Comment le député marnais Lise Magnier soutient le régime génocidaire d’Israël

Lise Magnier, députée de la Marne depuis 2017, a répondu le 9 avril 2026 à un courriel de la citoyenne Jocelyne Chassard, qui lui demandait de ne pas voter la proposition de loi liberticide de Caroline Yadan prétendument destinée à lutter encore plus contre l’antisémitisme. Dans sa réponse, la députée ignore superbement les arguments contre cette PPL et elle n’indique même pas qu’elle l’a co-signée en novembre 2024.

Du coup, Jocelyne Chassard en a déduit que Lise Magnier, par son silence sur les crimes de guerre et crimes génocidaires du régime israélien depuis l’automne 2023, soutenait ce régime. Les lectrices et lecteurs de Profession Gendarme se feront leur propre opinion en lisant le courriel de cette souriante parlementaire  »horizontale » et les deux courriels de J. Chassard.

Par ailleurs, puisque Lise Magnier se présente comme « député de la Marne » au masculin, J. Chassard lui a donné aujourd’hui du « Monsieur le Député »…

I. Courriel de J. Chassard à Lise Magnier le 9 avril 2026

objet : Votez NON, je vous prie, à la proposition de loi n°575 de Caroline Yadan

envoyé : 9 avril 2026 à 12:59
de : Jocelyne CHASSARD
à : Lise Magnier
copie ouverte : Caroline Yadan, Sylvain Maillard, Yaël Braun-Pivet et 94 autres parlementaires.

De Jocelyne Chassard,

Citoyenne de la République française depuis 63 ans,

Professeure en Documentation depuis 35 ans,

à Mme Lise Magnier,

Députée à l’Assemblée nationale pour la 4ème circonscription de la Marne.

Madame la Députée,

Je vous informe que j’ai signé, sur le site de l’Assemblée nationale, la pétition n°5158 de M. Alexandre Balasse qui appelle à rejeter la proposition de loi n°575 de Mme Caroline Yadan, visant prétendument à lutter contre de supposées formes renouvelées de l’antisémitisme.

Je vous rappelle, comme le citoyen Alexandre Balasse le mentionne dans sa pétition, que, le 14 décembre 1960, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté la résolution n°1514 (XV) qui est une Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux.

Je vous rappelle que, 10 ans plus tard le 12 octobre 1970, cette même Assemblée générale des Nations Unies a voté la résolution n°2621 (XXV), qui « réaffirme le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter, par tous les moyens nécessaires dont ils disposent, contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance. »

Je vous rappelle que, le 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice des Nations Unies a rendu un avis sur les Conséquences juridiques découlant des politiques et pratiques d’Israël dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est: Israël est clairement et juridiquement identifié comme l’Etat occupant illégalement le territoire palestinien depuis 1967.

Concernant la proposition de loi de Caroline Yadan, vous n’ignorez pas, j’espère, que le bureau de la Commission nationale consultative des Droits humains a publié le 21 janvier 2026 un courrier pointant son inutilité et sa dangerosité (cf. PJ) : « La CNDH ne peut donc aujourd’hui que renouveler ses critiques à l’encontre du postulat au fondement de cette proposition de loi, postulat selon lequel il existe un lien consubstantiel entre la haine des juifs et la haine de l’État d’Israël. Non seulement ce n’est aucunement avéré dans les faits, mais cela induit un rapport éminemment problématique de solidarité contre des juifs, quel que soit leur conviction personnelle et ou leur nationalité avec cet état. Au-delà du postulat contestable qui irrigue l’exposé des motifs, certaines dispositions de la proposition loi suscitent un certain nombre de critiques. »

Vous n’ignorez pas non plus, j’espère, que, le 1er avril 2026, cinq Rapporteur.es des Nations Unies ont adressé au gouvernement français un long courrier se terminant ainsi (voir ci-dessous) : « Nous exhortons le gouvernement à s’opposer clairement à l’adoption de la proposition de loi. » Les cinq rapporteur.es ont dénoncé « un amalgame généralisé et inquiétant entre l’antisémitisme racial ou religieux et les expression de critiques politiques » et ont réaffirmé que « les critiques politiques à l’égard d’Israël et du sionisme ne sauraient être assimilées à une haine raciale ou religieuse envers des personnes ou communautés juives. »

Par conséquent — et pour respecter les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits du 26 août 1789 dont le Conseil consitutionnel a reconnu en 1982 la « pleine valeur constitutionnelle » — je vous demande de voter contre cette proposition de loi n°575 lorsqu’elle sera débattue par l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril 2026.

Recevez, Madame la Députée, les salutations civiques de la Citoyenne Jocelyne Chassard.

