TRIBUNE. Police : pour Maggy Biskupski

VIDÉO. Les obsèques de la porte-parole de l’association Mobilisation des policiers en colère, qui s’est suicidée la semaine dernière, ont lieu ce lundi.

La policière Maggy Biskupski, porte-parole de l’association Mobilisation des policiers en colère, s’est suicidée le 12 novembre dernier. Sa mort a suscité un immense mouvement d’émotion et de colère parmi les forces de sécurité en France. Un « simple flic » rend hommage à la disparue et fait part de son amertume sur l’évolution de la police et le manque de soutien de sa hiérarchie.

J’étais présent aujourd’hui dans la ville de Haybes, dans les Ardennes, pour rendre hommage à une collègue hors norme. Je fais partie de ceux qui sont persuadés que Maggy Biskupski a écrit l’histoire de notre boîte.

Maggy, c’était la conscience refoulée de la police nationale, une sorte de Tyler Durden version 17. Pourquoi « refoulée » ? Parce que nous sommes malheureusement encore trop nombreux, dans nos rangs, à nous voiler la face sur notre situation.

Pourtant, nous sommes bel et bien tous dans le même bateau. Et bien obligés de constater, surtout en tant que flics, que ce bateau prend l’eau de toute part. La preuve en est que, devant le désastre annoncé, notre commandant en chef a décidé de quitter le navire en fourbe, il n’y a pas si longtemps.

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La voix du courage dont on manque trop souvent

Qu’on se le dise une fois pour toutes, nous sommes tous prisonniers des aberrations de notre société, prisonniers des décisions irresponsables de nos gouvernements successifs, et même de leurs indécisions coupables. Sauf qu’à l’image de notre ministre fuyard, la majorité d’entre nous n’a pas les couilles pour l’assumer et se battre en conséquence. Seulement, une question se pose : comment faire à la fois le constat de l’abattoir qui se profile et s’y résoudre ?

Maggy le refusait catégoriquement et elle avait des couilles grosses comme nos poings dociles. Maggy, c’était la voix du courage dont on manque trop souvent. Et plus elle voyait qu’on en manquait, plus elle se débattait avec panache, partout où c’était possible.

Plus d’une fois, je me suis dit : « Comment trouve-t-elle la force pour pallier tant d’absences ? », « Comment fait-elle pour se remettre de tout ça, chaque soir, seule dans son lit ? ». Il y a un refrain de Jean-Jacques Goldman qui tente de répondre à ce questionnement, qui dit :

A-t-elle écrit une lettre ? Fini un bouquin peut-être…

Je suis incroyablement fier de l’avoir côtoyé

La réponse à plein d’énigmes la concernant était que Maggy ne se laissait tout simplement pas le choix. Pour elle, chaque jour était une lutte, parce que 24 heures sur 24, c’est devenu une souffrance d’être policier en France. Et pour notre si vaillante sœur d’armes, la notion de « famille Police » avait plus de sens que pour n’importe qui. C’était clair, limpide, elle ne supportait pas de nous voir souffrir.

Je suis allé à Haybes aujourd’hui, pour m’excuser auprès d’elle et de ses proches de ne pas l’avoir suffisamment épaulée. Je suis allé lui dire que je n’oublierai jamais ce qu’elle a fait pour nous, que je suis incroyablement fier de l’avoir côtoyée. Je suis allé lui faire la promesse d’être plus digne à l’avenir. Je suis enfin allé lui chuchoter :

« Ça y est, j’ai compris, t’avais raison, on n’a pas le choix, si on ne fait rien aujourd’hui, on sera, nous aussi, coupables demain… »

Repose en paix, Maggy.

*KSF, pour « K, simple flic », est policier en région lyonnaise.

Source : Le Point

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