Ouf, Dupond-Moretti ne sera pas le prochain Défenseur des Droits !
L’ancien Sinistre de la Justice a été auditionné par une commission d’enquête parlementaire le 29 avril 2026. Interrogé par la députée LFI Gabrielle Cathala sur sa possible nomination comme Défenseur des Droits pour succéder à Mme Claire Hédon, il a affirmé que « jamais le président de la République ne [lui avait] parlé de ça » et que « jamais, jamais, [il n’avait] souhaité rêver d’un tel poste ». Par précaution, Profession Gendarme vous invite à signer une pétition qui refuse une telle possibilité.

https://www.mypetition.org/petition/politique/a-nomination-d-eric-dupond-moretti/277883
I. Qui succèdera à la Défenseure des Droits Claire Hédon ?
Le ou la Défenseur.e des Droits est une institution de la République indépendante du pouvoir exécutif, créée en 2011 et inscrite dans la Constitution avec deux missions principales : défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés, notamment les enfants, et permettre l’égalité de tous et toutes dans l’accès aux droits. Près de 250 personnes travaillent au siège du Défenseur des droits, à Paris. En France métropolitaine et outre-mer, prés de 500 délégué.es accueillent les citoyennes et citoyens dans les départements et les orientent dans leurs démarches.
L’institution ‘défenseur.es des Droits » a été créée par une loi du 29 mars 2011 à partir de la réunion de quatre institutions : Médiateur de la République, Défenseur des enfants, Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité (HALDE) et Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS). À l’époque, les deux dernières Défenseures des Enfants Dominique Versini et Claire Brisset avaient considéré qu’il ne fallait pas supprimer cette institution pour la diluer dans une entité plus large, car cela ferait perdre la visibilité dont avaient absolument besoin les enfants en danger et les associations qui luttent pour leur protection.
Clairé Hédon est la Défenseure des Droits depuis juillet 2020 et son mandat se termine bientôt en juin 2026 : elle a une maîtrise en droit, un master 2 en communication, elle avait été journaliste à Radio France, France Inter et RFI et bénévole dans l’association ATD Quart Monde pendant une trentaine d’années. Elle vient de publier au seuil le livre La République des droits. Elle a toujours affirmé la place des droits dans une démocratie » pour « le bon fonctionnement d’une société »et aujourd’hui elle fustige la stratégie du tout-numérique de l’État. Car selon elle, la seule façon de lutter contre les inégalités c’est qu’il y ait plus de services publics et qu’ils soient plus accessibles : ce n’est pas la dématérialisation numérique en elle-même qui est problématique et dangereuse, c’est que le gouvernement veut en faire la seule porte d’accès : « Ce qu’il faut, ce sont des accueils physiques, téléphoniques et de pouvoir déposer les dossiers papiers. »
Depuis le début de l’année, une rumeur circule que Macron voudrait recaser l’ancien Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti en le proposant pour succéder à Claire Hédon à partir de juillet 2026 : l’ancien avocat qui avait publié en 2012 un livre intitulé Bête noire s’est reconverti en histrion au théâtre Marigny à Paris avec son spectacle »J’ai dit Oui ! » pour raconter les coulisses de son passage au ministère de la Justice…
II. Audition de Dupond-Moretti le 29 avril 2026 à l’Assemblée nationale
La création d’une commission d’enquête parlementaire transpartisane sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants et sur la situation des parents protecteurs, notamment des mères protectrices, a été votée à l’unanimité le 28 janvier 2026 par l’Assemblée nationale. Cette commission est présidée par Maud Petit, députée du Modem, et co-présidée par Arnaud Bonnet (Écologiste et social), Gabrielle Cathala (LFI), Marine Hamelet (RN) et Catherine Ibled (macroniste). Les auditions ont commencé le 24 février 2026.
