Harcèlement sexuel : le gendarme a envoyé un sms de trop

Gradé et affecté alors à la brigade de Roye, il a été condamné mardi à 6 mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel sur une jeune gendarme. Il nie les faits.


Sur le plan national, la sortie du livre «
la Guerre invisible
» dénonçant le harcèlement sexuel dans l’armée fait grand bruit.

Sur le plan national, la sortie du livre « la Guerre invisible » dénonçant le harcèlement sexuel dans l’armée fait grand bruit.

Quand les juges rendent leur décision, mardi après-midi, le gendarme, costume noir, cravate et fines lunettes, se met à pleurer. Le maréchal des logis chef, 32 ans, est condamné à 6 mois de prison avec sursis. Il le sait, sa carrière ne tient plus qu’à un fil. La victime, 21 ans, pleure aussi dans les bras de son conjoint. Mais de soulagement.

Cindy (le prénom a été changé) avait 18 ans quand elle a intégré en 2011 la brigade de gendarmerie de Roye (Somme), comme gendarme adjoint volontaire. «  Elle était enthousiaste et motivée  », dit son père, 31 ans de police. La jeune femme lui téléphone tous les jours pour lui raconter ses missions. Et puis, elle commence à évoquer les blagues salaces et les moqueries de ses collègues. Le père, habitué de ce monde masculin, lui conseille de faire le dos rond, pensant que ça allait passer. Ça n’a fait qu’empirer. La gendarmette déprime, elle va travailler à reculons. «  À partir d’un moment, nous n’étions plus dans la blague, mais dans le harcèlement ». «  Au début ça me faisait rire, mais ensuite c’était des blagues sur moi. Et c’était tous les jours, les tapes sur les fesses etc.  », explique la jeune femme.

Une connaissance de la famille, commandant de police, dénonce les faits au commandant de la compagnie de Montdidier. Une enquête est immédiatement diligentée. Le gendarme se retrouve ainsi à la barre. Il nie les faits. «  Tous ça, ce n’était que des blagues potaches. C’est sorti du contexte. Si elle m’avait dit d’arrêter, je l’aurais fait. (…) Mais elle jouait de ça, des fois c’est elle qui commençait  ».

« Viens me s. », « Ta place est sous le bureau », « Tu t’es déjà fait e. ? ». L’enquête a mis au jour ce genre de propos. Et Cindy dénonce aussi le fait que plusieurs fois, le chef a mimé des actes sexuels sur elle. Pour preuve matérielle, les juges disposent d’un sms. « Je reviens de la brigade (…) Tu viens me faire ma pipe, ou tout à l’heure ? ».

« C’est plus Bigard

que Jean d’Ormesson »

Cet élément pèse lourd dans le procès. La présidente Briet l’a lu à tous les anciens collègues du prévenu venus à la barre ce mardi. Car ils l’ont tous soutenu. Ils parlent tous d’une bonne ambiance, ou les blagues graveleuses font partie du quotidien. Les exemples ont été cités, et mieux valait éloigner les enfants de la salle d’audience. «  C’est plus Bigard que Jean d’Ormesson  », a admis l’avocat du gendarme, Me Guillaume Demarcq. Tous ces témoignages successifs ont provoqué des sourires dans la salle, et l’image de la gendarmerie en a forcément pâti.

Lors de ce procès, seul l’officier qui a mené l’enquête, alors affecté à la section de recherches d’Amiens, a redoré le blason de la maréchaussée : «  Ce sont des comportements de vestiaires qui n’ont pas leur place dans notre institution. (…) C’est un milieu masculin, ça l’explique, mais ne l’excuse pas ». Selon lui, une «  déviance s’était installée petit à petit  » au sein de la brigade, jusqu’à y devenir la norme. Il parle d’une jeune femme «  avec un genou à terre  » lorsqu’il l’a auditionnée. «  Si elle n’avait pas eu 18 ans, et si ça n’avait pas été sa première affectation, elle n’aurait pas subi ça  », assure Me Stéphane Daquo, l’avocat de Cindy.

Me Guillaume Demarcq a plaidé la relaxe. «  On n’est pas là pour juger l’humour  » de son client a-t-il dit. Mais les juges ont suivi les réquisitions du procureur-adjoint Françoise Dalle : «  Nous avons des professions où notre comportement doit être en adéquation avec notre statut. Les gendarmes, cela doit rester une référence  ».

En attendant une sanction disciplinaire, le gendarme avait été muté dans une autre unité. Cindy, elle, est toujours gendarme adjoint volontaire, dans une autre brigade de la Somme.

Source : Le Courrier Picard

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