« Vous êtes, je pèse mes mots, un héros »

L’hommage du Premier ministre au général Denis Favier, directeur de la Gendarmerie, à l’occasion de son adieu aux armes.

Pas moins de quatre ministres et plusieurs centaines de personnes sont venues rendre hommage au général Denis Favier, à l’occasion de son adieu aux armes, mardi 30 aout en fin d’après-midi, dans la cour d’honneur des Invalides. Le Premier ministre a prononcé l’éloge du Directeur général de la Gendarmerie sortant, en présence de Bernard Cazeneuve (Intérieur), Jean-Yves Le Drian (Défense) et Jean-Jacques Urvoas (Justice). Denis Favier, 57 ans, quitte l’institution au terme d’une carrière militaire de 33 ans. Il rejoint Total le 1er septembre, comme directeur de la sécurité. La passation de commandement a eu lieu au cours de cette cérémonie, le général Favier confiant symboliquement le drapeau de la gendarmerie au nouveau directeur, le général Richard Lizurey. Clin d’oeil : l’homme qui portait le drapeau n’était autre que l’un des fils de Denis et Sylvie Favier, sous-lieutenant à l’Ecole des officiers de gendarmerie de Melun. 

Voici le discours prononcé par le Premier ministre (souligné par nous) : 

« La République, nos forces de sécurité, nos armées doivent infiniment aux hommes et aux femmes qui font le choix admirable de s’engager pour défendre ce que nous avons de plus cher : nos grandes libertés, notre sécurité, notre cohésion, notre démocratie. Parmi ces femmes et ces hommes courageux, dont Bernard CazeneuveA et moi connaissons si bien la valeur, il y a un général d’exception, aux mots pesés, au regard acéré, au caractère trempé … Ce général d’armée, c’est vous, cher Denis FAVIER.

Après 33 ans passés dans la Gendarmerie nationale, vous faites aujourd’hui vos adieux aux armes. Je sais traduire le sentiment de tous en disant l’émotion et l’ profond respect que m’inspire un tel moment. Je me souviens très bien de votre arrivée, à mon cabinet, comme Conseiller gendarmerie, alors que je venais d’être nommé ministre de l’Intérieur … Comme beaucoup de Français, je connaissais vos faits d’armes. Comme nombreux responsables publics s’intéressant aux enjeux de sécurité, je connaissais vos réalisations, vos qualités. (…) Quand je vous ai vu dans mon bureau, pour la première fois, j’ai pris la pleine mesure de l’exigence, du professionnalisme de la grande maison dont vous avez été, pendant trois ans et demi, le directeur général. Une maison que vous aimez tant, à laquelle vous avez consacré vos convictions, votre énergie. Je sais que vous la quittez avec un pincement au cœur … Comment pourrait-il en être autrement !

La République a ses grands serviteurs,  ses grands militaires, ses héros.  Votre modestie légendaire en souffrira, mon général, mais vous êtes les trois à la fois.

D’abord, un grand serviteur de l’Etat. Très jeune, vous savez déjà quelle sera votre voie ; vous n’en avez jamais dévié. Formé dans les lycées militaires d’Autun puis d’Aix, vous intégrez Saint-Cyr – promotion “Grande Armée”. Sortant parmi les premiers, vous faites alors le choix de la gendarmerie. Jeune lieutenant, vous êtes affecté à l’escadron de gendarmerie mobile de Baccarat. Ce premier poste opérationnel, cette proximité du terrain, confirme votre choix d’adolescent : servir la collectivité, incarner l’autorité de l’Etat, l’ordre républicain. Les différents postes de responsabilité vont alors se succéder, en état-major comme en unités opérationnelles : instructeur à Saint-Cyr, commandement du GIGN – à deux reprises ! – de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Gaudens, du groupement de la Haute-Savoie – où vous chapeautez la sécurité du G8 élargi à Evian, réunissant près d’une trentaine de chefs d’Etats – commandement de la région de gendarmerie d’Île-de-France ….

Dans tous ces postes, vous démontrez vos qualités de grand militaire, qui ont toujours été appréciées au plus haut niveau de l’Etat. Un grand militaire, c’est-à-dire un homme capable de commander, d’organiser, d’avoir une analyse précise des risques et des enjeux, mais aussi une vision stratégique, la certitude de celui qui sait où il faut aller.

Vous ajoutez à cela des compétences hors pair en matière de négociation.  C’est utile en situation de crise , utile aussi quand il s’agit de parler budget ! Dans chacun de vos postes, vous avez eu une obsession : moderniser l’institution, l’adapter aux exigences de son temps. Loin des images d’Epinal, vous avez toujours voulu une gendarmerie en capacité de répondre aux lourds enjeux de la sécurité, à la pointe des techniques et des technologies. Un exemple : lorsque vous quittez le GIGN, l’unité est forte de 400 hommes, dispose de capacités uniques d’intervention et s’affirme comme une référence au niveau international. Ces évolutions de votre arme, vous les avez toujours conduites dans la concertation, avec l’adhésion des personnels. C’est cela l’étoffe des grands chefs : pas seulement commander, mais faire partager à tous les objectifs, le sens de l’action menée.

