Pourquoi Nicolas Sarkozy n’emballe pas les gendarmes

Pourquoi Nicolas Sarkozy n’emballe pas les gendarmes

Le parc immobilier dans lequel vivent les gendarmes se délabre dangereusement. 175 casernes domaniales (près du quart) et 58 casernes locative ont besoin d’être réhabilités. C’est bien l’un des seuls point surs lesquels le député socialiste du Finistère Jean-Jacques Urvoas, en charge des questions de sécurité au PS, rejoint le député UMP Alain Moyne-Bressand et la sénatrice RDSE Anne-Marie Escoffier, chargé d’un rapport sur la gendarmerie nationale. « Ce processus de délabrement ne manquera pas d’avoir de funestes conséquences tant en termes de disponibilité, de mobilité et de motivation des personnels que pour ce qui concerne l’organisation territoriale elle-même, qui s’en trouve dès aujourd’hui grandement fragilisée », avertit le député socialiste dans une note publiée par la fondation Jean Jaurès intitulée « Gendarmerie : le rapport « Pangloss ».
La loi de finances pour 2012, pointe Urvoas, n’a budgété que 56 millions d’euros, 40,78 millions pour la réhabilitation des casernes et 15,0 millions pour la construction, alors que l’entretien des bâtiments couterait à lui seul 250 millions par an. Les conditions de vie seraient à peine décentes à la caserne de Satory, « proche de l’insalubrité », tandis que les gardes républicains partageraient la caserne de la rue de Babylone, à Paris, avec les rats.
« Le saccage du budget immobilier de la gendarmerie, à un point tel que s’en trouve menacée la performance globale du système, relève au mieux de l’inconscience, au pire de la préméditation », dénonce le député.
Au delà, les deux élus de la majorité en prennent pour leur grade, accusés d’avoir rédigé leur rapport « comme on traverse un songe » et de « pécher par excès de lyrisme et de candeur » à l’heure de jauger le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’intérieur. Des exemples ? Les deux parlementaires, désignés par Matignon dans une liste préparée par la direction générale de la gendarmerie, ne consacrent qu’une ligne à la baisse des effectifs, au point de sombre dans une « propagande » à peine exploitable par le gouvernement. Loin de se donner les moyens de mesurer le véritable impact de la mutualisation (encore timide) des moyens entre police et gendarmerie, ils auraient sombré dans le « lénifiant ».
« Nombre de gendarmes, sous-officiers et officiers continuent à s’interroger sur leur devenir, écrit Urvoas. L’Arme va-t-elle demeurer une force capable de remplir l’ensemble de ses actuelles missions sur sa zone de responsabilité, dans un rapport équilibré avec la police, ou au contraire se transformer insidieusement en force supplétive et subordonnée, cantonnée à un nombre restreint de tâches, dépourvue de réelle autonomie d’action, et dont le statut militaire ne sera plus qu’un moyen commode de garantir la disponibilité ? »
Un pavé policé mais étayé lancé dans le jardin élyséen, sachant que le président de la république n’a jamais réussi à nouer une relation de confiance avec les « pandores », alors qu’il a su séduire la maison d’en face (la police). Au point que les gendarmes se sont convaincus qu’une réélection de Nicolas Sarkozy rimerait pour eux, suprême affront, à une fusion avec la police. Un thème qui devrait être dans toutes les têtes à l’heure du rassemblement des commandants de groupement, le 8 février prochain, au nouveau siège de la direction de la gendarmerie nationale, à Issy-les-Moulineaux -siège dont l’inauguration par le président de la république avait été annoncée, avant d’être repoussée…

Frédéric Ploquin

Journaliste à Marianne, j’écris sur la Place Beauvau depuis 1982. J’ai suivi le dossier « police » au Matin de Paris, puis à l’Evénement du jeudi, avant de poursuivre à Marianne.
Braquages spectaculaires ou foireux, traques vaines et coups de filets retentissants, coups de feu ciblés ou hasardeux, évasions en douce ou explosives, armes en stock et cocaïne en soute, il n’est pas un jour sans que flics et voyous ne fassent parler d’eux.

Source : Marianne.net

 

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