Boulogne : le récit rocambolesque d’un ex-gendarme dans le viseur d’Al-Qaïda

Ancien gendarme rattaché à la compagnie de Boulogne, Jean-François Mercier vient de passer six ans au Yémen. Il était chargé de la sécurité des intérêts de l’Union européenne, au cœur d’un pays tiraillé entre guerre civile et attaques djihadistes. Il s’apprête à sortir un livre digne d’un polar. Aujord’hui, il nous raconte cette expérience hors du commun.

Jean-François Mercier habite désormais à Norrent-Fontes, mais il revient souvent sur ses anciennes terres boulonnaises. Il a décidé de raconter son expérience extraordinaire dans un livre, « Cher Yémen... je m’en vais », à paraître le 25 août.

Jean-François Mercier habite désormais à Norrent-Fontes, mais il revient souvent sur ses anciennes terres boulonnaises. Il a décidé de raconter son expérience extraordinaire dans un livre, « Cher Yémen… je m’en vais », à paraître le 25 août.

L’arrivée dans un pays au bord du gouffre

« En décembre 2009, je suis recruté par une société privée pour assurer la protection des bâtiments de la délégation de l’Union européenne au Yémen (équivalent d’une ambassade) et des maisons de ses expatriés. Je prends la tête d’une équipe alors composée de 45 personnes, des internationaux comme des locaux. À cette époque, nous ne sommes pas encore chargés de la protection des personnels. On peut encore se promener sans problème dans les rues de Sana’a, la capitale. Le président Ali Abdallah Saleh, un ancien militaire au pouvoir depuis 33 ans, est affaibli, mais il contrôle encore son pays. »

La guerre civile éclate

« 2010 est une année charnière. Alors que je découvre le pays et mon métier, Al-Qaïda monte en puissance et commence à commettre des attentats dans le sud du pays. Tout se délite lorsque le printemps arabe éclate. Des manifestants prennent la rue et exigent la démission du gouvernement. Le mouvement est réprimé dans le sang par le président Saleh, faisant 10 000 morts et 20 000 blessés. En juin 2011, on est au bord de la guerre civile. Des tribus se lèvent contre Saleh, les ambassades quittent le pays. Le président est blessé dans un attentat, il demande la fin des combats et cède le pouvoir à Hadi, son vice-président. »

Menacé par Al-Qaïda

« En 2013, Al-Qaïda monte en puissance, les attentats gagnent la capitale, qui échappe totalement au contrôle du pouvoir. Mon équipe atteint désormais une centaine de gars avec des armements lourds et des véhicules blindés. On travaille jusqu’à 18h par jour. Je participe à des réunions avec les services de sécurité de tous les pays, je prépare les convois des staffs, je contrôle les postes, les routes et les maisons avant le retour des officiels, je fais l’interface entre Bruxelles et la délégation… On reçoit des menaces d’Al-Qaïda, on est constamment en état d’alerte. »

Son collègue meurt devant sa porte

« En 2014, ma boîte me propose d’ouvrir une filiale au Yémen. Je transfère mon poste de responsable de la sécurité à un collègue. L’État islamique commence à s’implanter, des opérations sont menées contre Al-Qaïda, qui se venge en multipliant les attentats. Un jour de mai, j’entends une longue rafale à l’extérieur de mes bureaux. J’ouvre la porte et je découvre le carnage. La voiture de mon collègue est en feu, elle a été arrosée de 90 cartouches. C’était mon ami et il est mort. Son adjoint est grièvement blessé. »

« UN TERREAU POUR LE DJIHADISME »

Après l’attentat qui a tué son collègue, Jean-François Mercier rentre en France en juin 2014. « J’ai rapporté les affaires de mon ami à sa mère, c’était très dur. Surtout que j’aurais dû être dans la voiture qui a été attaquée », souffle-t-il. Il trouve malgré tout la force de retourner sur place pour poursuivre sa mission, mais la situation s’envenime encore. Un putsch mené par la communauté chiite éclate et la coalition des pays du Golfe se met à bombarder la ville nuit et jour. « J’ai dû évacuer mon équipe d’internationaux. Seuls une cinquantaine de gardes locaux sont restés. » Lorsque l’ancien gendarme se résoudra à partir, il devra attendre un vol pendant plusieurs semaines… et sera retenu jusqu’au dernier moment à l’aéroport, accusé d’espionnage.

« On ne peut pas laisser ce pays à l’abandon »

Depuis son retour en décembre dernier, Jean-François Mercier tente de médiatiser la situation du Yémen. « Le pays est exsangue, livré au chômage, c’est un terreau pour le djihadisme. On se dit que le Yémen c’est loin, mais il ne faut pas oublier que les frères Kouachi s’étaient entraînés là-bas avant l’attaque de Charlie Hebdo. On ne peut pas laisser ce pays à l’abandon, sinon on aura des attentats comme ceux de Paris démultipliés, partout dans le monde. »

C’est pour appuyer son combat que l’ancien Boulonnais a décidé d’écrire un livre, Cher Yémen… je m’en vais, qui sortira à 5 000 exemplaires jeudi.

« Cher Yémen… je m’en vais », 19 €, auto-édité par Jean-François Mercier, sera en vente à partir de jeudi à l’Espace culturel du Leclerc d’Outreau, à la Fnac de Boulogne, dans les grandes librairies de la région et sur le site http://orniat.alcalina.net/

SES DATES

1966. Jean-François Mercier naît à Amiens. Il déménage rapidement à Valenciennes, avant de suivre sa famille en Serbie dans les années 1980.

1986. Titulaire d’un BEP de chaudronnerie, il travaille à l’aciérie Metalesco, à Valenciennes.

1990. Recruté par la gendarmerie, il est affecté à la gendarmerie mobile dans l’Oise, puis dans une brigade en Lozère.

1998. En tant que gendarme détaché pour les Nations Unies, il est nommé conseiller sur les questions de sécurité en Bosnie. Rattaché officiellement à la brigade territoriale du Chemin-Vert à Boulogne, il est nommé au même poste au Kosovo (2000), puis en Macédoine (2004).

2003. Nommé au peloton de surveillance et d’intervention du Portel.

2007. Après une ultime formation en protection rapprochée en Israël, il prend sa retraite de la gendarmerie.

2008. Recruté par une société de sécurité internationale, il effectue des missions en Israël, en Roumanie, au Tchad…

2009. Recruté par une autre société privée, il est nommé en charge de la protection de la délégation de l’Union européenne au Yémen.

2015. Il rentre définitivement en France.

Source : La Voix du Nord

 

 

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