L’amer quinquennat des gendarmes de l’Elysée

Paris, le 15 mai 2012, passation de pouvoir entre Francois Hollande et Nicolas Sarkozy au palais de l'Elysee. (Photo M. Guyot/Essor)

Palais de l’Élysée (Photo d’illustration M. Guyot/Essor)

 

Ancien patron du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), le colonel (ER) Denis Roux avait «beaucoup d’espoir» en 2012 lorsque François Hollande, tout juste élu président de la République, avait décidé de réintégrer des gendarmes dans sa sécurité rapprochée.

En effet, en 2007, au lendemain de son investiture, le président Nicolas Sarkozy avait renvoyé à Satory et sans ménagement les gendarmes qui composaient la moitié de l’unité de protection d’élite (1).

Interrogé dans nos colonnes en juillet 2012, Denis Roux estimait donc que le retour en grâce des gendarmes  n’était qu’un «juste retour des choses» après  le «hold-up» policier de 2007 sur le GSPR.

Aussi symbolique que leur éviction de 2007, le retour des militaires à l’Elysée en 2012 avait été perçu comme un premier pas vers un apaisement.

Certes le commandement restait confié à une policière, la commissaire divisionnaire Sophie Hatt, mais son adjoint, un officier de Gendarmerie, allait certainement lui succéder à mi mandat. Le système précédent avait en effet instauré officieusement une alternance tous les deux ans.

Pas d’alternance

Las! Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit et la policière n’a laissé sa place à son adjoint, le colonel Lionel Lavergne, qu’au bout de 5 ans, début mars 2017, à la veille d’un renouvellement de bail élyséen.

Il semblerait que ses velléités de point de chute de prestige -le bruit d’une préfecture importante avait un temps couru- aient prolongé son affectation jusqu’à ce qu’elle accepte de devenir directrice de la Coopération internationale du ministère de l’Intérieur en étant promue, au passage directrice des services actifs de la Police nationale, l’échelon le plus élevé de la hiérarchie policière.

On aurait pu imaginer un meilleur sort pour la Gendarmerie sous Hollande, elle qui avait le vent en poupe, avec un directeur général, le général Denis Favier, très proche du Premier ministre Manuel Valls.

Avec une bonne partie de sa carrière effectuée au sein du GIGN, qui fournit les troupes gendarmiques du GSPR, le directeur général avait autant de bonnes raisons d’en prendre la défense de l’unité que d’être entendu par les grands chefs. .

Il faut croire que Sophie Hatt, qui avait assuré la sécurité de Lionel Jospin lorsqu’il était à Matignon, avait de meilleurs relais, voire l’oreille du Président .

“Relégués et humiliés”

En attendant les gendarmes du GSPR auraient pu se contenter d’un chef adjoint issu de leur Institution s’il n’y avait pire.

En effet, selon Denis Roux, sous le commandement de Sophie Hatt, les gendarmes du GSPR ont été systématiquement «mis à l’écart, relégués et humiliés».

Pour le colonel en retraite, les germes de tout cela sont à chercher dans un arrêté du 17 décembre 2008 qui a rattaché le GSPR au Service de protection des hautes personnalités (SPHP), rebaptisé Service de la protection (SDLP) depuis, et qui dépend de la direction générale de la Police nationale (DGPN).

Auparavant le GSPR était placé pour emploi auprès de la présidence mais dépendait organiquement et administrativement des deux  directions de la Police et de la Gendarmerie. Ce changement de tutelle permettait donc, de fait, à un patron policier du GSPR, d’avoir les pleins pouvoirs.

Les miettes pour les gendarmes

«Un phénomène de confinement des gendarmes s’est mis en place à tous  les échelons du GSPR. Au niveau du commandement, la responsabilité des missions et leur préparation sont confiées presque en totalité à la Police. La portion congrue, 10 à 15% seulement revient  aux gendarmes. En France, c’est pareil: les missions jugées importantes et valorisantes sont prises par le commissaire Hatt et son adjoint ne reçoit que les miettes». 

Cela se poursuit au niveau des postes occupés au sein du dispositif.

