Allemagne : l’ancien chef du renseignement extérieur arrêté pour soupçon d’espionnage et de haute trahison
Auteur(s) M. A. Publié le 08 octobre 2026 – 15:37

August Hanning
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Une affaire d’État… Mardi, l’ancien chef du BND, services du renseignement extérieur, August Hanning a été arrêté en Allemagne pour soupçon “d’espionnage” et de tentative de “haute trahison”. Le parquet fédéral lui reproche d’avoir rédigé, contre rémunération, une analyse destinée à un agent étranger à partir de documents classifiés du renseignement allemand. Près de 2 000 documents lui auraient été fournis par un ancien directeur de cabinet, qui était encore à son poste au printemps dernier.
L’affaire August Hanning est née dans un tout autre dossier : celui de Christina Block, héritière de la chaîne allemande de restaurants Block House. Celle-ci est poursuivie pour avoir commandité, selon l’accusation, l’enlèvement de ses deux plus jeunes enfants en janvier 2024, alors qu’ils vivaient au Danemark avec leur père, à l’issue d’un long conflit de garde.
2 000 documents jusque-là, le nucléaire iranien ou l’armée russe cités ?
Dans ce dossier, August Hanning, ancien président du renseignement extérieur allemand (BND) de 1998 à 2005, est soupçonné d’avoir participé, avec un ancien policier de Hambourg, à un premier enlèvement manqué en 2022. Le parquet de Hambourg indiquait à l’automne 2025 que les deux hommes, présentés comme responsables d’une société de sécurité, auraient planifié cette opération. Hanning n’est pas accusé dans le procès de Christina Block, mais il fait l’objet d’une enquête distincte et a toujours nié toute implication.
C’est dans ce cadre que les enquêteurs ont perquisitionné, en septembre 2025, plusieurs domiciles et locaux liés à Hanning ainsi qu’à la société de sécurité, en Allemagne et en Suisse. Les éléments découverts lors de cette perquisition ont fait apparaître une piste sans rapport avec l’affaire Block mais tout aussi gravissime, voire plus aux yeux de certains puisqu’il pourrait s’agir de secrets d’État. Il est question d’une possible fuite de documents classifiés du BND… Le parquet fédéral a repris le dossier début mai 2026 et ouvert une enquête avec le BND et l’Office fédéral de la police criminelle.
Les enquêteurs reprochent à August Hanning d’avoir obtenu, pendant plus de dix ans, des documents confidentiels du BND grâce à son ancien directeur de cabinet, un certain Manfred D. Selon le parquet fédéral, les deux hommes se seraient « vraisemblablement » entendus au printemps 2010. « Les deux suspects seraient convenus que Manfred D. fournirait régulièrement à Hanning, contre rémunération, de précieuses informations provenant du BND. Hanning devait pouvoir exploiter ces informations à des fins lucratives dans le cadre de son activité de consultant privé », explique-t-on.
Environ 2 000 documents auraient ainsi été transmis à Hanning, au moins jusqu’en juin 2022 par Manfred D., qui est resté un haut responsable du BND jusqu’au printemps 2026. Beaucoup étaient classifiés et réservés à l’usage interne du BND, notamment pour les briefings de renseignement destinés aux hauts responsables de l’agence. La télévision publique allemande affirme que « les documents seraient des rapports hautement sensibles, concernant le programme nucléaire iranien ou encore l’armée russe ».
Le parquet fédéral soupçonne Hanning d’avoir exploité ces contenus classifiés dans son activité de consultant privé. Dans au moins un cas, il aurait utilisé ces informations pour rédiger une analyse de sécurité destinée à un agent d’un service de renseignement azerbaïdjanais. Il aurait également entretenu des contacts étroits avec un représentant d’un autre service étranger.
Le parquet fédéral, qui ne cite aucun pays nommément, soupçonne “fortement” l’ancien chef du BND “d’espionnage constitutif de trahison, (…) de collecte de renseignements relevant du secret d’État (…), de tentative de haute trahison (…) ainsi que d’activités d’agent pour le compte d’un service de renseignement » étranger.
Les deux hommes arrêtés, vives réactions en Allemagne
Mardi, August Hanning a été arrêté, tout comme Manfred D, et leur arrestation, prise en images, certaines des photos ont été dévoilées par Der Spiegel. Un juge doit décider d’un éventuel placement en détention des deux hommes, interpellés au cours d’opérations en Rhénanie et en Bavière.
La nouvelle a secoué l’Allemagne, qui tente, depuis des mois, de consolider aussi bien ses capacités de renseignement que sa crédibilité, dans un contexte marqué, selon Berlin, par des “menaces russes” et des “opérations hybrides” attribuées à Moscou.
En Allemagne, les réactions ont fusé de partout, notamment dans la classe politique. Le président de la commission parlementaire chargée du contrôle des services de sécurité allemands a salué le travail des enquêteurs. « Quiconque s’allie aux ennemis de notre démocratie libérale sera découvert. Nous ne tolérerons aucune trahison de secrets », a déclaré Marc Henrichmann, député du parti conservateur CDU du chancelier Friedrich Merz.
Son collègue et vice-président de la même commission, Konstantin von Notz, élu des Verts, a lui réclamé un audit des fuites orchestrées par les suspects. « Les éventuels dommages causés en matière de renseignement doivent eux aussi être évalués et élucidés sans délai et de manière exhaustive », a-t-il estimé.
En outre, il a rappelé avoir “à de nombreuses reprises alerté” le gouvernement allemand sur la possibilité, “extrêmement problématique”, donnée à des personnes ayant eu accès à des secrets d’État de se reconvertir dans le privé, usant de leurs accès et réseaux pour s’enrichir, potentiellement rémunérées par des adversaires de l’Allemagne.
Martin Jäger, actuel patron du BND, sous les ordres duquel Manfred D. a travaillé jusqu’en mars 2026, a déclaré qu’il ne ferait « aucun compromis s’agissant de la sécurité interne ».
Source : France Soir
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