Jordan Bardella « certainement antisémite » : le précédent judiciaire qui fragilise le président du RN
Accusé en 2024 par l’écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy d’être « certainement antisémite », Jordan Bardella avait déposé plainte pour injure publique. Il s’est discrètement désisté quelques jours avant la tenue d’un procès public.
30 septembre 2026 à 13h29
DansDans la tempête politique provoquée par les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de jeunesse de Jordan Bardella, que l’intéressé dément et promet de combattre sur le terrain judiciaire, c’est un précédent encombrant.
Selon nos informations, Jordan Bardella s’est discrètement désisté, en février 2025, d’une plainte déposée contre l’écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy qui l’avait qualifié de « certainement antisémite » sur le plateau de « C à vous »(France 5).
Tout remonte au 10 novembre 2023. Invité ce jour-là de l’émission quotidienne animée par Anne-Élisabeth Lemoine, « BHL » est interrogé sur la marche contre l’antisémitisme à laquelle a prévu de participer deux jours plus tard le RN, dans le sillage des attentats terroristes commis par le mouvement islamiste du Hamas, le 7 octobre, en Israël.

« Est-ce que le Rassemblement national a rompu avec son passé antisémite ? Je ne le crois pas. Il y a encore quelques jours […], Jordan Bardella, à la question de savoir si Jean-Marie Le Pen était antisémite, répondait non », affirme alors Bernard-Henri Lévy.
Le journaliste Patrick Cohen le relance : « Est-ce que cela fait de Jordan Bardella un antisémite ? » « Ben ça fait de Jordan Bardella, en tout cas, quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est l’antisémitisme […]. Donc oui, il est certainement antisémite », appuie le philosophe. Qui enfonce le clou : « Écoutez, ne pas être capable de reconnaître dans les ordures qui ont été proférées par Jean-Marie Le Pen à l’époque la marque de l’antisémitisme, ne pas être capable de dire que l’on rompt avec ça, c’est que l’on est soi-même contaminé par cette idéologie. »
Quelques jours avant cette mise en cause, Jordan Bardella avait en effet estimé sur BFMTV : « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite. » Il avait ensuite plaidé la « maladresse », face à l’intensité de la polémique suscitée s’agissant du passé antisémite incontestable du fondateur du Front national (FN, devenu RN) et père de la candidate du RN à l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen.
Le désistement soudain
Jean-Marie Le Pen a été condamné à de multiples reprises par la justice, notamment pour contestation de crimes contre l’humanité. Toute sa carrière politique a été marquée par des outrances antisémites et négationnistes, du « point de détail » (1987) sur la place de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale à « l’occupation [nazie – ndlr] pas particulièrement inhumaine » (2005), en passant par le jeu de mots nauséabond « Durafour crématoire » (1998) ou la mise en cause d’une « internationale juive » (1989), une rhétorique antisémite idiomatique.
À la suite des déclarations de Bernard-Henri Lévy sur Jordan Bardella, l’avocat David Dassa-Le Deist a déposé une plainte devant le tribunal correctionnel de Paris, le 2 février 2024, pour injure publique envers un particulier, à la demande du président du RN. Dans sa requête, dont Mediapart a pu prendre connaissance, l’avocat évoque une « déclaration ébouriffante […] sans aucune prudence ni nuance » de la part du philosophe, dont il réclame une condamnation pénale.
Jordan Bardella se plaint d’un « préjudice certain » pour avoir été traité de « certainement antisémite » et réclamait 1 euro de réparation pour l’outrage subi.
Seulement voilà, le 14 février 2025, moins de deux mois avant la tenue d’un procès public, l’avocat de Jordan Bardella écrit au tribunal. « J’apprends ce jour qu’un désistement a été décidé par mon client »,fait-il savoir. Contacté par Mediapart pour commenter les raisons de ce désistement de dernière minute, Me Dassa-Le Deist n’a pas donné suite.
Ce n’est pas la première fois que Jordan Bardella joue avec la menace judiciaire comme un outil de communication quand il est mis en difficulté par des propos de tiers ou des révélations de presse.
Le présentateur de l’émission « Complément d’enquête »(France 2), Tristan Waleckx, a indiqué, mardi 29 septembre, que le président du RN avait annoncé un dépôt de plainte à la suite de la diffusion d’un reportage de 2024. L’émission d’investigation y révélait l’existence d’un compte Twitter anonyme tenu par Jordan Bardella, dans lequel il multipliait les blagues à caractère raciste et glorifiait le théoricien antisémite Alain Soral comme un « grand sociologue ». « Deux ans plus tard, [la plainte] n’a toujours pas été reçue », ironise aujourd’hui le journaliste de France 2.
Jordan Bardella et le député négationniste
Jordan Bardella, adoubé par Marine Le Pen comme possible futur premier ministre si le RN devait accéder l’an prochain à la présidence de la République, se débat depuis le début de la semaine face à des révélations de Mediapart sur des écrits antisémites au début de sa carrière politique au sein du FN.
Alors âgé de 17 et 18 ans, il écrivait notamment en 2013 que « les banques sont toutes détenus [sic] par des Juifs ». Ou que « le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les ecraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur ». « En France, deux bels exemples sont BHL ou [Jacques] Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israel, avec bien sur Jérusalem comme capitale », poursuivait-il. Le président du RN a démenti être l’auteur de ces propos, que Mediapart a toutefois été en mesure d’authentifier.
Quelques mois après ces écrits, Jordan Bardella s’est mis au service, comme assistant parlementaire, d’un eurodéputé antisémite et négationniste, Jean-François Jalkh. Ce dernier est connu pour avoir commémoré le 40e anniversaire de la mort de Philippe Pétain en 1991, puis pour avoir tenu des propos négationnistes sur la Seconde Guerre mondiale.
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« Je dis qu’on doit pouvoir discuter même de ce problème [des chambres à gaz] », déclarait-il à une chercheuse dans un article publié en 2005, louant le « sérieux » et la « rigueur » de négationnistes tels que Robert Faurisson, condamné à plusieurs reprises pour « contestation de crimes contre l’humanité ».
En tant que président du RN, Jordan Bardella n’a par ailleurs jamais sanctionné la vice-présidente de groupe du parti d’extrême droite à l’Assemblée nationale, Caroline Parmentier, dont Mediapart avait révélé en 2025 trente ans d’écrits antisémites, racistes et homophobes dans les colonnes du journal pétainiste Présent.
Marine Le Pen, qui a vigoureusement pris ces derniers jours la défense de Jordan Bardella et conseillé à Mediapart d’enfiler « un costard en kevlar » (comprendre un gilet pare-balles), avait pour sa part affirmé en janvier 2025 qu’elle ne se « pardonnerai[t] jamais » d’avoir exclu Jean-Marie Le Pen du Rassemblement national.
Source : Médiapart
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