C’est fidèle à votre tempérament que vous avez abordé cette mission de directeur général de la gendarmerie nationale. En trois ans, vous avez mené à bout de bras une profonde réforme de l’institution. C’est la « feuille de route » que vous m’aviez présentée. 370 mesures ont permis de rapprocher les gendarmes et leur administration, de simplifier un grand nombre de tâches et de libérer du temps pour les unités opérationnelles afin qu’elles se consacrent pleinement à leurs missions. Votre action, c’est aussi Néogend, l’équipement numérique de chaque gendarme,  qui bouleversera, à court terme, les méthodes de travail de toute de la gendarmerie. Votre action, c’est enfin la rénovation du dialogue interne. Grâce à vous, la gendarmerie s’est dotée de structures de représentation et de concertation reconnues. Le CFMG – devant lequel j’ai souvent eu l’occasion de m’exprimer – et son groupe de liaison sont des interlocuteurs constructifs, auprès du gouvernement et de la hiérarchie de la gendarmerie. Sous votre impulsion, la gendarmerie nationale a montré qu’une institution plusieurs fois séculaire, forte de 125 000 hommes et femmes d’active et de réserve, répartie sur l’ensemble du territoire – en métropole comme Outre-mer – pouvait, en impliquant directement tous ses membres, se réformer.

Grand serviteur de l’Etat, grand militaire, « Premier des gendarmes », vous avez été un chef charismatique, juste, serein. Ce que vous avez obtenu de vos troupes, vous le devez aussi à ces lettres de noblesse acquises dans l’épreuve, quand les nerfs sont mis à rude épreuve ; quand il n’y a pas de droit à l’échec.  Toujours en première ligne, toujours au contact de l’action, vous êtes – je pèse mes mots – un héros, un exemple qui, je ne doute pas, a suscité beaucoup de vocations. Tout le monde se souvient de ce mois de décembre 1994, du détournement du vol Air France, sur l’aéroport de Marignane. En concevant l’assaut et en le menant à la tête d’une unité d’élite, vous avez permis la réussite de cette intervention à très haut risque. Ce 26 décembre, le GIGN a sauvé la vie de 175 passagers et membres d’équipage. 9 gendarmes ont été blessés au cours de l’assaut. Je salue tous ceux qui sont présents cet après midi, gendarmes du GIGN, qui sont la fierté de notre pays. En juin 1995, vous êtes engagé dans l’opération « Balbuzard Noir » en Bosnie-Hérzégovine, pour libérer des militaires détenus par les milices serbes de Bosnie. Quelques semaines après, vous prenez une part active à la recherche de Khaled Kelkal , dangereux terroriste responsable de nombreux attentats commis sur le territoire national. En avril 2008, vous participez à l’opération pour libérer les otages du navire Le Ponant, détenus par des pirates somaliens près du golfe d’Aden. Vous êtes parachuté en mer, « tarponné » si on veut être précis, et vous avez permis, là encore, de sauver des vies et d’interpeller les auteurs de cet acte de piraterie. Enfin, en 2015, avec sang-froid, méthode, autorité, vous dirigez la traque des frères Kouachi pour mettre un terme à leur course sanglante.

Mon général, Vous pouvez être fier de ce que vous avez accompli, de l’empreinte que vous laissez. Vous quittez une institution moderne,totalement engagée pour la sécurité des Français. Coude à coude avec la police nationale, elle fait face aux menaces : le terrorisme islamiste, mais aussi la criminalité organisée, la délinquance quotidienne, les violences. Elle assure cette présence permanente sur l’ensemble de notre territoire. C’est cela la République : une même exigence de protection pour chacun, dans nos villes, comme dans nos territoires ruraux !

Il revient à présent au général Richard Lizurey de veiller aux destinées de la gendarmerie. Je le connais également très bien, depuis plusieurs années. Je sais qu’il sera à la hauteur pour poursuivre la modernisation de l’institution, pour faire vivre vos traditions et maintenir cet esprit de cohésion, de camaraderie qui vous caractérise. Le drapeau qui vous sera transmis tout à l’heure, mon général, symbolise la confiance que vous porte la République comme futur chef de l’une de ses plus anciennes et prestigieuses institutions.

Une institution que vous ne quittez pas complètement, cher Denis Favier. Même s’il y a cette maison dans les Pyrénées, près de Tarbes, où vous aimez tant vous ressourcer, même s’il y a une vie professionnelle nouvelle qui vous attend dans un grand groupe français, vous conserverez, je le sais, un regard attentif. Notamment parce que l’un de vos fils, élève officier, à Melun, s’apprête à prendre la relève … La gendarmerie nationale est souvent une histoire de famille … justement parce que les familles, du fait de la mobilité géographique, du fait des contraintes du métier, sont directement impactées …

Je sais que vos quatre enfants, votre épouse, avec qui vous partagez cette soif de l’engagement, ont toujours été à vos côtés. Et que malgré l’exigence de vos missions, vous n’avez jamais mis de côté votre rôle de père. Alors, devant votre famille, vos amis, vos frères d’armes, je veux vous témoigner, au nom de tous, notre infinie gratitude. Je veux vous dire la reconnaissance de la Nation. Avec des mots simples, qui vont si bien avec votre humilité, des mots simples qui traduisent mon amitié sincère, je veux vous dire : merci, pour l’exemple que vous avez su être et pour l’immense tâche que vous avez accomplie.

Source : L’Opinion

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