Pour réduire le déficit, le gouvernement envisage même de taxer l’épargne des Français
Auteur(s) M. A. Publié le 08 septembre 2026 – 15:49

Pour financer le budget de 2017, le gouvernement français étudie la possibilité, en plus de “réduire de beaucoup les dépenses de fonctionnement de l’État et des collectivités locales”, de taper dans l’épargne des Français. Le ministre de l’Économie a confirmé cette information, suscitant une vague de critiques de tous bords, y voyant une “attaque contre le travail”.
L’information a été révélée par Les Échos et confirmée lundi par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, sur l’antenne de RTL. Cette mesure, a-t-il expliqué, figure parmi les options examinées dans le cadre du projet de loi de finances 2027, et vise à soumettre à cotisations les primes d’intéressement, de participation ou les abondements aux plans d’épargne collectifs (PPE, PEI, PERECO) au-delà d’un seuil de 3 000 euros par an, précisait de son côté Les Échos.
“Une hérésie”, la “pire” idée…
Si cette cotisation était instaurée, cela pourrait rapporter près d’un milliard d’euros à l’État, contribuant ainsi à réduire le déficit public que le gouvernement souhaite ramener sous la barre des 5% du PIB. Un objectif toujours de plus en plus éloigné, au fur et à mesure que le déficit se creuse.
Roland Lescure a précisé que cette piste n’était pas la seule envisagée et qu’aucune décision n’avait été arrêtée à ce stade. « Il n’y a rien d’acquis aujourd’hui, mais j’entends bien que, et c’est pour ça que je suis un peu gêné par ces idées de mesures qui sont égrenées les unes après les autres, derrière chaque mesure, il y a une bonne raison de ne pas la faire », a-t-il admis sur l’antenne de RTL.
Le ministre a tout de même mis en garde contre les risques d’une absence de budget pour 2027, année des prochaines élections présidentielles. “La réalité est que si on ne fait rien, on va dans le mur (…) Si on n’a pas de budget, là le mur on le frappera et on le frappera fort”, avertit-il. “Je souhaite pouvoir présenter un budget global, équilibré. Je dirais aussi juste que possible. Je souhaite que la France reste sur les rails de la croissance et de la soutenabilité budgétaire. C’est ma responsabilité”, a-t-il ajouté.
À défaut, poursuit Roland Lescure, ce “mur” signifierait “des taux d’intérêt qui montent de manière très forte, des crédits plus difficiles à avoir, une inflation qui monte, les taux des découverts qui peuvent monter. Si on perd la confiance de ceux qui nous prêtent pour faire tourner la France, la France ne tournera plus », explique-t-il.
Malgré son intervention, alternant nuances, alertes et avertissements sur la situation budgétaire de la France, la sortie de Roland Lescure, ainsi que l’idée de soumettre à cotisation l’épargne des Français, a suscité une vive réaction de rejet et de critiques.
L’un de ses prédécesseurs à Bercy, Bruno Le Maire, celui-là même qui promettait d’ailleurs de réduire le déficit à moins de 5%, a qualifié cette éventuelle mesure de possibilité “funeste”. « De toutes les idées funestes qui circulent pour le budget 2027, la taxation de l’épargne salariale est la pire : elle est à la fois injuste et lâche. Elle décourage tous ceux qui travaillent. Il serait bon de ranger vite au vestiaire ce mauvais ballon d’essai », a-t-il préconisé.
Olivia Grégoire, ex-ministre déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation, tout en admettant que des mesures difficiles doivent être prises, estime que “toucher à l’épargne salariale, qu’on a mis des années à renforcer, et qui est essentielle pour le patrimoine des salariés : c’est non ! Vouloir renforcer le travail et faire cela serait une hérésie », a-t-elle écrit sur X.
Le défunt député LR Olivier Marleix avait également critiqué cette piste, y voyant une “attaque contre le travail et l’épargne” appelant le gouvernement à renoncer à ce qu’il considère comme une “mauvaise idée”. Sarah Knafo, députée européenne du mouvement Reconquête, a qualifié les auteurs de cette idée de “rapaces ». « On continue. Manifestement, ce gouvernement décide que l’État ne doit faire aucun effort, qu’il ne doit pas baisser dans la dépense. Et par conséquent, il y a les éternelles vaches à lait, nous tous, vous, vous allez tous payer. Nous devons payer pour les erreurs commises par les politiciens », a fustigé la députée européenne du mouvement Reconquête.
L’épargne toujours dans le viseur de l’exécutif
Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), dans un rapport sur l’épargne salariale en 2024, la participation représentait 11,4 milliards d’euros avec 5,84 millions de bénéficiaires, soit une moyenne de 1 959 euros par salarié.
Ce n’est pas la première fois que l’exécutif lorgne l’épargne des Français pour financer son budget, soit-il annuel dans le cadre de la loi de finances, ou non. Il a déjà été question de réduire les avantages fiscaux liés au plan d’épargne retraite (PER) ou d’utiliser le Livret A pour financer des entreprises de l’industrie de défense française.
Cette possible mise sous cotisations de l’épargne des Français intervient quelques jours après un appel de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à utiliser une “manne paresseuse” de 10 000 milliards d’euros des ménages européens pour financer les entreprises de l’Union européenne.
Le ministre de l’Économie Lescure a, en outre, affirmé que de nombreuses économies vont être faites dans les dépenses du pays, « beaucoup dans les dépenses de fonctionnement de l’État, des collectivités locales et des administrations de sécurité sociale ».
Source : France Soir
Laisser un commentaire