II. Courriel de Lise Magnier à J. Chassard le 9 avril 2026

objet : RE: Votez NON, je vous prie, à la proposition de loi n°575 de Caroline Yadan

envoyé : 9 avril 2026 à 20:25
de : Lise Magnier (boîte publique)
à : Jocelyne CHASSARD

Madame, 

Vous m’avez fait part de vos inquiétudes concernant la proposition de loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme. 

En dépit d’un cadre législatif important et d’une forte mobilisation des pouvoirs publics, les actes antisémites ont été multipliés par trois depuis le 7 octobre 2023. Aujourd’hui, en France, un Français juif est victime d’une agression physique tous les trois jours. 

La proposition de loi de la députée Caroline Yadan vise :

  • à renforcer et étendre le champ d’application du délit de provocation à des actes de terrorisme ou d’apologie publique de tels actes, 
  • à créer un délit réprimant le fait de provoquer directement ou indirectement à la destruction ou – à la négation d’un État, ou de faire publiquement l’apologie de sa destruction ou de sa négation, 
  • à élargir les conditions de recevabilité des associations qui souhaitent se porter partie civile,
  • à préciser et élargir le délit de contestation de crimes contre l’humanité. 

L’auteure de la proposition de loi a assuré qu’elle se conformerait à l’avis du Conseil d’Etat saisi par la Présidente de l’Assemblée nationale pour que ce texte ne soit pas frappé du sceau de l’inconstitutionnalité. 

L’adoption de cette proposition de loi constituerait un témoignage renouvelé de la détermination infaillible de notre nation à lutter contre l’antisémitisme afin qu’il ne redevienne pas le mal de ce siècle comme il a été celui du siècle dernier. 

L’analyse du Conseil d’État et l’annonce de son auteure de respecter ses recommandations permettent de trouver l’équilibre indispensable quant à l’exigence du respect de la liberté d’expression. 

En luttant contre l’antisémitisme tout comme elle lutte contre le racisme, la France reste fidèle à son identité, celle de la patrie des droits de l’Homme. 

Tels sont les éléments dont je souhaitais vous faire part. 

Bien cordialement

Lise MAGNIER, Député de la Marne

III. Courriel de J. Chassard à Lise Magnier le 14 avril 2026

objet : Comment le député marnais Lise Magnier soutient le régime génocidaire d’Israël

envoyé : 14 avril 2026 à 12:57
de : Jocelyne CHASSARD
à : Lise Magnier

copie à Caroline Yadan, Yaël Braun-Pivet, 8 parlementaires de la Marne et 86 autres parlementaires

De Jocelyne Chassard,

Citoyenne de la République française depuis 63 ans,

Professeure en Documentation depuis 35 ans,

à Mme Lise Magnier,

Député (au masculin) à l’Assemblée nationale pour la 4ème circonscription de la Marne.

Monsieur le Député,

J’ai pris connaissance de votre réponse, datée du 9 avril 2026 à 20h.25, à mon courriel daté du 9 avril 2026 (12h.59) et intitulé : Votez NON, je vous prie, à la proposition de loi n°575 de Caroline Yadan. Voici les constats que je tire de votre réponse.

Primo, vous prétendez que Caroline Yadan, auteure de la proposition de loi n°575, a tenu compte de l’avis du Conseil d’État et que son texte révisé, publié le 12 janvier 2026, serait donc inattaquable. Vous oubliez que le Conseil d’État avait noté l’impossibilité juridique d’utiliser le terme « provocation indirecte » et que cela vaut pour le synonyme  »implicite » choisi par Mme Yadan : le Conseil d’État a noté que l’extension du concept de « provocation » à des formes « indirectes » « pourrait conduire en réalité à une indétermination du champ de l’infraction et à une redondance de qualification, dès lors qu’en dehors de faits qualifiables, par le même texte, d’apologie du terrorisme, aucun exemple de provocation  »indirecte » à des actes de terrorisme n’est donné dans l’exposé des motifs, ni d’ailleurs, n’apparait facilement concevable ».

Pour mieux comprendre la vacuité de ce concept, je vous invite à écouter la critique récente d’un magistrat pénaliste expérimenté, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic : « Je veux dire aux auteurs de la proposition de loi :  »Pouvez-vous nous donner des exemples de provocation implicite au terrorisme ? J’aimerais connaître les exemples. Donnez-nous des exemples. Ça va être quoi ? Comment on provoque implicitement au terrorisme ? J’aimerais savoir, c’est très intéressant. Voilà, qu’on me donne des exemples concrets au lieu de ce flou, voilà, dites-moi comment nous, [les juges] on va faire, comment on va caractériser l’infraction pénale de provocation implicite. Implicite. Moi je suis juge. L’implicite…, moi, je n’ai pas les moyens de rentrer dans le cerveau des gens pour savoir qu’est-ce que les gens ont voulu dire ».

