions sur le Bataclan ?

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La Rédaction de Profession-Gendarme

 

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