Sécurité. Collomb : « Nous faisons du sur-mesure »

photo-ministere-de-l-interieur-francis-pellier_3996531 (Photo ministère de l’Intérieur/Francis Pellier)

Invité par le député Richard Ferrand, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, va aujourd’hui à la rencontre des pompiers et gendarmes du Finistère. Au programme : recrutement et police de sécurité du quotidien. Dans un entretien accordé au Télégramme, le ministre détaille les mesures prises. Il annonce également le maintien du dispositif sécuritaire à Notre-Dame-des-Landes, précise les pistes pour mieux gérer les manifestations violentes. Et reste très ferme dans la gestion de la crise migratoire.

Police de sécurité du quotidien. « On va voir davantage de policiers et gendarmes sur la voie publique »
Vous venez notamment à la rencontre aujourd’hui des gendarmes de Carhaix et Sizun et des élèves-gendarmes de Châteaulin. Le Finistère est l’un des vingt départements « mieux accompagnés » dans le cadre de la « police de sécurité du quotidien » : quel en est le dispositif ?
« Je viens ici dans cette terre de Cornouaille expliquer qu’avec la police de sécurité du quotidien, nous faisons du sur-mesure. Le Finistère n’est pas le plus impacté de France par la délinquance, mais il est un département très peuplé où les flux de déplacements sont importants. Sur les vingt départements « mieux accompagnés », dont font également partie l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, 500 gendarmes viendront renforcer les groupements actuels. En plus de ces renforts, dans le Finistère, nous avons mis en place en zone gendarmerie deux groupes de contact, à Brest et Carhaix, et une brigade de contact sera créée à Sizun. La police de sécurité du quotidien se décline aussi en zone urbaine, avec des » quartiers de reconquête républicaine « (15 actuellement, 60 fin 2020) ».
Concrètement, quelle va être l’action de ces gendarmes « de contact » ?

« Ils auront pour mission d’aller spécifiquement au contact de la population, des acteurs institutionnels et socio-économiques. Le but est de répondre mieux et plus rapidement aux problématiques observées sur le terrain, d’être plus visibles mais aussi de faire remonter de l’information pour aider à adapter les stratégies de lutte contre la délinquance. Ces gendarmes participeront aux réunions publiques, conduiront des actions d’information et de prévention auprès des établissements scolaires, contribueront aux contrôles des personnes et des véhicules… »
Ne craignez-vous pas des transferts de délinquance dans les quartiers et départements qui ne sont pas « accompagnés » ?

« Le but est de faire reculer la délinquance partout. Et si tous les départements ne sont pas accompagnés comme l’est le Finistère, chaque territoire aura, grâce à la création de 10 000 postes, bénéficié d’ici la fin du quinquennat de policiers et/ou de gendarmes supplémentaires. Toutefois, les renforts d’effectifs ne sont pas tout. La police de sécurité du quotidien, c’est d’abord une nouvelle doctrine. Avec l’idée de simplifier considérablement le travail des forces pour leur permettre de revenir sur le terrain. C’est ce que permettra la réforme de la procédure pénale : actuellement une heure d’enquête se traduit par sept heures de procédure. Demain, nous voulons réduire fortement ce ratio. Nous entendons libérer policiers et gendarmes des tâches indues que sont par exemple les extractions judiciaires et la gestion des procurations. De même, nous travaillons à réduire les conduites aux urgences hospitalières. À côté de cela, nous allons renforcer le pouvoir des enquêteurs, supprimer le papier en dématérialisant les procédures, forfaitiser des infractions : l’usage de stupéfiants, et l’outrage sexiste sont à l’étude. Pour la consommation de cannabis, il faut par exemple avoir à l’esprit que le traitement de ce délit prend 1,2 million d’heures par an, pour 170 000 interpellations annuelles et seulement 33 000 condamnations. Grâce à ces mesures, oui, on va voir davantage de femmes et d’hommes en uniforme sur la voie publique ! »
Qu’attendez-vous des maires ?

« Les maires sont les interlocuteurs privilégiés sur les questions de sécurité locale. Nous les avons incités et les incitons, lorsque c’est nécessaire, à se doter d’une police municipale et de système de vidéoprotection. Avec la police de sécurité du quotidien, nous voulons travailler encore plus étroitement avec eux. À ce sujet, deux députés, Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, l’ancien patron du RAID, me remettront cet été les conclusions de leur mission parlementaire sur la complémentarité entre forces de l’ordre régaliennes (police et gendarmerie), polices municipales et sécurité privée : patrouilles mixtes, formations, conventions locales de coordination. Rien ne doit être exclu ».
Aucune étude scientifique n’a jamais été conduite pour évaluer les effets de la vidéoprotection. Est-ce à l’ordre du jour ?

« Je parle d’expérience sur ce sujet. Un exemple se suffit à lui-même : comment expliquez-vous que les trafiquants de drogue tentent de détruire les caméras que l’on installe ? Parce qu’elles les dérangent, et donc parce que c’est efficace ! Par ailleurs, les images capturées par les caméras piéton sont particulièrement précieuses pour la résolution d’affaires ».
Des maires se plaignent que l’aide financière apportée n’est pas au rendez-vous. Que leur répondez-vous ?

« Beaucoup de maires ont demandé à bénéficier des aides à l’installation de systèmes de vidéoprotection. Les crédits ont effectivement été assez vite consommés. Et les prochains le seront aussi. Nous allons continuer nos efforts, mais je ne peux pas tout promettre. Ma priorité vise à tenir l’engagement du président de la République de créer 10 000 postes de policiers et gendarmes pour ce quinquennat. Je dois sécuriser les recrutements qui demandent un effort exceptionnel. Rien que pour l’année 2018, avec toute une génération qui part à la retraite, nous devons recruter 11 000 policiers et gendarmes. Cela va donner du travail aux instructeurs de l’école de gendarmerie de Châteaulin que je visite ce jour ! »


Source :  Le Télégramme

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