Gilets jaunes. Vont-ils raviver la flamme ?

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Karim Sohbi, fonctionnaire de la Défense et Gilet jaune depuis un an, n’entend pas baisser les armes.  (Le Télégramme/Pierre Chapin)

Un an après la première occupation du rond-point de Pen-ar-Chleu’z, que sont devenus les Gilets jaunes brestois ? Quels souvenirs gardent-ils de leur mobilisation ? Sont-ils prêts à repartir au combat ? Nous avons repris attache avec nos contacts, pour prendre la température, alors qu’un appel a été diffusé sur les réseaux sociaux pour un rassemblement ce samedi, à 9 h, sur le parking d’Orchestra, à Kergaradec, puis à 13 h 30, place Strasbourg.

Jean-Luc, 54 ans : « Le 5 décembre peut être un nouveau départ ». La première manifestation des Gilets jaunes en novembre dernier à Brest, était sa première manif tout court. « Je n’attendais rien pour moi, car ma carrière est faite. Si je suis entré dans ce mouvement, c’était avant tout pour mes enfants et mes petits enfants », déclare Jean-Luc, qui ne regrette pas son engagement. « Je pense que cela a permis de remettre de la fraternité entre les gens, et beaucoup en avaient besoin ». Il reste néanmoins lucide sur ce que le mouvement a obtenu du gouvernement. « À mon sens, rien. Macron a fait mine de donner d’une main et a repris de l’autre ». Raison pour laquelle il est toujours prêt à ressortir dans la rue, avec ou sans gilet. « J’espère que la mobilisation interprofessionnelle du 5 décembre sera un nouveau point de départ. Aujourd’hui, je crois que seule la convergence des luttes permettra de faire bouger l’État ».

Maxime, 36 ans : « Certains ont vampirisé le mouvement ». Il faisait partie de nos contacts au début du mouvement, mais s’en est désolidarisé assez vite, et a d’ailleurs demandé que l’on change son prénom. Car son constat est amer. Pour ce salarié, en concubinage et père de deux enfants, le mouvement des Gilets jaunes à Brest a été rapidement gangrené par les querelles d’ego. « Certains ont vampirisé le mouvement pour se mettre en avant et prendre le pouvoir. Ils reproduisaient le même schéma que celui qu’ils disaient vouloir combattre. Et puis, on s’est focalisé sur des opérations où l’on emmerdait les citoyens au lieu de garder à l’esprit que la cible était l’État ». Malgré cette déception, certains Gilets jaunes sont restés ses amis. Mais sa vie, il l’a recentrée autour de sa famille et du travail. « J’ai créé une activité à côté de mon emploi salarié, pour mettre enfin des sous de côté et préparer l’avenir de mes enfants ».

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Manifestation de Gilets jaunes, rue Jean-Jaurès à Brest, le 1décembre 2018. (Photo d’acrhives.)

Emmanuelle, 41 ans : « J’ai confiance en l’intelligence collective des citoyens ». « Un an après, je suis toujours Gilet jaune dans l’âme, et je me bats pour mes enfants », confie Emmanuelle, mère séparée avec trois enfants à charge. Elle touche 1 228 € en accompagnant les enfants handicapés dans une école et en faisant des ménages. « Ces deux emplois me permettent juste de payer mes factures, rien de plus », déplore celle qui est fâchée avec « la politique politicienne oublieuse des pauvres. Droite, gauche, c’est pareil. Si la France est endettée, c’est de leur faute, pas de la nôtre ». Mais si elle ne croit plus les politiques, elle croit encore à la politique. Raison pour laquelle elle a décidé de s’investir dans le projet de liste 100 % citoyenne portée à Brest. « J’ai confiance en l’intelligence collective des citoyens qui peuvent être acteurs et décideurs. J’espère que ça va éveiller des consciences, pousser les gens à se dire que oui, ils ont leur mot à dire dans les affaires de la cité. On veut déboucher ensuite sur un lobby citoyen pour défendre les Brestois ».

Karim, 49 ans : « On a vu une belle solidarité ». « Je suis le mouvement depuis le 17 novembre 2018, et je n’ai pas l’intention de lâcher. J’ai toujours été du côté des gens qui n’ont rien », souligne Karim. Sur les ronds-points, il a rencontré « des gens dont les histoires foutent les glandes, comme cette petite mamie qui devait vendre sa maison car elle n’y arrivait plus avec sa retraite de misère. Tous sont sortis dans la rue, ont fait éclater leur misère, l’ont partagée. Et on a vu une nouvelle solidarité. À Brest, on a eu des belles mobilisations. Et puis c’est retombé. En partie parce qu’il y a eu des clans, ceux du rond-point de Pen-Ar-Chleu’z et ceux d’Ikéa…. Et puis du moment où on nous a mis au port, on n’était plus assez visibles. » Son regret, « que les agriculteurs n’aient pas suivi. Moi, comme d’autres Gilets jaunes, je suis allé soutenir les gardiens de prison, les assistantes maternelles… Mais on n’a pas eu de retour, et certains ne voulaient même pas qu’on s’affiche à leur côté, c’est dommage. » Au final, lui aussi estime que le gouvernement « n’a lâché que des miettes. Mais il nous craint maintenant, et c’est déjà beaucoup », et il espère une nouvelle étincelle ce week-end, et surtout le 5 décembre.

Six dates clefs du mouvement à Brest

17 novembre 2018 : c’est la première manifestation au giratoire de Pen-ar-Chleuz. Les gilets jaunes occuperont ce rond-point jusqu’au 13 décembre, date de l’évacuation du camp par les forces de l’ordre.

1er décembre 2018 : 2 000 gilets jaunes dévalent la rue Jean-Jaurès pour l’acte V. Le samedi suivant, pour l’acte VI, ils seront encore plus nombreux, de l’ordre de 2 500.

5 janvier 2019 : Acte VIII. Un imposant cortège d’environ 1 500 personnes s’empare du pont de l’Iroise. La RN 165 est bloquée.

8 janvier 2019 : une trentaine de Gilets jaunes bloquent la levée du pont de Recouvrance. L’un d’eux est blessé lors de l’évacuation au gaz lacrymogène par les forces de l’ordre.

28 mars 2019 : une vingtaine de Gilets jaunes se joignent aux artisans pour bloquer le dépôt pétrolier au port de commerce. Cinq d’entre eux seront interpellés et placés en garde à vue.

26 juin 2019 : le camp mis à disposition par la ville au port de commerce, et occupé depuis janvier, disparaît du paysage. La Ville a décidé de le démanteler à l’approche de la saison estivale. La même semaine, les Gilets jaunes remettent les clefs de la Maison du peuple où ils se réunissaient régulièrement.
Source :  Le Télégramme

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