Allemagne : un Conseil d’éthique juge une interdiction des réseaux sociaux sur la base de l’âge “inadaptée”
Auteur(s) M. A. Publié le 16 juin 2026 – 10:45

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À l’image de ses voisins européens et de ses partenaires, Berlin s’est vite prononcé en début d’année sur une possible interdiction des réseaux sociaux aux mineurs. Dans la foulée de nombreux pays comme la France, l’Allemagne a déclenché un débat national toujours pas tranché. Le Conseil d’éthique juge une interdiction basée sur l’âge inappropriée aussi bien pour les mineurs que pour leurs parents.
Le sujet, inspiré par l’Australie, dont un amendement est entré en vigueur fin 2025, a gagné en visibilité en février 2026 lorsque le chancelier Friedrich Merz s’est dit, à l’image de ses homologues, favorable à une interdiction pour les mineurs. “Je suis toujours très réservé à l’égard des interdictions (…) mais je vois les conséquences” sur les jeunes pour les réseaux sociaux, avait-il justifié. La CDU, membre de la coalition au pouvoir, a ensuite porté une motion visant un âge minimal de 16 ans avec vérification obligatoire de l’âge, tandis que le SPD, autre parti de la coalition et dirigé par Boris Pistorius, ministre de la Défense, a proposé une approche plus nuancée, avec interdiction avant 14 ans et “version jeunesse” entre 14 et 16 ans.
Une “atteinte” aux droits des mineurs et leurs parents
Le clivage, un autre parmi ceux auxquels nous ont habitués les deux formations politiques ces derniers mois sur de nombreux sujets, oppose ainsi une logique d’interdiction à une logique de régulation. D’un côté, des responsables CDU/CSU et le chancelier mettent en avant les risques pour la santé mentale des jeunes et l’addiction aux plateformes. De l’autre, le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt a récemment jugé qu’une interdiction générale serait difficile à faire respecter et donc peu pertinente.
Les deux partis attendent toutefois les conclusions de la commission “Protection de l’enfance et de la jeunesse dans le monde numérique”, mise en place dès l’automne 2025. Cette Expertenkommission a été officiellement annoncée en septembre 2025 par la ministre fédérale de la Famille, Karin Prien (CDU), et sa mission consiste à élaborer une stratégie globale pour la protection des jeunes en ligne et à formuler des recommandations concrètes pour le gouvernement, notamment sur des mesures législatives comme la restriction de l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
En attendant, le Conseil d’éthique, une instance permanente et indépendante créée en 2008 qui conseille le gouvernement et le Parlement allemand sur les questions d’éthique, s’est prononcé sur le sujet. La semaine dernière, son président, Helmut Frister, a exprimé la position de ce Conseil contre l’instauration d’une limite d’âge pour les mineurs sur les réseaux sociaux, en réponse à une question de la présidente du Bundestag, le parlement allemand, Julia Klöckner. »Aujourd’hui, les enfants et les jeunes grandissent avec de nombreuses offres numériques qui jouent un rôle important pour répondre à leurs besoins de communication et d’information », a-t-il expliqué.
Dans un rapport, le Conseil d’éthique a dit craindre que, face à une interdiction totale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, les mineurs se tournent vers les chatbots d’IA générative. Et ceux-ci présentent des « risques tout aussi importants » et sont « encore moins bien régulés », rappelle une contributrice au texte. En outre, le Conseil estime qu’imposer un âge minimum prive aussi les parents de la possibilité de trouver “un équilibre entre la protection et la participation de leur enfant”. Le texte ajoute qu’un âge minimum porterait de manière disproportionnée atteinte au droit des parents de concilier eux-mêmes “la protection nécessaire des jeunes et leur droit à la participation et à l’autonomie numériques.
Une “vision paternaliste”
Le Conseil d’éthique propose trois alternatives. La première consiste à déléguer l’accès aux réseaux sociaux ou à d’autres types de contenus numériques aux parents. « Techniquement, ce contrôle passerait par l’indication de l’âge des enfants lors de la configuration des appareils, ainsi que par la régulation des temps d’utilisation ou de l’accès aux applications sur ces appareils ». Une deuxième alternative consiste à installer des dispositifs de vérification d’âge à l’aide de documents officiels sur les appareils. En troisième lieu, le Conseil d’éthique préconise de limiter l’accès aux contenus sensibles avec une vérification “fiable” de l’âge.
Si toutefois une interdiction venait à être adoptée, cette institution recommande une solution européenne. En avril dernier, la présidente de la Commission européenne (CE), Ursula von der Leyen a annoncé une application européenne “techniquement prête” pour vérifier l’âge des utilisateurs.
“Les plateformes en ligne peuvent se fier à cette solution. Cela signifie qu’il n’y a plus d’excuse” technique pour refuser de mettre en place une telle vérification, a-t-elle affirmé.
Mais pour les ONG, cette application peut non seulement signer la fin de l’anonymat sur Internet mais dépeint aussi une “vision paternaliste de la régulation des contenus en ligne, qui ne poursuit pas un réel objectif de protection des enfants, sinon on s’attaquerait aux modèles économiques addictifs des réseaux sociaux. Rappelons-le, depuis le début de ces interdictions à travers le monde, notamment en Australie, l’efficacité de telles approches ne fait l’unanimité nulle part, les adolescents parvenant par des techniques de contournement à accéder aux réseaux sociaux.
Source : France Soir
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