EDITO. Policiers et gendarmes sous tension

JLG180618A-Les sénateurs mettent en cause les organisations, les méthodes de management notamment chez les policiers et l’insuffisance des formations des forces de l’ordre | OUEST-FRANCE, IMAGE D’ILLUSTRATION

Policiers et gendarmes ont le blues. Une commission d’enquête sénatoriale vient de rendre un rapport inquiétant sur l’état des forces de sécurité intérieure. Sa conclusion n’est pas en langue de bois : « Un profond malaise règne actuellement au sein de la Police nationale. Les autres forces de sécurité intérieure (Gendarmerie nationale, polices municipales) connaissent également des difficultés importantes. » En clair : les institutions chargées de la sécurité des citoyens sont en crise.

Le constat doit alerter tous les responsables politiques, mais aussi chacune et chacun d’entre nous : selon un alarmant rapport du sénat, les forces de sécurité intérieure, police et gendarmerie, connaissent « un profond malaise » et « des difficultés importantes ». La Démocratie s’appuie sur des institutions solides et respectées, ayant les moyens de leur mission. Si le rapport du Sénat doit nous inquiéter, c’est précisément parce qu’il met en évidence que ce nécessaire équilibre est aujourd’hui dangereusement fragilisé. Il y a donc urgence.

Une réalité dramatique a attiré l’attention des parlementaires : le taux de suicide chez les policiers est supérieur de 36 % à celui de la population générale. Il est également plus élevé chez les gendarmes, même si c’est dans une moindre mesure. S’il se garde d’en tirer des interprétations hâtives, le rapport souligne que l’augmentation considérable du nombre des missions, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, de la crise migratoire ou du maintien de l’ordre, pèse sur les rythmes de travail et la vie de famille.

Un manque de moyens

Le malaise est profond car les causes sont multiples. Les sénateurs mettent en cause les organisations, les méthodes de management notamment chez les policiers, l’insuffisance des formations. Sur le plan des moyens, l’état des lieux est affligeant. La dégradation des conditions matérielles de travail est une réalité. L’augmentation des effectifs est continue depuis 2012, mais les crédits d’investissement et de fonctionnement ne suivent pas.

Plus grave sans doute, le lien de confiance entre les agents des forces de sécurité intérieure et le monde judiciaire s’érode à cause d’une réponse pénale souvent jugée insuffisante. À cause aussi de la complexité des procédures. Toute la chaîne pénale est également impactée par les grandes difficultés de l’administration pénitentiaire qui manque, elle aussi, de moyens. Sombre tableau.

Comment s’étonner alors de ce sentiment des policiers et des gendarmes d’être mal considérés ? Beaucoup souffrent de leur image dans la population, du sentiment d’être « sans cesse montrés du doigt, mis en cause, stigmatisés »,comme le rapportent les sénateurs qui ont mené l’enquête.

Le lien est loin d’être rompu entre les Français et les forces de sécurité intérieure. Les hommages aux policiers et gendarmes morts en service sont des moments d’unité nationale. Mais les épisodes de tension extrême sont de plus en plus fréquents, notamment en zone urbaine. Les maires de grandes villes interpellent le gouvernement sur la nécessité d’une présence policière de proximité, dans la durée.

La future « police de sécurité du quotidien » est bien annoncée, mais elle ne sera expérimentée que dans quelques quartiers.

Le rapport sénatorial sur l’état des forces de sécurité intérieure ne doit pas rester sans suite. Alors que le gouvernement planche sur le budget 2019, nous devons tous être conscients que les efforts doivent être amplifiés. La société attend de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale qu’elles soient exemplaires et assurent sa sécurité. Elle leur doit les moyens de cette mission.

Source : Ouest-France

 

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