En Bretagne, des habitants achètent des terres pour les rendre aux paysans bio
Auteur(s) A.M Publié le 26 mai 2026 – 10:45

DR – Unsplash
Dans le Finistère, face à la concentration du foncier agricole, des citoyens se regroupent pour acheter des terres et les louer à des paysans bio. Un geste fort de solidarité pour appeler à un autre modèle de société.
On n’y pense pas forcément quand on passe à côté en voiture, mais les terres peuvent facilement changer de propriétaire. Un voisin agrandit son exploitation, un investisseur place son argent, et une ferme disparaît dans le silence administratif. Mais certains habitants décident de faire autrement. Comme le raconte Reporterre, des citoyens se regroupent pour acheter des terres agricoles, puis les louer à des porteurs de projets, à une condition claire : celle de s’installer en agriculture biologique. Leur mot d’ordre tient en peu de mots : « Ce qu’on veut, c’est aider. »
La France comptait 389 000 fermes en 2020, soit environ 100 000 de moins qu’en 2010. Dans le même temps, la surface moyenne des exploitations a atteint 69 hectares, en hausse de 25 % en dix ans, selon les données rassemblées par Terre de Liens à partir du recensement agricole. Moins de fermes, plus grandes, plus chères, plus difficiles à transmettre. Le paysage agricole se vide lentement.
L’accès à la terre est devenu l’un des principaux obstacles pour les nouveaux paysans. Même lorsque le prix moyen français reste inférieur à celui observé dans d’autres pays européens, il pèse lourd pour des jeunes installés, surtout en maraîchage, élevage extensif ou polyculture bio. En 2024, les terres et prés libres se vendaient en moyenne 6 400 euros l’hectare, en hausse de 3,2 %, d’après la Fédération nationale des Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural). Les terres louées atteignaient 5 220 euros l’hectare. Pour un projet paysan, la facture grimpe vite. Avant même d’avoir semé une graine, il faut parfois porter le poids d’une dette.
C’est dans cette faille que s’engouffrent les collectifs citoyens. Ils achètent non pour spéculer, mais pour soustraire la terre au marché classique. Le modèle ressemble à celui porté depuis vingt ans par Terre de Liens, qui mobilise l’épargne citoyenne pour préserver les terres agricoles et soutenir des installations en agriculture biologique. Dans un bilan publié avec les Safer, l’organisation rappelle que son projet repose sur quatre piliers, dont la préservation des terres, l’installation de paysans bio et la mobilisation citoyenne. Cette coopération entre Terre de Liens et les Safer a permis d’installer 240 fermes sur près de 7 000 hectares en agriculture biologique ou en conversion, au 31 décembre 2023. Cela représentait alors les deux tiers des 352 fermes accompagnées. Derrière ces chiffres, il y a des vergers sauvés, des élevages transmis, des parcelles qui ne deviennent ni friches ni extensions industrielles.
Cette solution ne remplace ni une politique foncière ambitieuse, ni une réforme de la transmission agricole, ni une meilleure rémunération des producteurs, mais elle change transforme la terre en nécessité plutôt qu’en actif financier. Elle redevient un bien commun, une promesse de nourriture, de paysages et d’emplois.
Source : France Soir
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