Nouvelles de la « belle province »

VPF-QuébecConnaissez-vous vraiment le Québec ? Vous en avez entendu parler bien sûr. Certains d’entre vous y ont même séjourné quelques jours voire quelques semaines en parcourant de longues distances. C’est la plus grande des dix provinces canadiennes. Sa superficie correspond à celles de l’Allemagne, de la France, de la Suisse, de l’Espagne et du Portugal réunies. Sa population n’est que de 8,4 millions d’habitants (le quart de celle du Canada) dont la moitié réside le long du fleuve Saint Laurent et 83 % sont francophones.

Il y a assurément deux Québecs : le Québec urbain et le Québec rural si différents l’un de l’autre.

Alors qu’en est-il de ses citoyens, de leur manière de voir le monde ou de se défendre contre l’adversité ?

Rien de tel que des écrits pour vous raconter la vie des gens d’ici que je partage depuis près de vingt ans après avoir quitté la France en 2003. Et je vous propose de vous en parler à travers les événements du jour pour éviter de devenir un simple livre d’histoire, de géographie ou de voyage.

Aujourd’hui, 22 avril 2020, ce sera probablement le dernier jour de froid avec des températures en dessous de zéro. Un petit – 5 degrés. La météo nous promet une remontée des températures pour pouvoir enfin mettre nos chaises sur la terrasse…après 5 mois d’hiver, donc de froid, de neige et de glace.

 

le Québec face au Covid-19

 

Depuis deux mois, dans une grande partie du monde, les radios comme les télévisions ne parlent que de la CODIV-19., enchaînant statistiques, conseils et parfois mensonges. Comment la Belle Province vit-elle cette pandémie ?

Le Québec n’est pas un pays, ni une région mais bien une province parmi dix autres et « trois territoires désignés » appartenant à une confédération : le Canada. Cela a une importance sur la bataille menée contre le Coronavirus. En effet chaque province possède son propre gouvernement et donc son propre système de santé appuyé financièrement tout ou partie par le Canada.

Le service de santé provincial est donc décentralisé de l’état fédéral. L’organisation, la communication et la gestion politique de la crise sanitaire est différente d’une province à l’autre aussi bien pour les médecins généralistes que pour les hôpitaux ou les CHSLD (Centre d’Hébergement de Soins de Longue Durée semblables aux EHPAD) alors qu’en France les hôpitaux relèvent de l’état et les EHPAD des régions ou du privé.

Cela permet d’avoir des décisions décentralisées par rapport aux instances du pays, donc plus rapides, et cohérentes en plus d’avoir une saine émulation ou du soutien entre les Provinces.

Depuis le début de la crise un triumvirat composé de notre premier ministre, François Legault, appuyé par son directeur national de la santé publique, le Docteur Horacio Arruda et de sa ministre de la santé et des services sociaux, Madame Mc Cann fait un point de presse sur cette pandémie chaque jour à 13 heures, à grand renfort de statistiques et de conseils. Ces trois personnages parlent comme tout le monde, avec un langage populaire compréhensible par tous, agrémenté d’un brin de paternalisme. La population les apprécie pour le temps qu’ils prennent à les informer quotidiennement. Elle les considère même comme des héros – mais qui ne l’est pas aujourd’hui depuis la désacralisation des mots ? – Ceci dit, les messages passent bien. « Tout est sous contrôle ! » selon la fameuse expression chère aux québécois,

Il ne devrait pas avoir lieu de s’inquiéter sauf que le Québec remporte la palme d’or du nombre de malades et de décès dus au coronavirus à travers le Canada.

Cette situation provient de deux éléments majeurs.

Le premier, c’est qu’au moment du déclanchement de l’épidémie, les québécois, friands de vacances dans les pays du sud comme la Floride, le Mexique, le Costa Rica, ou la République Dominicaine sont revenus « au pays ». Un brassage de population sans précédent !

Le deuxième, c’est l’état du système de santé plus que précaire dans les CHSLD. Cette défaillance était pourtant connue depuis au moins dix ans des Pouvoirs Publics. Les infirmières et préposés (aides-soignants) aux bénéficiaires (les aînés ou clients), bien que dévoués, sont mal payés, vraiment mal payés parce qu’issus le plus souvent de l’immigration.  Mal équipés face au risque sanitaire, ces établissements ont aujourd’hui plus de 1000 postes vacants très difficiles à combler.

Les résultats sont là, désastreux :

-850 décès, soit 82% des 1134 décès enregistrés à aujourd’hui, proviennent de ces unités de santé et de retraite. Et quand on sait que 4000 aînés sont infectés de ce virus, on peut être inquiet pour la suite des choses.

– devant le refus de la plupart des médecins spécialistes de répondre à la demande de leur gouvernement de prêter main forte à ces établissements, le gouvernement s’est donné la possibilité de réquisitionner et de transférer du personnel de santé des hôpitaux et des Commissions scolaires (sciences de la santé) vers les CHSLD. En désespoir de cause, il a même fait appel aux forces armées canadiennes. Un coup dur pour la fierté des québécois !

– le peuple québécois découvre avec stupéfaction le « mal vivre » du personnel de santé et de leurs aînés dans ces établissements. Cette réalité de terrain tranche au Québec comme en France avec l’optimisme bon enfant du début ou les propos stupidement guerriers des discours gouvernementaux. Et les applaudissements et les musiques interprétées sur les balcons tous les jours, à vingt heures, ne changeront rien sinon peut être d’avoir compris que ces travailleurs de la santé existaient et qu’ils couraient des dangers chaque jour……………..pour leurs parents !

Alors on est en droit de se poser certaines questions :

-les familles comprendront-elles réellement que l’amour que les infirmières et préposées donnent à un membre de leur famille méritent mieux que des applaudissements ou des jérémiades devant les caméras et journalistes ? Que vont-elles faire pour obliger le gouvernement à mieux les considérer ?

-le gouvernement profitera-t-il de cette pandémie pour remettre à plat son système de santé ? Revalorisera-t-il les salaires du danger et de la peur des infirmières et des préposés ?

Deux défis attendent le Québec aujourd’hui : arrêter au plus vite cette pandémie en protégeant mieux leurs citoyens et leurs travailleurs et préparer la reprise de la vie sociétale et économique. Vastes programmes !

Mais lorsque les morts de cette pandémie se relèveront un jour pour aller voir si leur sacrifice a servi à quelque chose, j’ai peur de leur colère et de leur amertume. J’espère me tromper.

 

Patrice SAUTEREAU DU PART – Correspondant VPF au Québec

Source : Volontaires Pour la France

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