Vu d’Amérique…

VPF-USAPour ma part, ici à Washington, DC, je vais bien, je fais très attention et prends beaucoup de précautions car j’ai plus de 71 ans.  Cependant, c’est très difficile car nous manquons pratiquement de tout, ici dans la capitale du pays qui s’auto-proclame « number one » au monde. Toutefois, la situation varie d’État à État, de région en région, et de ville à ville.  D’une manière générale, la situation semble être plus dramatique et plus précaire dans les grandes villes que dans les régions rurales.  Des amis à moi qui se sont retirés pour la durée de la pandémie, un couple dans leur maison de plage près de Long Beach dans l’État de Washington (côte ouest), un autre dans leur maison de campagne près de New Palz dans la vallée de l’Hudson (État de New York), me disent qu’ils trouvent à peu près tout localement, sauf des masques.  Ceux de l’État de Washington m’ont même envoyé des colis, comme on faisait de en France de zone libre en zone occupée pendant la 2eGM, contenant des gants chirurgicaux en niprile, introuvables ici depuis des semaines, ainsi que des masques en tissu confectionnés par leur petite-fille (13 ans).

les gouvernements des cinquante États fédéraux, chacun gérés par un Gouverneur (chef de l’Éxécutif) et une « Législature » (parlement généralement bicaméral, très rarement unicaméral) et dotés de pouvoirs assez étendus.  Si certains États (tous dirigés par des Démocrates) ont pris très tôt des mesures assez énergiques — je pense en particulier aux États de New York et de Californie), d’autres, comme les États du Middle West (« les États qu’on survole ») et du Sud ne font rien ou presque.

Ici dans le District fédéral de Columbia (Washington) et dans les États voisins (Maryland, Virginie, Delaware, Pennsylvanie), des “stay-at-home orders” (arrêtés de confinement) ont été décrétés le 30 et 31 mars.  Mais bien avant ces dates les théâtres, restaurants, cafés, pubs, bars avaient fermé avant même que des ordres de fermeture ne les visent.  Idem pour les écoles et universités, fermées avant les 30-31 mars.  Mon club d’escrime a fermé de son propre chef le 11 mars avant que le 13 mars la Fédération Américaine d’Escrime n’ordonne à tous ses clubs membres de fermer.  Le lendemain, 14 avril, la résidence où j’habite a fermé la salle de fitness du rez-de-chaussée.  4 jours plus tard c’était le District de Columbia qui fermait tous ses centres récréatifs municipaux, là où mon club d’escrime déroule ses activités (leçons et tournois).  Puis le 30 et 31 mars sont venus les arrêtés de confinement pour toute la population : seuls sont autorisés les déplacements jugés essentiels (travailleurs essentiels dont le travail en personne est requis pour cause d’impossibilité physique de télétravail ; déplacements pour s’approvisionner en alimentation et autres produits de première nécessité ; visites médicales en ville et à l’hôpital ; promenades en solitaire et jogging en respectant les consignes de distanciation sociale).  Peu à peu en avril les supermarchés et drugstores (droguerie + pharmacie) ont introduit des mesures telles que : limitation du nombre de clients dans les magasins ; parcours fléchés au sol ; distanciation obligatoire aux caisses ; plus de paiements en espèces, etc.)

Par contre nulle part aux USA une « attestation de déplacement dérogatoire » n’est exigée (très gros problèmes de la constitutionnalité d’une telle mesure) et il n’y a pas de contrôles policiers.  Les Américains, qui considèrent ce genre de mesures comme liberticides et symptômatiques d’une bureaucratie déchaînée, sont effarés quand je leur raconte comment sont les choses en France — « un camp de concentration sous régime de terreur policière », m’a confié un ami américain, avocat de profession.  Cet ami a comparé les policiers et gendarmes français à « des requins à la curée » (sharks on a feeding frenzy).  Ce n’était pas un compliment !

On compte donc ici sur la discipline et le sens civique des Américains, qui globalement — je dis bien globalement, et non pas totalement, nuance — respectent ces mesures.

Depuis deux semaines environ le « Center for Disease Control and Prevention » (CDC) recommande à tous de porter un masque quand on sort.  A Washington tous les commerces l’exigent maintenant, ainsi que les transports publics.  Il est interdit de prendre un métro ou un bus sans porter de masque.  D’ailleurs 19 stations sur 91 ont été fermées, comme à Paris sous l’occupation, la fréquence des rames a été très réduite, une toutes les 20 minutes à peu près, rames de 6 voitures au lieu de 8, fréquence des bus très réduite elle aussi (1 toutes les demi-heures).  Dans ces condition les bus et les métros sont quasiment vides — c’est assez creepy (sinistre) —, ce qui est loin d’être le cas à New York, d’après ce que j’ai lu et vu à la TV.

