Sans leurs gendarmes les campagnes ont le blues

La Trimouille constate la perte mais semble plus résigné. - La Trimouille constate la perte mais semble plus résigné.

La Trimouille constate la perte mais semble plus résigné.

Après l’annonce de la fermeture des brigades de gendarmerie de La Trimouille et d’Availles-Limouzine, les habitants sont plus ulcérés que résignés.

Qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ? Au départ, il y a cette réaction. Fataliste. La fermeture des brigades de gendarmerie de La Trimouille et Availles-Limouzine, récemment annoncée, est une mauvaise nouvelle de plus. Et puis, très vite, les habitants parlent. Ce n’est parce qu’on habite dans un village de 941 habitants (La Trimouille) ou 1.289 âmes (Availles) et qu’on dénombre 23 habitants au km2 qu’on ne perçoit pas la dévastation d’un monde.

> Désertification. « L’État désertifie les campagnes à grand pas, soupire Jeanine Mazou (Maison de la presse, La Trimouille). Il y a de moins en moins de services dans les campagnes, c’est inquiétant. En trente-deux ans, j’en ai vu partir. Nos petits villages, où il fait bon vivre, sont délaissés. »

“ C’est quoi la suite ? ”

A L’Hôtel du Nord, le jeune patron, Kevin, n’est pas surpris. « C’est partout pareil. Moi, je suis originaire de Dorat (Haute-Vienne). Ils ont tout regroupé à Bellac. » Paul, un forestier, touille son café en grognant : « Ce n’est pas à nous de défendre leur métier. Moi, je fais bien cent bornes pour venir travailler. Il y a longtemps que nous sommes résignés. Quand il n’y aura plus ni école, ni boulangerie, ce sera mort. Et on se demandera même pourquoi on paye un maire. »
> Désastre. Au Panier sympa, l’épicerie de proximité, Chantal et Raymond Bujaud lèvent les bras au ciel. « C’est une horreur, un désastre, la perdition du canton. C’est quoi la suite ? Les pompiers, la Poste ? Quand nous sommes arrivés, il y a 39 ans, il y avait tout ici. Vous, vous avez bien fait de vous installer ici », lancent-ils à l’épicier, Ervé Moreau. Et c’est partout pareil.
Chez la coiffeuse, Laura Moreau : « Je ne sais pas ce qui va rester ?, s’interroge sa cliente aux cheveux mouillés, Geneviève Chenu. Tout va disparaître dans nos communes. » Puis, cynique : « Remarquez, la perception a bien disparu mais on continue à payer des impôts ! »
Des reproches à l’État ? Une révolte plutôt. Si La Trimouille semble en voie de résignation, les habitants d’Availles-Limouzine entrent en résistance.
> Catastrophe. « C’est une catastrophe, s’énerve la boulangère, Valérie Brouillon. La fermeture, c’est le départ des familles de gendarmes avec des enfants en bas âge. Une classe en moins pour l’école. Et nos commerces seront touchés. On a besoin des gendarmes pour assurer notre protection. Comment nous allons faire, si nous sommes braqués ? ». Une cliente : « Et puis sinon, les voleurs auront la part belle, hein ? » La boulangère : « Oui, on voit bien que la délinquance arrive dans nos petits villages. La drogue aussi. On a besoin de nos gendarmes. Il faut les garder. On va pleurer pour ça et même manifester. »
D’autant qu’on ne comprend pas bien la logique de regroupement avec L’Isle-Jourdain. « Ça va faire loin pour déposer plainte, note le patron de l’hôtel resto, bar La Chatellenie, Thomas Fournier. Alors que nous sommes à douze kilomètres de Confolens. » La guichetière de La Poste, elle, pense à sa sécurité. « La présence des gendarmes est sécurisante. Ils passent, ils sont vus, c’est rassurant. »
> Manifestation. Une manifestation pour garder la brigade de gendarmerie d’Availles ? Ici, on est capable. « Oui, oui, on a besoin d’eux. L’idée d’une manif, je ne suis pas contre », confie Micheline Cubaud, une habitante cliente de la boucherie de Lionel Amand. Occupé à découper une côte d’agneau, ce dernier emporte la pièce. « Encore un truc de plus qui fout le camp. Les gendarmes mangent, ils ont des enfants. C’est un maillon de plus qui s’en va. L’État démissionne de ses responsabilités. Au final, on aura plus vite fait de sortir les fusils quand ils mettront une heure à venir ! »

Xavier Benoit

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