Google prépare un data center géant en France, pourquoi le projet divise fortement

Google pourrait construire un data center dans l’agglomération de Châteauroux • © VINCENT ISORE / MAXPPP

Publié le 29/05/2026 à 17h51

Un an après la révélation de l’intérêt de Google pour la zone d’Ozans près de Châteauroux (Indre), le projet de data center géant entre dans la phase de la concertation préalable. Entre les immenses besoins technologiques liés à l’intelligence artificielle, l’appétit économique local et les inquiétudes environnementales, plongée au cœur d’un dossier qui bouscule l’Indre.

C’est une conséquence directe du boom de l’intelligence artificielle. Pour entraîner ses modèles et stocker des milliards d’informations, l’industrie de la tech a un besoin vital de nouvelles infrastructures. Attiré par une électricité française décarbonée à 95 %, le mastodonte américain, se tourne vers l’Hexagone, et plus précisément, à Étrechet, aux portes de Châteauroux (Indre). Ici, Google étudie depuis un an l’implantation d’un centre de données hors norme. Huit à dix bâtiments sur 195 hectares, le tout alimenté par de nouvelles lignes à très haute tension.

Ce vendredi 29 mai, la salle Papiot de Châteauroux accueille une réunion publique sous l’impulsion des Écologistes, l’occasion de peser dans la concertation menée en parallèle par la Commission nationale du débat public (CNDP). Car derrière les chiffres vertigineux, deux visions de l’aménagement du territoire s’affrontent.

Une bataille politique moins binaire qu’il n’y paraît

Sur le papier, la ligne de fracture semble évidente, économie contre écologie. Pourtant, l’échiquier politique local est loin d’être manichéen. Si Jérémie Godet, vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire et délégué au Climat, porte la fronde au nom de son parti et du collectif Ozans dire non, l’institution régionale, elle, roule pour le projet. Gil Avérous, le président LR de Châteauroux Métropole, le rappelle d’ailleurs sans détour et François Bonneau, le président socialiste de la Région, voit dans ce dossier « une super opportunité ».

L’État est également à la manœuvre, ayant inscrit le site parmi les 150 projets industriels stratégiques nationaux. D’après Gil Avérous, même le monde agricole, souvent prompt à défendre ses terres, ne s’oppose pas frontalement au projet, y voyant de potentiels débouchés.

Il faut dire que le calendrier invite à la réflexion. Loin des rumeurs d’une vente précipitée, la réalité administrative offre du temps au débat. La promesse de vente liant la collectivité à Google court jusqu’au 5 juillet 2030. L’entreprise américaine, locataire de ses infrastructures en Île-de-France, vient de boucler une année entière d’études environnementales sur la zone et joue la carte du bon voisin, refusant de brusquer les étapes avant l’obtention des permis de construire.

L’écologie au cœur des crispations : îlot de chaleur contre luzerne

Le véritable bras de fer se joue sur le terrain environnemental. Jérémie Godet alerte sur les conséquences d’une telle artificialisation. Il s’inquiète d’abord de la méthode de refroidissement des serveurs par air (dry cooling), redoutant l’utilisation de liquides frigorifiques émetteurs de PFAS (polluants éternels) et de gaz à effet de serre. Mais c’est surtout l’effet îlot de chaleur qui l’alarme.

La forêt de Châteauroux est un îlot de fraîcheur qui régule la température en été et qui est en train de souffrir. On va rajouter à côté un îlot de chaleur de près de 200 hectares. Jérémie Godet, vice-président écologiste de la Région Centre-Val de Loire et délégué au Climat

Une aberration pour l’élu écologiste, d’autant que la chaleur fatale, c’est-à-dire la chaleur produite en surplus, récupérée sur les serveurs serait, selon lui, inutile pendant la période estivale.

C’est mal connaître les besoins du monde rural, rétorque le président de la Métropole. Gil Avérous a fait ses calculs avec la Chambre d’agriculture. L’hiver, le réseau de chaleur alimentera des serres maraîchères pour doper la production locale et fournir les cantines. L’été, cette même chaleur trouvera un autre usage industriel très attendu.

La luzerne pousse au printemps et est coupée à l’été. Il faut la déshydrater à ce moment-là. C’est une vraie demande du monde agricole.Gil Avérous, maire LR de Châteauroux

Quant à l’accusation de bafouer la loi sur le Zéro Artificialisation Nette (ZAN), le maire balaie l’argument. La zone d’Ozans est classée industrielle depuis bien avant la loi, et des fouilles archéologiques y ont déjà été réalisées sur 80 % de la surface.

Le mirage de l’emploi ?

L’autre sujet inflammable reste l’emploi. Dans la presse, Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, s’inquiète du « mirage des promesses de création d’emplois« , rappelant que les data centers fonctionnent avec très peu d’humains une fois achevés. Un ratio emploi/surface qualifié de « médiocre » par Jérémie Godet.

Gil Avérous assume totalement cette réalité. Châteauroux n’est pas la Silicon Valley, et c’est justement ce qui rend le projet réaliste. « Si Google nous disait « je crée 5 000 emplois », on ne pourrait pas les fournir dans un département de 220 000 habitants« , tranche l’élu. La mairie parie plutôt sur le temps long. À partir de 2028, ce chantier géant va d’abord booster le secteur du BTP, la construction des bâtiments est étalée sur près de dix ans. Les embauches pérennes (sécurité, maintenance, ingénierie) suivront pas à pas, le temps de former la main-d’œuvre locale grâce à de nouveaux cursus universitaires.

Un ogre américain dans l’Indre ?

Reste l’enjeu, de la souveraineté. Laisser une multinationale américaine s’implanter massivement sur le sol français crispe les défenseurs d’un cloud européen. Mais à Châteauroux, agiter la menace de l’Oncle Sam résonne curieusement.

De 1951 à 1967, la ville s’est développée au rythme de la gigantesque base de l’OTAN, accueillant jusqu’à 8 000 GI’s. « Cette histoire américaine, c’est notre passé, et c’est un passé florissant« , rappelle Gil Avérous, évoquant le musée US Museum dédié à cette époque, situé place de la gare. « Quand ils sont partis, tout le monde les a pleurés. On n’a pas du tout peur d’une installation américaine.« 

Si la nostalgie ne fait pas une politique industrielle, elle décrit l’accueil plutôt favorable d’une partie de la population locale, habituée à la présence d’entreprises étrangères. La route est pourtant encore longue avant de voir les premiers serveurs clignoter à Étrechet. Le débat public ne fait que s’ouvrir, et avec lui, la nécessité pour Google de prouver que son nuage numérique ne fera pas d’ombre au territoire.

Source : France 3

Source : Crowdbunker

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