Secundo, vous affirmez que « les actes antisémites ont été multipliés par trois depuis le 7 octobre 2023 ». Vous n’ignorez pas, j’espère, que les chiffres vraiment factuels concernent les condamnations pénales et que là il n’y a pas de distinction faite entre l’antisémitisme et les autres formes de racisme. De plus, la recension des propos et actes antisémites – qui est faite en France par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), lequel travaille en collaboration avec le CRIF – mélange allègrement les actes ciblant véritablement des personnes ou des biens à raison de leur judéité et les propos ou actes revendiquant une critique de l’État sioniste d’Israël et un soutien à la cause palestinienne. Ce mélange est de même nature que l’amalgame fait par la députée Yadan dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi et, pour comprendre à quel point cet amalgame est dangereux, je vous renvoie aux arguments du citoyen Alexandre Balasse dans sa pétition n°5158, qui a recueilli à ce jour près de 700 000 signatures.

Tertio, vous ne répondez rien à toutes les voix des personnes juives antisionistes, en France et dans le monde, qui dénoncent la politique criminelle et génocidaire du régime israélien dans la bande de Gaza et en Cisjordanie depuis l’automne 2023, qui refusent que le sionisme fasse partie de leur judéité, qui refusent le postulat d’un lien  »consubstantiel entre la haine des juifs et la haine de l’État d’Israël » » et qui appellent au rejet de la proposition de loi de C. Yadan.

Quarto, vous ne répondez rien quand je mentionne le courrier en date du 21 janvier 2026 du bureau de la Commission nationale consultative des Droits humains (CNCDH) listant toutes les points critiquables de la proposition de loi de C. Yadan, et vous ne répondez rien quand je mentionne le courrier en date du 1er avril 2026 que cinq Rapporteur.es des Nations Unies ont adressé au gouvernement français pour réaffirmer que « les critiques politiques à l’égard d’Israël et du sionisme ne sauraient être assimilées à une haine raciale ou religieuse envers des personnes ou communautés juives » et pour  »exhorter [le gouvernement] à s’opposer clairement à l’adoption de la proposition de loi. »

Quinto, vous ne répondez rien quand je mentionne les résolutions de l’Assemblée générale des Nations-unies bafouées par Israël : résolution n°1514 (XV) du 14 décembre 1960 qui est la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux ; résolution n°2621 (XXV) du 12 octobre 1970 qui « réaffirme le droit inhérent des peuples coloniaux de lutter, par tous les moyens nécessaires dont ils disposent, contre les puissances coloniales qui répriment leur aspiration à la liberté et à l’indépendance » ; résolution A/RES/ES-10/24 du 18 septembre 2024 exigeant la fin de l’occupation illégale de la Palestine par Israël dans les 12 mois suivants.

Sexto, vous ne répondez rien quand je mentionne l’avis de la Cour internationale de Justice du 19 juillet 2024 identifiant clairement l’état d‘Israël comme une force occupante illégale dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est. Et vous ne pourriez non plus rien répondre à l’avis de cette même CIJ en date du 9 juillet 2004, déclarant contraire au droit international le Mur de l’apartheid que Israël a fait construire dans la Palestine occupée, ou aux décisions de la Cour pénale internationale les 21 novembre 2024 et 15 décembre 2025 relatives aux mandats d’arrêt délivrés à l’encontre de MM. Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Bref, Monsieur le député Lise Magnier, vous gardez, comme votre ex-collègue Caroline Yadan, la même ligne de défense inconditionnelle du régime d’extrême-droite, criminel et génocidaire d’Israël, en éloignant de votre esprit la vision des 73 000 êtres humains délibérément massacrés depuis octobre 2023 par cet « État hébreu » fanatiquement sioniste et ouvertement colonialiste : d’ailleurs, vous aviez déjà voté, le 3 décembre 2019, la résolution de votre collègue Sylvain Maillard qui voulait faire adopter une définition partiale de l’antisémitisme, incluant la critique politique de l’idéologie sioniste et des actes du régime israélien.

Par conséquent, Monsieur Lise Magnier, vous ne représentez pas, à mes yeux, la patrie des Droits humains, d’autant plus que vous n’avez même pas eu le courage de mentionner que vous aviez co-signé la proposition de loi de Caroline Yadan…

Jocelyne Chassard

https://ujfp.org/interpellons-nos-depute%c2%b7es-contre-la-dangereuse-loi-yadan

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