Répression des lycéens, quatre rapporteurs de l’ONU se disent consternés par la France et la rappellent à l’État de droit
Auteur(s) France-Soir Publié le 29 octobre 2026 – 17:50


F. Froger
Les six semaines de mobilisation qui auront fait des milliers de gardes à vue et plusieurs adolescents gravement blessés interrogent Genève, qui se penche sur la façon dont Paris traite sa jeunesse. Ce 28 octobre, quatre rapporteurs spéciaux mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU se sont dits consternés par la répression des manifestations lycéennes et étudiantes qui secouent le pays depuis la mi-septembre. Une fois de plus, les violences faites au peuple de France sont pointées du doigt.
Dans leur communiqué, ces experts estiment que le “recours excessif à la force, violences et interpellations massives” ne constituent pas une réponse acceptable à un mouvement social dans un État de droit, ce que la France est censée être. Ils jugent aussi que la priorité donnée au sécuritaire relègue au second plan les causes de la colère, à commencer par les classes surchargées et le manque de moyens dans les établissements.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le ministère de la Justice, cité par Euronews, 6 877 personnes avaient été interpellées au 9 octobre, dont 86 % de mineurs. Devant le Sénat, Laurent Nuñez lui-même a fait état de 36 enquêtes ouvertes pour des violences policières “présumées”, dont quatre portent sur des blessures mutilantes et six sur des blessures graves.
Pour cacher cet état de fait, on a très vite détourné le débat vers les vitrines brisées. Et pour que les Français regardent ailleurs, le gouvernement a sorti une facture de plus. Le projet de loi dit “casseurs-payeurs”, sur les “dégradations commises dans l’espace public et le recouvrement des dommages et intérêts”, est arrivé au Sénat le 27 octobre, soit la veille du communiqué onusien. Gérald Darmanin, lui, donnait déjà le ton, ce sont les parents qui doivent payer pour les lycées abîmés. Une taxe de plus qui ne dit pas son nom, les classes surchargées, elles, passent à la trappe. Et c’est sans compter sur la “cotisation de solidarité” de 0,8 % qui serait prélevée sur les contrats auto, habitation et multirisque professionnelle, pour alimenter un fonds d’environ 400 millions d’euros par an pour les dégradations. Le procédé est rodé, tant qu’on se demande qui réglera les dégâts annoncés par l’Éducation nationale, plus personne ne demande des comptes pour les adolescents mutilés.
Il est à rappeler que selon le baromètre Odoxa, 68 % des Français jugent le mouvement justifié.
Personne à Genève ne parle encore de dérive autoritaire, toutefois ce rappel à l’État de droit, adressé à un pays prompt à fustiger les autres sur la liberté de manifester, ressemble fort à un carton jaune. Les tirs de LBD et les comparutions immédiates ont fini par offrir au reste du monde le spectacle dénoncé volontiers ailleurs.
Source : France Soir
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