POINTE-À-PITRE Des policiers « humiliés » par la présence des gendarmes

Depuis le 2 novembre, les brigades de gendarmes promises par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lors de sa visite en juin, patrouillent dans la ZSP. « C’est vrai que leur présence fait baisser le sentiment d’insécurité, mais nous pourrions faire le travail chez nous » , estime Christian Vainqueur, du syndicat de policiers Unité/FO

Christian Vainqueur, secrétaire régional du syndicat de police Unité/FO, qualifie d’« humiliante » la présence des gendarmes mobiles envoyés en renfort dans la zone de sécurité prioritaire (ZSP), et plus précisément dans le centre-ville.

« On ressent de l’humiliation et de la frustration. Nulle part en France, on trouve des policiers sur la zone de gendarmerie et des gendarmes sur la zone de police, avance Christian Vainqueur. Nous avons une compagnie départementale d’intervention (CDI) de 52 hommes. Ils sont trop peu nombreux. Si elle est pourvue en effectifs supplémentaires, elle pourra faire le travail des gendarmes » , affirme le secrétaire régional du syndicat de police Unité/ FO, minoritaire. Toutefois, il affirme ne pas être en guerre contre les gendarmes : « Nous ne sommes pas dans la polémique, je ne dis pas que les gendarmes n’ont rien à faire chez nous. C’est vrai que leur présence fait baisser le sentiment d’insécurité et il est normal que les commerçants se sentent en sécurité. Mais nous pourrions faire le travail chez nous. »
Pour justifier ses dires, Christian Vainqueur pointe du doigt le coût de l’accueil d’un escadron de 75 gendarmes mobiles, tous les trois mois. « En période de crise, il faut payer le logis de ces hommes à l’hôtel, leurs 75 billets d’avion, leurs primes. Il serait moins cher de prendre des policiers, originaires de Guadeloupe ou pas, de les faire venir ici, même en les payant 40% supplémentaires. »
« UN MANQUE D’EFFECTIFS »
Interrogé sur les reproches adressés par les commerçants de Pointe-à-Pitre sur le manque de proximité des policiers circulant en voiture quand les gendarmes privilégient des patrouilles pédestres (lire ci-contre), Christian Vainqueur réagit : « C’est un faux problème. D’une part, quand nous étions situés rue Gambetta, la police patrouillait à pied. Ça se passait bien. Or, Nicolas Sarkozy a supprimé les îlotiers. Les fonctionnaires partis en retraite n’ont pas été remplacés, ce qui a laissé la compagnie exsangue. Elle ne peut plus faire de sécurisation. Les gendarmes arrivent en ville à 24 le matin, la CDI, elle, peut présenter 12 hommes le matin, ou plutôt six, si on prend en compte les repos de chacun. »
Présent depuis dimanche en Guadeloupe, Christian Lambert, préfet à la retraite nommé chargé d’une mission de coordination des ZSP par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, a commenté la situation au terme d’une entrevue avec le député-maire des Abymes, Éric Jalton. « Il faut faire travailler en synergie policiers et gendarmes. Il faut utiliser toutes les forces existantes. Je travaille sur 28 ZSP en France, nous allons faire le point sur la façon dont doit évoluer le dispositif. J’ai reçu ici tous les syndicats de police. Dans cette ZSP, nous avons un apport d’unités mobiles qui n’est pas permanent. Les gendarmes mobiles font bien leur travail, en complément de la force publique. On est de la même maison, on dépend tous du ministère de l’Intérieur. Nous allons réfléchir sur la façon d’améliorer le dispositif des policiers en tenue. La CDI doit continuer ses patrouilles en zone de police, rien ne le lui interdit. J’ai dit à la police d’aller plus souvent patrouiller à pied. »
« Les policiers, ils se promènent »
Les commerçants de la rue Frébault réagissent à la polémique sur la présence de gendarmes dans la zone de sécurité prioritaire. Ils reprochent à la police son manque de proximité, et considèrent la présence des militaires comme « rassurante » . « Les policiers, bientôt, patrouilleront en hélicoptère! » , s’amuse un passant, hier matin, rue Frébault.
Les véhicules de police font leur ronde et, à leur passage, un cordonnier entouré d’amis commente la polémique suscitée par le syndicat SGP/FO. « Maintenant que les gendarmes sont là, ils essayent de passer. Mais ils sont là, enfermés dans leur voiture climatisée. Comment peut-on arrêter quelqu’un si on est en voiture ? Avant, c’étaient des policiers, maintenant, ce sont des flambeurs. »
« ON SENT LA PRÉSENCE DU GENDARME »
Non moins de là, une commerçante dans un magasin de lingerie s’énerve : « On est en France, c’est normal que la gendarmerie fasse son travail. Il faut qu’on sache ce qu’on veut. Quand les gendarmes vont rentrer, la délinquance va recommencer. » Pour d’autres passants, le problème réside dans la disparition du respect vis-à-vis des autorités. « Il n’y a plus la peur du gendarme, du prêtre et du policier. Depuis qu’ils ont enlevé les CRS, c’est moins bien. Les policiers doivent dicter leur loi aux délinquants. Les gendarmes sont plus efficaces, on les voit souvent fouiller des jeunes dans la rue Frébault. Bon, c’est vrai, des fois, je les ai vu fouiller deux fois un handicapé, et je trouve qu’on les voit moins le matin que l’après-midi » , tempère tout de même cette commerçante. « Mais à moins qu’il y ait des policiers en civil, je ne les vois pas à pied. » « La police se promène! » , fulmine une bijoutière.
« On sent la présence du gendarme, ils discutent à pied avec tout le monde, ils voient un attroupement, ils y vont. Je me dis des fois, que la police a peur des gens. Si les policiers sont capables de faire le travail des gendarmes, de dissuader les attroupements et les provocations, alors, je ne suis pas contre » , conclut la dame.

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