Exiger le port d’un masque, c’est bien gentil car en fait, des masques il n’y en a pas à Washington !!!  On voit des gens qui en portent, mais soit ils en avaient avant, ou alors ils vont à la campagne ou dans une petite ville pour en trouver  ou bien ils se les ont fait envoyer par des parents et amis dans d’autres régions des USA.  C’est ce qu’ont fait des amis généreux et charitables de la côte Ouest qui m’ont envoyé des masques en tissu confectionnés par leur petite-fille de 13 ans.  Auparavant je sortais emmitouflé dans une keffiyeh arabe que j’avais achetée en Arabie Séoudite du temps où j’y étais en poste.  Comme il y a six épaisseurs de tissu, mon médecin (un Français) me dit que ma keffiyeh protège mieux que n’importe quel masque.  Mais maintenant que la température commence à s’élever je délaisse de plus en plus la keffiyeh pour le masque en tissu.  Cela devenait irrespirable.

Depuis semaines les magasins sont dévalisés en essuie-tout en papier, en papier hygiénique, en lingettes désinfectantes, et même maintenant en produits d’entretien.  On n’en trouve pratiquement plus !!!  Seule solution, se lever à 5h30 du matin comme je le fais pour être à l’ouverture du supermarché à 6h00, mais même à cette heure-là beaucoup de choses manquent ou ne sont délivrées qu’au compte-gouttes.  Par exemple, le gel hydro-alcoolique — quand il y en a !!! — n’est vendu qu’en tout petits flacons de 2 onces (59 ml), un flacon à la fois !!!  Quand je vois sur le Journal de France 2 des Français acheter du Purell — pourtant un produit américain ! — en grands flacons je demeure rêveur . . .  Cela fait des mois que l’on n’en a pas vu ici . . . Si je ne trouve pas à côté de chez moi, je prends le métro pour aller plus loin.   Mais souvent je rentre à la maison les mains vides, épuisé physiquement et nerveusement.

Et dire que nous sommes dans la capitale de la super-puissance qui se proclame “number one” au monde !  Je crois halluciner.

 

Alain LETORT – Correspondant VPF /Washington, D.C.

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Commençons tout d’abord par des chiffres. Car nous savons combien il est facile de leur faire dire ce qu’on veut. Bernard Shaw écrivait : « il y a les petits mensonges, les plus gros mensonges et les statistiques ». Pendant que la presse française se gargarise du nombre de morts américains et se glorifie d’en avoir moitié moins, remettons un peu de perspective.

Les Etats-Unis comptent 330 millions d’habitants. La France en compte 67. Un simple calcul de pourcentages est suffisant pour remettre les pendules à l’heure: Les Etats-Unis comptent 0.012 % de morts du COVID-19. La France en compte 0.029%. Parfois les chiffres parlent d’eux-mêmes.

 

La France est un pays centralisé, contrairement aux Etats-Unis. Ce n’est pas le Président Trump qui décide pour tous les Etats. Chaque Etat (50) a son mini-gouvernement avec son gouverneur, qui prend ses propres décisions selon les affaires de ses constituants. Le pouvoir est délégué et chaque Etat a son budget à gérer.

Certains Etats ont décidé de mettre la population en quarantaine tout de suite. D’autres sont restés à la traîne. Certains habitants doivent rester chez eux, d’autres sont libres de sortir tant qu’ils respectent les distances sociales. Certains ont l’obligation de porter des masques en public, d’autres pas encore. Par exemple, l’Etat de NY vient d’ordonner le port de masque obligatoire dans les magasins le 15 avril seulement.

Il s’ensuit que l’Etat de NY, qui n’a pas été le premier à réagir dans sa gestion du Coronavirus, et qui souffre en temps normal de surpopulation et d’engorgement, se retrouve à lui tout seul avec 17 671 morts, soit presque la moitié des morts dans tous les Etats-Unis. NY compte 8.4 millions d’habitants. 0.210% de la population de l’Etat de NY est mort du COVID-19.

Le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, est un démocrate. Il se trouve à l’opposé du Président Trump et par conséquent – en bon politicien – prend toujours ou très souvent le contrepied des décisions de Trump. Pour donner un autre exemple frappant de l’autonomie d’un État – ou même d’une grande cité comme New York : sur la question de l’immigration illégale, la ville de NY s’est auto-proclamée “sanctuary city” – malgré les directives de Trump sur l’immigration illégale. C’est à dire que tout migrant sans papier a droit, dans la ville de NY, de recevoir une pièce d’identité, un numéro de sécurité sociale, un permis de conduire, plutôt que d’être reconduit à la frontière. Les agents du ICE (Immigration and Customs Enforcement), même s’ils en arrêtent quelques-uns pour trafic de drogue par exemple, sont forcés par un juge de les relâcher. Il est évident que le maire de NY, Bill de Blasio, lui aussi un démocrate, travaille main dans la main avec Andrew Cuomo, et à contrepied de l’administration Trump.

 

Nadia CHAUVET – Correspondante VPF / New York

Source : Volontaires Pour la France

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