Avec l’écoacoustique, la nature parle et soigne

Auteur(s) France-Soir Publié le 26 mai 2026 – 10:20

Image générée avec ChatGPT.

Des chercheurs tendent l’oreille aux forêts, aux rivières et aux récifs pour mesurer la santé du vivant. L’écoacoustique, discipline encore jeune, transforme les paysages sonores en indices scientifiques, et ce que la nature nous murmure pourrait aussi nous faire du bien.

On connaissait les jumelles, les pièges photographiques et les relevés de terrain. Il faudra désormais compter avec les micros. Dans un article publié le 23 mai, France 3 Normandie s’intéresse à l’écoacoustique, cette science qui écoute les sons de la nature pour mieux comprendre la biodiversité et ses effets sur notre bien-être. Le sujet peut sembler poétique, mais il est aussi concret. Les oiseaux, les insectes, le vent, l’eau ou les activités humaines composent une partition qui renseigne sur l’état d’un milieu.

L’Office français de la biodiversité (OFB) résume le principe ainsi : la bioacoustique et l’écoacoustique utilisent les enregistrements sonores pour analyser les espèces et les écosystèmes. Des capteurs autonomes sont posés sur le terrain, puis les sons sont étudiés afin d’en extraire des informations utiles. On peut repérer une espèce, suivre son activité, mesurer les effets d’une perturbation ou observer l’évolution d’un habitat sur le long terme.

La différence entre les deux approches tient à l’échelle. La bioacoustique écoute souvent un animal, un chant, un cri, un signal. L’écoacoustique écoute l’ensemble. Le Muséum national d’histoire naturelle explique que les chercheurs installent des magnétophones automatiques dans des forêts, des lacs, des savanes, des récifs coralliens ou même des parcs urbains. Ces capteurs peuvent enregistrer quelques minutes à intervalles réguliers pendant des semaines, des mois, parfois des années, sans déranger la faune.

C’est cette discrétion qui fait sa force, car une forêt ne se laisse pas toujours observer. Beaucoup d’animaux se cachent, sortent la nuit ou vivent dans des zones difficiles d’accès. Le son a moins de barrières.Quand les chants d’oiseaux diminuent, quand les insectes se taisent, quand le vacarme des routes couvre la biophonie, le paysage sonore devient un bulletin de santé du vivant.

Les scientifiques distinguent souvent trois familles de sons : la biophonie vient des êtres vivants ; la géophonie vient du vent, de la pluie ou des rivières ; la technophonie vient des machines humaines. L’OFB souligne que l’augmentation des bruits liés au trafic, aux chantiers ou aux loisirs peut perturber la communication, la reproduction et les déplacements des espèces.

Parallèlement, une méta-analyse publiée dans PNAS en 2021 conclut que l’exposition aux sons naturels améliore certains indicateurs de santé, augmente les affects positifs et réduit le stress ou la gêne. Les sons de l’eau semblent particulièrement associés aux émotions positives, tandis que les chants d’oiseaux sont liés à une baisse du stress et de l’agacement. Dans une époque saturée de moteurs, de notifications et de fracas, l’écoacoustique rappelle que la nature ne se contente pas d’être vue. Elle s’écoute, et lorsqu’elle se tait, nous devrions entendre le problème.

Source : France Soir

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