Crime international. Pascal, un gendarme breton en mission

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« Ce que j’aime dans ces missions, c’est qu’elles nous apprennent à relativiser, à prendre du recul ». Capitaine Pascal Scordia

Il est à Brest de passage, pour quelques mois, deuxième adjoint du commandant de la compagnie de gendarmerie. Une halte entre deux missions : le capitaine Pascal Scordiasert au sein du Groupement des opérations extérieures (Gopex). Ils sont seulement 50 en France, à en faire partie.

La rade, le port, ce qu’il en reste. Bientôt, Pascal Scordia quittera à nouveau Brest. Direction d’autres latitudes plus exotiques, certainement. Étonnant, si l’on s’en tient à l’image classique que l’on peut se faire d’un gendarme et pourtant.

 

À 49 ans, ce capitaine de gendarmerie, né à Edern (29) et bachelier du lycée de Cornouaille, à Quimper, a passé quasiment plus de temps de carrière en Outre-mer et à l’étranger qu’en France. Les narcotrafiquants à Saint-Martin, le trafic des êtres humains en Bosnie-Herzégovine, les transplantations illégales d’organes au Kosovo, les stupéfiants en tous genres dans les Balkans, les trafics d’armes, les criminels internationaux… Une folle galerie de portraits jalonne ses souvenirs, nourris d’histoires sordides ou heureuses parfois, humaines, tout le temps.

Collaboration internationale

« Je me souviendrai toute ma vie de cette femme moldave, victime d’un réseau de proxénétisme, qui avait refusé de se prostituer et que l’organisateur du trafic avait décidé de laisser mourir, comme un chien, détaille-t-il. Mais vraiment comme un chien, attachée par une laisse, un collier autour du cou. Elle vivait, décharnée, dans un tonneau grillagé. On l’a découverte juste à temps ». C’était au début des années 2000. Il est gendarme depuis une dizaine d’années, entre la brigade de Pléneuf Val-André(22), et un séjour sur l’île de Saint-Martin qui lui instille le goût de la collaboration internationale, lorsqu’il s’apprête à prendre le commandement de la brigade de Bubry(56). « Un collègue m’a parlé du Gopex, je ne connaissais pas ce groupe mais comme je parlais anglais et espagnol, et comme j’aimais cette idée de coopération internationale, j’ai tenté la sélection ».

Sélections drastiques

En 2001, c’est chose faite, avec succès. Il intègre ce groupement, rattaché au Cgom (commandement de la gendarmerie outre-mer), composé d’une cinquantaine de gendarmes, officiers et sous-officiers. Des sélections drastiques, notamment dans la parfaite maîtrise d’au moins une langue étrangère. L’idée c’est de faire servir des gendarmes au sein des engagements que la France honore auprès des organisations internationales, comme l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord), l’Onu (Organisation des nations unies), l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ou l’Union Européenne.

Trafic d’organes et saisies de drogue

« À partir de ce moment, je n’ai pas arrêté de faire des allers-retours entre la Bretagne et l’étranger », relève-t-il, évoquant un premier séjour de neuf mois en Bosnie-Herzégovine, puis le commandement de la brigade du Conquet (29) en 2003. Avant de repartir l’année suivante pour sept ans, au Kosovo. Pour lutter, cette fois, contre les trafics internationaux du crime organisé. Adjoint au directeur de la police judiciaire mise en place par l’ONU, puis sous commandement de l’Union Européenne,Pascal Scordia participe à la mise au jour d’un vaste réseau de transplantations illégales d’organes. « Le côté sombre de l’âme humaine », se souvient-il, évoquant ces « personnes pauvres » venues de Turquie, de Moldavie , de Roumanie, pour vendre un rein, contre quelques dizaines de milliers de dollars. Beaucoup n’en ont jamais vu la couleur. Les Balkans, c’est aussi cette plaque tournante du trafic international de drogue. Et l’expérience de saisies record, dans un contexte délicat. Il en est revenu en juin dernier. « Ce que j’aime dans ces missions, outre le fait de travailler avec des policiers et des gendarmes d’autres pays, de participer à la formation d’autres polices dans des endroits troublés, c’est qu’elles nous apprennent à relativiser, à prendre du recul. À considérer nos problématiques locales différemment. Sans moins d’attention, au contraire, mais avec un autre regard. » C’est aussi une carrière inattendue, lorsque l’on entre en gendarmerie.
Source : Le Télégramme

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