Bernard Cazeneuve, le sinistre de l’Intérieur

Bernard Cazeneuve, le sinistre de l’Intérieur. Photo © AFP

Bernard Cazeneuve. Incapable d’endiguer la violence des écolo-anarchistes et les flots de clandestins à Calais, le ministre de l’Intérieur affiche un profil aussi lisse que trompeur. Portrait-vérité d’un soldat de la Hollandie.

215 jours. C’est le temps qu’aura mis Bernard Cazeneuve, depuis sa nomination place Beauvau, pour se rendre enfin à Calais, le 3 novembre. C’est peu dire, pourtant, que le ministre de l’Intérieur y était attendu : envahie par près de 3 000 clandestins dans l’attente de s’embarquer illégalement pour le Royaume-Uni, la ville a le sentiment d’avoir été abandonnée par les pouvoirs publics. Malgré l’annonce, il y a deux semaines, du renfort d’une centaine de policiers, portant à 450 leur nombre total, rien dans le « dispositif de sécurité » ni dans les propos de Cazeneuve sur place ne permettent à la population d’espérer une amélioration rapide de la situation. Tout au contraire.

Celui que Hollande surnomme « mon silencieux » et à qui il doit parfois demander de hausser le ton en Conseil des ministres s’est montré, en effet, tout aussi inaudible sur les moyens à mettre en oeuvre pour libérer la ville de cette invasion responsable, chaque jour, de dizaines de rixes et d’agressions. Aucune annonce, hors la réouverture d’un « centre d’accueil ». Aucun plan d’action crédible. « Partout où il est passé, témoigne l’une de ses relations, Cazeneuve s’est toujours montré aussi transparent. Il se coule dans ses nouveaux habits, et c’est tout. » « Il n’est pas connu pour son autorité », ironisait Sarkozy à l’annonce de son arrivée à l’Intérieur. La suite l’a confirmé : en matière de sécurité comme d’immigration, le bilan de ses sept mois place Beauvau peut se résumer au néant de son action à Calais…

Lui qui, pour le 14 Juillet, n’avait pas hésité à faire arrêter “préventivement” plusieurs responsables et militants FN par crainte de sifflets durant le passage du chef de l’État sur les Champs-Élysées s’est ainsi montré totalement incapable, après les violences de Sivens, d’user de ces mêmes mesures préventives — cette fois justifiées — à l’encontre des écolocasseurs de Dijon, Toulouse ou Nantes fichés par ses services (lire notre dossier page 26). Conséquence : des dizaines de policiers blessés, dont certains à l’acide, des rues entières dévastées, des monuments aux morts profanés, des murs recouverts de tags appelant au meurtre : “Flics, porcs, assassins”, “Un flic, une balle, justice sociale”… Ce fut déjà le cas, le 19 juillet, pour la manifestation propalestinienne de Barbès, à Paris, qui a dégénéré en émeute… malgré son interdiction.

« Avec ta tête de Fouché malin, tu as tout pour réussir à ce poste », lui avait lancé Hollande au moment de le nommer. Sauf qu’avoir la tête de l’emploi ne suffit pas. La désignation de Cazeneuve, 51 ans, son 1,67 mètre, ses costumes gris, ses pochettes et ses lunettes en écaille, a constitué une « surprise » d’autant plus grande, comme le relevait à l’époque Jean-Paul Mégret, le secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police, qu’il n’avait « jamais exprimé d’appétence pour Beauvau ». Où il était d’autant moins attendu qu’en tant que ministre délégué au Budget, chargé de tailler dans les dépenses, il n’avait pas hésité à retarder de nombreux investissements dans la police et même à supprimer l’indemnité de sujétion spéciale (ISS) de 200 euros dont bénéficiaient jusqu’alors les jeunes recrues…