«Aucun gendarme n’est présent dans ce que l’on appelle ‘l’équipe privée’, le saint des saints, qui est au plus près du président de la République et qui l’accompagne au plus près lors de ses déplacements privés».

Au final, «il y a une démarche d’exclusion des gendarmes du dispositif  de sécurité et du GSPR. On les tolère, on leur donne les miettes, mais c’est tout».

Tout au long des 5 ans de la présidence, les gendarmes du GSPR font part à leur hiérarchie de «leur désarroi, relayé par le  commandement du GIGN mais ces démarches n’ont pas abouties».

Des gendarmes sans agrément

Au contraire pourrait-on dire puisque même la vie interne de l’unité pose question.

«La formation collective, qui est essentielle pour la cohésion et la qualité du dispositif de protection, est entre les mains de la Police nationale».

Séances de tirs ou de sports de combat sont ainsi «exclusivement menées par des moniteurs et instructeurs policiers au prétexte que le GSPR dépend administrativement de la Police et que les militaires ne sont pas agréés pour le tir… C’est ahurissant!»

Denis Roux précise d’ailleurs que les gendarmes ont été «obligés de passer un test pour être habilités par la Police nationale afin d’utiliser leurs armes au sein du GSPR  alors que leur formation au tir, effectuée par le GIGN, est inégalable. Je vous laisse imaginer les frustrations que cela a pu créer chez les gendarmes du GSPR, qui subissent un recrutement, une sélection et une formation de plusieurs mois, qui sont  hyper qualifiés et à qui l’on dit, du jour au lendemain, qu’ils ne sont pas qualifiés pour mener l’instruction, qu’on les cantonne dans des postes subalternes et qu’ils ne mèneront pas de missions de A à Z car leurs chefs seront des policiers».

Doctrine défaillante

Au delà de ces problèmes d’équilibre entre les deux forces, le colonel (ER) Roux estime que la doctrine n’est pas la bonne.

«La vision de la protection est externalisée, appuyée sur une multitude de services périphériques sans réelle coordination. Il n’y a pas d’ approche d’intégration de toutes les étapes de la sécurité rapprochée comme ça doit être le cas normalement».

A titre d’exemple, il cite «la sécurité nocturne, confiée à la CRS 1 de Villacoublay», équivalent de l’escadron motocycliste de la Garde républicaine, chargé normalement des escortes présidentielles.

«Aujourd’hui, le GSPR est principalement impliqué, pour ce qui est de la sécurité rapprochée du président de la République, dans la  préparation de la mission et l’accompagnement – c’est à dire ce qui est visible et prestigieux. Il assure par ailleurs la gestion des bagages, des hôtels et la sécurité de la presse. Le reste qui est fondamental, la partie immergée de l’iceberg, est confié à une multitude des services locaux ou nationaux plus ou moins motivés. Les points hauts, par exemple, sont tenus par des policiers et gendarmes locaux, il n’y a plus de tireurs d’élite du GSPR,», rappelle-t-il, sans citer, bien que l’on y pense aussitôt, le tir accidentel d’un gendarme du peloton spécialisé de protection de la Gendarmerie (PSPG) de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne) qui a blessé deux personnes le 28 février 2017 lors de l’inauguration de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux par le président de la République .

Au final, le colonel Lavergne a pris la tête de cette unité prestigieuse pour un temps  indéterminé. Le prochain président de la République peut tout à fait refaire du GSPR une unité 100% policière, ce que les textes règlementaire l’incitent même à faire.

Une seule solution, pour Denis Roux: «il faut casser ce texte de 2008  et rattacher cette unité directement au ministère de l’Intérieur. Par ailleurs, dans la mesure ou l’unité est mixte, il faut une alternance des commandants. Si celle-ci n’est pas respectée, il faut l’inscrire dans les textes» 

Matthieu GUYOT

(1) Unité créée sous François Mitterrand en 1983 et composée à 100% de gendarmes durant ses deux septennats, le GSPR était ensuite composé d’autant de policiers que de gendarmes sous la présidence de Jacques Chirac

Source : L’Essor.org

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