tribunal : il décide de faire justice lui-même

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Le 12 février dernier, Marc, 39 ans, auto-entrepreneur depuis plus d’un an vient d’apprendre que sa compagne s’est faite agresser. Énervé, il aurait appelé les gendarmes pour les prévenir qu’il allait boire de l’alcool et venir à la gendarmerie pour en découdre avec les auteurs : « Je suis prêt à faire 25 piges et débouler chez vous ! ».
Branle-bas de combat à la gendarmerie qui décide de se déplacer au domicile de Marc qui sera retrouvé non loin de chez lui, ivre, armé d’un pistolet automatique 9 mm, d’un pistolet à grenailles et complètement excité.
Interpellé sans heurt, Marc qui indique aux gendarmes le nom des auteurs de l’agression sera placé en dégrisement. Jeudi 7 mai devant le tribunal correctionnel de Caen, Marc déclare très énervé : « ça fait six fois depuis 2011 que ma femme se fait agresser et il y a eu six non-lieux. Il y en a même un qui a mis le couteau sous la gorge de mon gamin ! Les gendarmes de Vire ne font pas leur boulot ! Je ne sais pas ce qu’ils attendent ! Je fais la police. Je sais que ce n’est pas mon boulot mais c’est comme ça ». On apprend lors de l’audience que Marc est inscrit à un club de tir depuis 10 ans. « Le risque, c’est que vous vous retrouviez un jour devant la cour d’assises », s’inquiète le président du tribunal Christophe Subts. « Chaque chose en son temps », rétorque le prévenu qui précise : « L’autre jour j’ai bu à cause de ça, sinon je ne bois plus ».
Agité à l’évocation d’un casier judiciaire qui fait état de quatorze mentions dont la dernière remonte à 2010 et de plusieurs condamnations à de la prison ferme pour entre autre des faits de violence, dégradation, vol en réunion, trafic de stupéfiants et sévices graves sur animal, le prévenu déclare, frôlant l’outrage, en s’adressant au président du tribunal : « Ecoutez, si c’est mon casier qui vous intéresse, condamnez-moi tout de suite et laissez-moi partir ! Si votre femme ou vos enfants se font agresser comment réagiriez-vous ? ». Ce même jour, Marc est également poursuivi pour des faits de détention, de transport et d’usage de stupéfiants commis du 1er janvier 2011 au 12 février 2015. C’est dans le cadre d’élucidation d’un trafic de stupéfiants que Marc sera mis en cause par un autre consommateur. Au président du tribunal qui fait le lien entre ces deux affaires, Marc qui reconnaît les faits, rétorque : « C’est terminé tout ça ! ».
« Il doit faire comme tout citoyen »
« Sur les faits de trafic de stupéfiants, la quantité est peu importante », déclare le parquet qui requiert une peine de 120 jours amende à 10 €. « En revanche, les faits de détention d’armes paraissent plus graves. Il doit faire comme tout citoyen qui se respecte, porter plainte », précise le ministère public qui requiert une peine de deux mois d’emprisonnement avec l’interdiction de détenir toute arme pendant 3 ans ainsi qu’une peine d’amende de 70 euros.
L’avocate de Marc, Me Lechevrel met l’accent sur la stabilité du prévenu et précise : « Le prévenu est un homme rangé qui a aujourd’hui un emploi dans le bâtiment. Mais le passé le rattrape. Lui, a toujours purgé ses peines et ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’à chaque fois qu’il porte plainte les agresseurs de sa famille s’en sortent bien. Ce jour-là, il a fait un coup de sang et a décidé de prendre des armes dans l’objectif de retrouver les auteurs et de se faire justice lui-même, mais en aucun cas pour en découdre avec les gendarmes ! Il n’en peut plus. Il est exaspéré. Il part au travail la peur au ventre sans savoir ce qui va arriver à sa famille. C’est inadmissible. Il veut que ces violences à l’égard de sa famille s’arrêtent. Il mérite d’être encouragé ».
Interpellé humainement par la situation du prévenu, le président du tribunal Christophe Subts assure que la prochaine fois, si une plainte est déposée auprès du parquet et que les preuves le permettent, tout sera mis en œuvre pour retrouver et punir les agresseurs de sa famille. « Je m’excuse parce que je parle comme un chartier », conclu Marc qui écope finalement des peines requises par le parquet pour les faits de trafic de stupéfiant et de transport et détention d’armes.
En revanche, le tribunal fait passer la peine d’amende requise par le parquet de 70€ à 100€.

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