Sous serment, Jérôme Kerviel accuse : témoins orientés, parquet sous influence, Société Générale au centre du jeu
Retour sur une audition qui mérite mieux que les archives poussiéreuses de l’Assemblée nationale. Le 8 juillet 2020, Jérôme Kerviel comparaissait sous serment devant la commission d’enquête sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire. L’ancien trader y déroulait un récit particulièrement embarrassant pour la Société Générale et certains acteurs du parquet financier parisien.

Dans l’affaire Kerviel, même les 4,9 milliards semblent avoir eu droit à une meilleure défense que le prévenu.
Pendant près de deux heures, l’ancien trader de la Société Générale revient sur l’enquête qui l’a conduit devant les tribunaux, sur le rôle de la banque, sur certains magistrats et sur des témoignages particulièrement embarrassants. Le compte rendu officiel de l’Assemblée nationale permet de retrouver les déclarations prononcées ce jour-là.
Une enquêtrice qui dit avoir été « instrumentalisée »
Kerviel revient notamment sur Nathalie Le Roy, commandante de police ayant participé à l’enquête initiale. Après avoir repris le dossier plusieurs années plus tard, celle-ci livre une appréciation nettement différente de celle qui avait accompagné les premières investigations.
Une phrase prononcée lors de son audition résume le problème : « C’est la Société générale qui m’a dirigé tous les témoins. »
L’enquêtrice explique également avoir eu le sentiment d’avoir été « instrumentalisée ». Selon les éléments évoqués devant les députés, elle aurait progressivement considéré que la hiérarchie de Kerviel ne pouvait pas totalement ignorer l’ampleur de ses opérations.
Le fameux scénario du trader solitaire capable d’engager des dizaines de milliards d’euros au nez et à la barbe d’une des plus grandes banques françaises commence alors à devenir un peu moins confortable.
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Le parquet et l’étrange histoire de la clé USB
Le récit devient encore plus dérangeant lorsque Kerviel et son avocat Julien Dami Le Coz évoquent les relations entre le parquet et les conseils de la Société Générale.
L’avocat raconte notamment qu’un assistant spécialisé du parquet, Cédric Bourgeois, aurait signalé l’existence d’un projet de réquisitoire transmis sur une clé USB par un avocat de la banque.
Attention : cette déclaration ne signifie pas que la justice a établi l’existence d’une corruption du parquet. Mais l’accusation est suffisamment lourde pour avoir été formulée sous serment devant une commission parlementaire.
Julien Dami Le Coz cite également une décision de la Cour de révision évoquant des éléments tendant à montrer que « les magistrats du parquet étaient sous l’influence des avocats de la Société générale ».
Dans n’importe quelle démocratie normalement constituée, la phrase mérite au minimum qu’on repose le café.
Kerviel reste condamné, mais la banque n’est pas sortie immaculée
Un rappel reste indispensable. la Cour de cassation a confirmé en 2014 la condamnation pénale de Jérôme Kerviel pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données informatiques.
En revanche, la condamnation civile qui lui imposait de rembourser 4,9 milliards d’euros a été cassée. En 2016, la Cour d’appel de Versailles a ramené les dommages et intérêts à un million d’euros, en tenant compte des défaillances des systèmes de contrôle de la banque.
La Société Générale maintient sa version : son ancien trader aurait pris et dissimulé des positions massives non autorisées ayant abouti à une perte de 4,9 milliards d’euros.
Une audition sous Macron qui mérite d’être ressortie des archives
Les faits initiaux remontent aux années Sarkozy. Une grande partie du parcours judiciaire se poursuit sous François Hollande. Mais cette audition se déroule en juillet 2020, sous Emmanuel Macron, devant une commission précisément chargée d’examiner l’indépendance de la justice.
Les deux vidéos ne constituent évidemment pas un nouveau jugement et n’effacent pas la condamnation de Kerviel. Elles permettent en revanche d’entendre directement des déclarations rarement reprises lorsqu’on résume encore l’affaire en trois mots : « trader, fraude, milliards ».
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Une version pratique. Une version propre. Une version qui évite surtout de regarder trop longtemps du côté des contrôles de la Société Générale et des relations décrites entre la banque et certains acteurs de la procédure.
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par Yoann
Source : Le Média en 4-4-2
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