Rouen : le motard fait un doigt d’honneur à la police, chute, et sa compagne et passagère décède

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En 2016, 613 motocyclistes ont été tués en France, soit 18 % de la mortalité routière (photo illustration)
Procès. Drame le 23 juin 2016 à Rouen quand Denis Pinot et sa compagne, sur une moto, se font flasher. Le motard se retourne, outrage les policiers, et perd le contrôle de sa moto. Sa compagne décède. Audience.

Tout dans ce dossier est regrettable, navrant, pathétique. Le 23 juin 2016, en soirée, Denis Pinot (50 ans) et sa compagne Edwige Laisney rentrent d’une soirée. Il est au guidon d’une motocross, elle est passagère. Cela fait trente ans qu’ils sont ensemble : ils ne se sont jamais mariés, jamais pacsés, mais partageaient chez la belle-famille de Darnétal des repas, des moments, de la tendresse. Lui est mécanicien de formation, est sec d’aspect, simple de parole.

Vitesse et alcool

Le couple arrive à la hauteur de l’avenue Aristide-Briand. Denis Pinot veut rentrer à son domicile, se met sur la file de gauche en montant vers la place Saint-Paul. Dans le renfoncement de la rue qui mène au quai du Pré-au-Loup, un équipage de police mène une opération de contrôle de vitesse. Au lieu de circuler en deçà des 50 km/h réglementaires, la moto est flashée à 74 km/h.

« Aussitôt les trois policiers vous voient lâcher le guidon et ne le retenir que d’une main, vous retourner, et vous voient leur adresser un doigt d’honneur pendant de longues secondes », résume à l’adresse de Denis Pinot le tribunal. « Ils vous voient ensuite tenter de reprendre le guidon, perdre le contrôle, et percuter l’îlot central ». Dans le choc, Denis Pinot est blessé mais ne s’en rend pas vraiment compte tandis que sa compagne est projetée contre un arbre et décède malgré le massage cardiaque d’un médecin passé par là.

Interpellé, l’homme est agité, incohérent, refuse de souffler dans l’éthylomètre. A-t-il autant d’alcool dans le sang que sa compagne, soit plus de 3 grammes ? On ne le saura jamais, faute d’un prélèvement biologique fait dans les normes.

« De la première à la dernière ligne de ce dossier, j’ai été stupéfaite par cette affaire », déclare la présidente Mariette Vinas. « Ce que décrit cette procédure est effrayant. Comment expliquez-vous ce drame ? »

« J’ai été flashé et ébloui par le flash. Je ne pense pas avoir fait le doigt d’honneur qu’on me reproche. J’y pense tous les jours mais je ne sais pas. »

« Comment ? Vous prétendez avoir été gêné par le flash ? Mais nous avons tous une fois ou l’autre subi ces flashs, ils n’ont pas provoqué d’accident », se récrie le procureur de la République. Cette ligne de défense a été celle du prévenu depuis l’accident : des expertises ont été diligentées et ont déterminé que le radar fonctionnait normalement tandis qu’il n’est pas établi avec certitude si la chaussée était, à cette époque, éclairée (diminuant les effets du flash) ou non.

« Vous ne pensez pas que la vitesse excessive et l’alcool sont responsables de l’accident ? », demande le tribunal

Au cimetière tous les jours

« C’est toute la question », admet le prévenu, déjà condamné à deux reprises pour des conduites en état alcoolique. « Je n’étais pas ivre, j’étais sous le choc après l’accident. Moi aussi, j’ai percuté un arbre. Je ne suis pas un alcoolique ».

« Vous n’avez décidément pas de chance, alors. Cela fait trois fois en dix ans que vous êtes poursuivi pour ivresse au volant », interjette le tribunal. « Mais regardez ses analyses sanguines, elles sont propres », se récrie l’avocat du prévenu Me Pichiotinno. « Depuis cet accident, ma vie est un cauchemar. Je vais au cimetière tous les dimanches. Parfois, quand c’est fermé, j’en escalade même les murs », murmure Denis Pinot.

Pour cet homicide involontaire assorti de deux circonstances aggravantes et d’un outrage, Denis Pinot est condamné à 18 mois de prison dont 12 avec un sursis assorti d’une mise à l’épreuve. Trois mois de sursis récoltés lors d’une condamnation antérieure sont par ailleurs révoqués.

Source : Paris Normandie

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