Dans son grand bureau Empire du cinquième étage de Bercy, où il avait remplacé son ami Cahuzac après sa démission, en mars 2013, Cazeneuve n’a pas davantage laissé le souvenir d’un homme à la hauteur de sa mission. « Toutes ses interventions, en réunion comme au Conseil des ministres, commençaient par : “Monsieur le président de la République, vous m’avez demandé de faire 50 milliards d’économies…” », raconte l’un de ses collègues, mais les résultats, là encore, ne seront pas au rendez-vous. Cécile Duflot se souvient, d’un arbitrage difficile, un jour, où le ministre, sortant de son habituelle réserve, s’était soudain écrié : « Est-ce que je peux retirer mes chaussures, aller faire un tour et pousser un cri primal ? » Ses ex-collaborateurs évoquent des cocktails moins fournis afin de réduire les dépenses. Mais rien qui témoigne, jamais, de la vision et de la détermination qu’aurait méritées l’ampleur de sa tâche.

Déterminé, Cazeneuve, qui ne cache pas son appartenance à la franc-maçonnerie, l’a surtout été, depuis ses débuts, à s’imposer dans les arcanes du pouvoir. D’abord dans le sillage de Fabius, qui le convainc, lui le natif de l’Oise, étudiant à Bordeaux, puis juriste et avocat à Paris, de se faire parachuter dans la Manche, où il est élu, à 32 ans, maire d’Octeville, à côté de Cherbourg, dont il prendra ensuite la tête. Comme son mentor, il votera “non” lors du référendum sur la Constitution européenne, s’attirant les foudres de Hollande, alors premier secrétaire du PS. « Il ne faut pas s’y fier ; il ressemble à un technicien, mais c’est un vrai politique », résume Éric Woerth, l’un de ses prédécesseurs au Budget, dans les Échos. Pour preuve, le rapprochement qu’il opère, au moment opportun, avec le futur chef de l’État, qu’il côtoie depuis vingt ans. Alors qu’il n’avait donné aucune consigne de vote au premier tour de la primaire socialiste, il appelle à le soutenir au second, devenant ensuite l’un de ses porte-parole. À partir de là, s’amuse l’écologiste Jean-Vincent Placé, « il a appris les chiffres par coeur pour faire sérieux et techno et il a collé à la roue de Hollande ». Celui-ci élu, l’ex-“noniste” de 2005 est nommé ministre délégué aux… Affaires européennes. Avant Bercy, puis Beauvau. Afin de complaire au chef de l’État, dont « l’adversaire, disait-il dans sa campagne, est la finance », il fait biffer de son curriculum vitæ officiel son passage à la Banque populaire…

« Inutile de vous construire un personnage, les gens finissent toujours par vous voir tel que vous êtes », lui avait, un jour, conseillé Mitterrand. Le vernis finit toujours par craquer. Loin du « clerc de notaire » égaré en politique qu’il affirme être, Cazeneuve n’est pas, non plus, le « violemment modéré » qu’il décrit. Passée inaperçue à l’époque, sa réaction, en avril 2012, au rappel par Sarkozy des « racines chrétiennes de la France » pourrait être signée par les “laïcards” les plus acharnés de la IIIe République : des « relectures historiques frelatées » qui ont « rendu la France peu à peu nauséeuse ». Encore plus méconnu : lorsque son successeur à la mairie de Cherbourg, le PS Jean-Michel Houllegatte, hostile au mariage homosexuel, lui fait savoir qu’il veut participer à la “manif pour tous”, Cazeneuve lui impose de renoncer !

S’il lui est arrivé de confier qu’en Mai 68, il aurait « sans doute été gaulliste », il assume aujourd’hui un “immigrationnisme” aux antipodes de celui qui redoutait qu’un jour sa ville de vienne « Colombey-les-Deux-Mosquées » : « La France que nous désirons ardemment n’a pas peur des musulmans de France », déclare-t-il. Il y a, aussi, cette inquiétante confession à l’Obs : « Je me suis toujours méfié du mélange de la morale et de la politique […], ce sont là deux notions qui recouvrent des réalités trop différentes pour qu’on puisse les mêler sans danger. » « Dans la vie, affirme Cazeneuve, il vaut mieux des ennuis que l’ennui » : la France, avec lui, a les deux.

Source : Valeurs actuelles

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