Vol à main armée : l’accusé nie avoir braqué ses ex-collègues

Katel Couhé, présidente, entourée de deux magistrates. - Katel Couhé, présidente, entourée de deux magistrates.

Katel Couhé, présidente, entourée de deux magistrates.

Un jeune homme de 23 ans, accusé d’un vol à main armée, au Leader Price de Lusignan, nie les faits malgré son ADN retrouvé.

Le jury de la cour d’assises, présidée par Kattel Couhé, composé de cinq hommes, deux femmes et deux autres magistrates est réuni, depuis hier pour deux jours, afin de juger Abdella Ben Jebbour, 23 ans, accusé de vol à main armée au supermarché Leader Price de Lusignan. L’auteur présumé nie les faits. Le doute existe.

Tenue impeccable. Cravate sur chemise blanche recouverte d’un pull ras-du-cou, barbe courte soigneusement taillée : Abdella Ben Jebbour, bien de sa personne, n’a pas la tête d’un mauvais garçon.
Pourtant, ce jour-là, mardi 5 mai 2015 à 15 h 15, un homme ganté, casqué, foulard – qui ressemble davantage à un torchon – sur le visage et lunettes noires, pénètre par l’entrée principale du supermarché. Il attrape par le cou le manager dans son bureau en lui pointant une arme de poing sur la tempe. Il lui demande d’appeler le directeur pour qu’il ouvre les caisses. Ce dernier, seul à détenir le badge pour effectuer cette opération, s’exécute avec deux employés. L’agresseur repart « en boitant » avec un maigre butin de 800 €, fait agenouiller tout le monde. A une centaine de mètres du hold-up, les vêtements de dissimulation sont retrouvés. Pas d’arme.
La première journée du procès s’est attachée à déterminer la personnalité de l’accusé qui nie fermement les faits : « Ce n’est pas moi, je suis resté chez moi toute la journée, je me suis absenté en fin d’après-midi au CHU pour faire soigner mon entorse », dit-il. Le jeune homme, calme, ne s’énerve jamais, reste poli. Et s’exprime dans un français très correct.

Une collègue l’informe du hold-up

C’est un bosseur Abdella Ben Jebbour, avec son CAP de commerce, il décroche un CDD de 12 mois puis de six mois dans une entreprise de téléphonie. Son employeur lui propose un CDI qu’il refuse, « je voulais prendre des vacances », se justifie-t-il. Il aime les belles voitures. Il s’achète une audi à 21.000 € avec sa prime de précarité, ses économies et la vente de son premier véhicule.
Au chômage, il accepte une mission d’intérim au… Leader Price de Lusignan. Trois semaines. Il partira au bout de deux, il avait, après son premier jour de travail, fait une mauvaise chute dans l’escalier de la maison de sa mère avec qui il vit, une entorse. Il a tenu le coup avec des béquilles en étant affecté à la caisse. Tous ses collègues (victimes ?) disent de lui que c’est quelqu’un de « gentil », « agréable ». Personne ne l’a reconnu pendant le hold-up, tous confirment que le braqueur boitait. Une de ses collègues l’informe en postant un message sur Facebook de ce qui s’est passé, ce mardi 5 mai 2015. Il lui répond : « Ce n’est pas possible ».
Les éléments à charge l’accablent : son portable qui ne borne plus pendant le créneau horaire du hold-up, l’employé municipal de Lusignan qui croise un homme pas « blanc-blanc » et repère un véhicule suspect équipé de rideaux garé à l’écart du supermarché et, surtout, son ADN.

Mélange d’ADN

L’experte scientifique est formelle, son profil génétique ressort majoritairement sur les objets analysés mais, ajoute-t-elle, « on ne peut pas dire qu’une seule personne a porté les vêtements. Il y a un mélange d’ADN ». Une brèche dans laquelle va s’engouffrer son conseil, Maître Lee Takhedmit, qui insinue le doute. Abdella Ben Jebbour n’a pas reconnu « ses » vêtements jusqu’à hier, devant la cour d’assises : « S’il y a mon ADN, c’est que je les ai portés mais je ne m’en souviens pas. »
Et puisil y a cette femme de ménage, celle qui travaille chez des personnes âgées, en face de la maison où vit Abdella Ben Jebbour : « Je l’ai vu, j’ai discuté avec lui ce jour-là, il était entre 15 h et 15 h 30 », assure-t-elle à la barre. Maître Takhedmit lui rappelle que son client est en prison depuis deux ans et demi et que ce qu’elle déclare est essentiel : « Si vous dites vrai, mon client est innocent » « Vous témoignez librement, quinze jours après les faits ? »
Une des victimes, employée Chez Leader Price, a aussi témoigné sans contrainte : « Je ne peux plus faire les magasins seule », dit-elle. Elle a été licenciée pour inaptitude.

Didier Monteil

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