Ras-le-bol à Matignon : Lecornu saisit la justice pour faire taire les fuites du budget dans la presse

Auteur(s) France-Soir Publié le 08 septembre 2026 – 21:03

F. Froger / Z9, pour FranceSoir

Dimanche dernier, Les Échos mettent la main sur un document de Bercy selon lequel, participation, intéressement et abondements au-dessus de 3 000 euros pourraient être soumis à cotisations, une piste estimée à un milliard d’euros pour la Sécurité sociale, moins une rumeur de comptoir qu’un projet consulté, daté et chiffré.  Lundi matin, Roland Lescure ne se dérobe pas, interrogé sur RTL, le ministre de l’Économie reconnaît que cela « fait partie des pistes qu’on regarde, comme d’autres », une phrase banale en apparence et pourtant souvent lourde de conséquence dès qu’elle sort de Bercy.

Le soir, Matignon tente d’inverser la lumière et réduisant l’affaire à un « document de travail » qui n’aurait jamais été une décision, les ministres n’ayant « pas validé » et Sébastien Lecornu ne s’étant « jamais prononcé en faveur » d’une fiscalisation, sa réflexion allant même « dans le sens inverse », vers un déblocage de l’épargne déjà constituée. Arrive alors le communiqué : signalement à la procureure de Paris au titre de l’article 40, avec en toile de fond l’abus de confiance et la violation du secret professionnel, les fuites étant accusées de « troubler la vie des affaires ».

Le Parisiendécrit un chef de gouvernement qui « commençait à en avoir ras le bol », ce qui se comprend quand on gouverne sans majorité, sous la menace d’une censure et à quelques mois d’une présidentielle, chaque fuite budgétaire prend alors l’effet d’une grenade dégoupillée. Reste l’ordre des annonces, difficile à avaler. Le matin, Bercy confirme qu’on « regarde »; le soir, on appelle le parquet parce que quelqu’un a regardé de trop près.

Matignon précise que la presse n’est pas visée, ce qui arrange tout le monde puisqu’on s’en prend au porteur plutôt qu’au titre, tandis que le cabinet répète que les administrations « expertisent en permanence des dizaines de pistes ». Fort bien. Alors pourquoi Lescure n’a-t-il pas parlé d’un brouillon sans lendemain, au lieu de laisser entendre qu’une option fiscale était bel et bien sur la table?

L’épargne salariale n’est pas un trésor anonyme. Des millions de salariés y logent ce que l’entreprise leur verse en plus du salaire, déjà grignoté par la CSG et la CRDS, pour un stock d’environ 230 milliards. Un milliard de plus pour colmater la Sécu se discute à l’Assemblée et se vote; cela ne s’enterre pas derrière un article 40. Quant à saisir la justice après que son propre ministre a commenté le dossier à l’antenne, cela ressemble moins à la défense de l’État qu’à une tentative d’éteindre le débat.

Source : France Soir

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *