Officiers de police judiciaire, tenez bon !

Les officiers de police judiciaire se révoltent. Plus d’un millier ont adressé une demande de retrait de leur habilitation à la Justice.

Magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole

La police a été applaudie après les massacres du mois de janvier 2015 et un élan national s’était porté vers ces fonctionnaires qui nous protègent, risquent leur vie et sont sans cesse sur la brèche. Les gardiens de notre paix, les défenseurs de notre société contre ceux qui s’en prennent aux corps et aux biens.

Cela n’a été qu’un feu de joie, d’exaltation démocratique et de reconnaissance.

Tout a changé au point que le collectif Policiers en colère ne cesse pas de manifester et de réclamer moyens, considération et cohérence de la part du ministre de l’Intérieur et des hiérarchies. Il a évidemment raison.

Maintenant, les officiers de police judiciaire se révoltent.

Plus d’un millier de ceux-ci ont adressé une demande de retrait de leur habilitation à la Justice — démarche multiple et symbolique — qui, si elle était satisfaite, leur interdirait des actes d’enquête, les perquisitions et les placements en garde à vue.Plusieurs dispositions de la loi du 3 juin 2016 “renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale” sont dans leur collimateur.

Mais de quoi se plaignent donc les OPJ !

Ils ne savent donc pas que l’humanisme et les préoccupations politiques, françaises aussi bien qu’européennes, n’ont pas pour vocation ni ambition de favoriser leur action et de l’alléger d’une insupportable bureaucratie. Bien au contraire, plus des hommages formels leur sont rendus, plus l’indifférence concrète à leur égard sera considérable. On veut bien les bercer avec de bonnes paroles mais il n’a jamais été question de les traiter comme s’ils étaient prioritaires dans notre République.

Mais de quel droit protestent-ils !

Ils dénoncent le fait qu’on va autoriser un suspect à s’entretenir, durant sa garde à vue, sous la surveillance d’un OPJ, avec un membre de sa famille, un proche, un employeur ou une autorité consulaire. Renforcement des droits de la défense mais, surtout, risque de fuites et aggravation de la charge professionnelle.

Mais n’est-il pas normal que les suspects soient choyés, sinon on pourrait les confondre !

Les OPJ sont vraiment de mauvais coucheurs pour ne pas l’admettre et être les seuls à ne pas s’en féliciter !

À l’initiative du procureur de Paris, un suspect pourra être assisté d’un avocat lors d’une parade d’identification dite « tapissage ».

L’inspiration de ce remarquable magistrat est louable mais il sait que ces précautions n’empêcheront pas cependant, lors des audiences, la contestation de cette séquence.

Comment ne pas aussi comprendre l’humiliation des OPJ que cette défiance suscite comme si, décidément, la police était de moins en moins source de vérité et de bonne foi mais personnel à surveiller et affirmations à vérifier.

Mais les OPJ seront-ils un jour au fait ? Conscients de ce que l’avenir s’élaborera, à moins d’un sursaut civique et politique, avec une bureaucratie amplifiée, une complexité des formes et des garanties accrue à sens unique, une dévotion de plus en vive à la cause de l’avocat, une vision de l’État de droit réduit à la seule sauvegarde des transgresseurs, à un bras qu’on aura non seulement privé de l’arme mais rendu quasiment impuissant.

Je ne leur donne qu’un conseil : continuez à vous mêler de ce qui vous regarde et tenez bon.

Pour vous, bien sûr, mais surtout pour nous tous.

Extrait de : De quoi se plaignent donc les officiers de police judiciaire !

Source : Boulevard Voltaire

Note de de la rédaction de Profession Gendarme :

Mentionnons que nous avons déjà publié un article sur le sujet ici évoqué, voir ce LIEN

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