Affaire Grégory Un rapport de gendarmerie accable Bernard Laroche, «l’homme à la moustache»

«Bernard Laroche est l’auteur de l’enlèvement» du petit Grégory en 1984, selon un rapport de gendarmerie cité par Le Journal du dimanche.

B9712313909Z.1_20170614142247_000+GCG98KLQL.1-0

«Nous pouvons affirmer que Bernard Laroche est l’auteur de l’enlèvement de Grégory» Villemin, le 16 octobre 1984 à Lépanges (Vosges), écrivent les experts du département sciences de l’analyse criminelle de la gendarmerie dans un rapport de 48 pages daté du 10 mai 2017, dont le JDD cite dimanche des extraits.

Bernard Laroche avait été le premier suspect de l’affaire avant d’être libéré en 1985 puis tué par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de Grégory.

Nouveaux recoupements

Les auteurs du rapport s’appuient «sur de nouveaux recoupements et sur des témoignages oubliés, exhumés du dossier judiciaire», selon le JDD.

Ils estiment démontrer que l’enlèvement de l’enfant a été effectué par Bernard Laroche, accompagné de sa nièce Murielle Bolle. Le JDD affirme en outre que selon ce même rapport, l’assassinat de l’enfant qui a suivi a été commis par une deuxième équipe.

Le retour de « l’homme à la moustache »

Le rapport des gendarmes de Dijon, qui affirment que Bernard Laroche est le ravisseur de Grégory, reprend des éléments qui figuraient au dossier d’enquête, mais certains n’avaient pas été totalement exploités. Parmi ceux-ci, on pouvait s’étonner de lire, dans un document de la cour d’appel de Dijon en février 1993, un témoignage précis qui portait les soupçons sur Laroche et Murielle Bolle. Ce n’est que vingt-quatre ans plus tard que ressortait ce témoignage, cité le procureur général de Dijon en juin dernier.

C’est l’un de ces témoignages tardifs qui ont considérablement compliqué cette enquête. Il date de 1990. Il émane d’une voisine de Christine et Jean-Marie Villemin, bien embêtée avec ce qu’elle avait vu, le jour du drame. Tellement embêtée qu’elle avait tout gardé pour elle. Pour une raison toute bête : elle était accompagnée alors d’un homme qui n’avait rien à faire là, à ce moment-là, au moins pour son employeur. Et pour son épouse, peut-être : le rapport de gendarmerie datant de mai dernier affirme que cet homme était alors l’amant de la voisine des Villemin.

Témoignage clé

Mais tout finit par se savoir, évidemment, dans ces villages. Et au mois de novembre 1990, soit six ans après le meurtre de Grégory Villemin, cet homme qui se voulait si discret a bien été obligé de confirmer aux gendarmes, sous serment, qu’il avait accompagné la voisine des Villemin vers le bas du village de Lépanges-sur-Vologne, en fin d’après-midi. Soit à peu près au moment où Grégory y a été enlevé.

Il raconte alors que sur cette route étroite, où les voitures sont obligées de se ranger sur le côté pour pouvoir se croiser, ils ont vu un autre véhicule, de couleur verte montant vers le chalet de Christine et Jean-Marie, devant lequel jouait l’enfant, à ce moment. «Le conducteur était un homme assez corpulent et la passagère, assise à la pace avant droit était une femme aux cheveux roux ». Les gendarmes remarquent alors que ces descriptions « peuvent correspondre à Bernard Laroche et Muriel Bolle », sa jeune belle-sœur, alors âgée de quinze ans. Mieux : l’homme raconte ensuite que sa passagère lâche le nom de Laroche, lui reprochant depuis sa voiture de ne pas se ranger suffisamment sur le bas-côté.

Murielle Bolle avait d’ailleurs raconté cela aux gendarmes, en 1984, avant de se rétracter. Selon elle, Laroche l’avait emmenée jusqu’au chalet, où il avait emmené Grégory. Elle ne savait pas ce qu’il était advenu de l’enfant. Et puis, dans une seconde audition, elle était revenue sur ce récit.

A Aumontzey, en juin, l’arrestation de Jacqueline et Marcel Jacob, grand-tante et grand-oncle de Grégory, a considérablement tendu l’ambiance. On sait que les Jacob étaient très proches de Laroche. Et on note que le procureur général de Dijon affirme, sur la foi du rapport des gendarmes, que « plusieurs personnes ont concouru à la réalisation de ce crime ». Selon lui, « un homme portant une moustache, parfois accompagné d’une femme » aurait fait des repérages autour de la maison de Christine et Jean-Marie Villemin, dans les jours qui ont précédé l’enlèvement du petit Grégory, le 16 octobre 1984. Et on se souvient que Marcel Jacob portait la moustache, au début des années quatre-vingt.

En tout cas, la voisine des Villemin n’a jamais voulu confirmer la version de son compagnon de voyage en voiture, « parce qu’elle a été menacée gravement ». On lui aurait promis par courrier anonyme de brûler sa ferme si elle parlait. Exactement comme le « corbeau » promettait de brûler la maison de Jean-Marie Villemin.

Affaire relancée

L’affaire Grégory a été relancée de manière spectaculaire à la mi-juin avec l’arrestation de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, soupçonnés d’avoir joué les «corbeaux» de l’affaire, en envoyant une série de lettres anonymes très bien renseignées.

Mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort, les deux septuagénaires, jamais inquiétés jusqu’alors, avaient été remis en liberté quelques jours plus tard, sous contrôle judiciaire strict.

Âgée de 48 ans, Murielle Bolle a été mise en examen le 29 juin pour enlèvement suivi de mort et placée en détention provisoire. Adolescente à l’époque des faits, elle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche du rapt du garçon de quatre ans retrouvé mort dans la rivière Vologne, avant de se rétracter.

Source : La Voix du Nord

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.