Le vendredi 29 avril 2026, Eric Dupond-Moretti a été auditionné car non seulement il a été ministre de la Justice de 2020 à 2024 mais il a plaidé dans certaines affaires (les enfants violés d’Outreau en 2004-2005 et le père violeur incestueux Denis Mannechez en 2011-2012) qui lui reviennent aujourd’hui dans la figure…

En 2002 Betty Mannechez, 18 ans, s’enfuit de la maison familiale à Cuise-la-Motte, près de Compiègne (Oise) et dépose une plainte pour viol contre son père Denis Mannechez ; elle l’accuse d’avoir également violé depuis des années sa sœur aînée Virginie, qui vient de tomber enceinte ; elle accuse aussi sa mère d’avoir non seulement fermé les yeux mais été une complice active de ces viols incestueux. Une enquête est ouverte, même si Betty, cédant aux demandes de sa sœur Virginie (qui voulait récupérer le bébé né de l’inceste) retire sa plainte quelques mois plus tard. Mais apparemment l’instruction est lente et chaotique puisque le procès d’assises n’aura lieu que 9 ans plus tard, en mai 2011 à Beauvais (Oise). Denis Mannechez est condamné à 8 ans de prison, sans mandat de dépôt, ce qui est très rare ; il fait appel et un nouveau procès a lieu à Amiens en novembre 2012. Là, sa peine est réduite à 5 ans d’emprisonnement, dont trois avec sursis, pour viols et agressions sexuelles sur ses deux filles Virginie et Betty ; la mère Laurence est condamnée à 4 ans de prison dont 2 avec sursis. Denis Mannechez, qui avait déjà purgé sa peine en détention provisoire, sort libre du tribunal ; puis il s’installe en couple avec sa fille Virginie et le garçon né de cet inceste prétendument »consenti »…
Deux ans plus tard, fin septembre 2014, ayant peut-être réussi à sortir de l’emprise pathologique de son père, Virginie le quitte avec son enfant, alors âgé de 12 ans, et change de région ; d’abord hébergée par le SAMU social, elle s’installe dans un studio au-dessus du garage où elle travaille comme mécanicienne à Gisors (Eure). Elle porte plainte à la gendarmerie, sans conséquence. Une assistante sociale fait un signalement au procureur de la République, mais le violeur Mannechez reste en liberté. Le 7 octobre 2014, ayant retrouvé la trace de sa fille, Mannechez se rend au garage de Frédéric Piard. Il tire d’abord sur celui-ci avec un pistolet, puis sur sa fille Virginie, qui est au volant d’une dépanneuse ; et il se tire une balle dans la tête, mais il survivra, hémiplégique et muet. Son procès pour double homicide s’ouvre à Evreux (Eure) en décembre 2018 : il est condamné à perpétuité ; il meurt d’un arrêt cardiaque le 21 décembre 2018, deux jours après le verdict.
III. Question de la députée Gabrielle Cathala (LFI) sur les mots « inceste consenti »
Gabrielle Cathala est une jeune députée de La France Insoumise dans la 6ème circonscription du Val d’Oise depuis juillet 2024. Diplômée en Droit international et droit pénal, elle est l’une des 4 vice-président.e.s de la commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales commises contre les enfants. Le 29 avril 2026, elle a posé deux questions embarrassantes à Dupond-Moretti :
« Merci Madame la présidente, merci monsieur le ministre. Effectivement, cette affaire me permet de poser une question parce que, il est vrai, j’avais vérifié que vous n’avez pas prononcé cette phrase [« inceste heureux »]. Par contre, il me semble que, lors de cette plaidoirie et lors de cette affaire [Mannechez], vous avez prononcé la phrase [« inceste consenti »], mais je vous laisse nous dire si c’est vrai ou non. […] Sur l’affaire Mannechez, il y a autre chose qui me chagrine : cette femme, Madame Betty Mannnechez, a raconté à des journalistes récemment, elle s’est confiée en disant : « les avocats nous ont convaincu d’affirmer que nous étions amoureuses de notre père et demandeuses de relations sexuelles avec lui. » C’est son témoignage. »
Voici la réponse d’Eric Dupond-Moretti :
« D’abord, Madame la députée, je vous connais et je vous reconnais si j’ose dire. Vous allez sortir du contexte une demi-phrase prononcée il y a de cela 20 ans, et votre questionnaire, je vous le dis avec toute la liberté qui est la mienne et je suis un homme libre, ressemble terriblement à notre époque sans nuance. […] Mais je vais vous répondre, je vais vous répondre madame. Si vous pensez que je me souviens des phrases précises que j’ai pu prononcer dans une plaidoirie il y a 20 ans… J’ai plaidé plus de 1 000 fois aux assises. Je suis sûr que vous, dans 20 ans, vous vous souviendrez très précisément des quelques mots que vous m’avez adressés. Oui, mais j’en suis absolument certain. vous avez beaucoup plus de qualités que moi. Votre souhait, c’est un souhait polémique ; c’est ce ce que je disais tout à l’heure, c’est l’instrumentalisation d’une phrase pour détruire quelqu’un dont vous pensez qu’il est un adversaire politique acharné – ce en quoi d’ailleurs Madame vous avez raison. Bien. Alors peut-être que j’ai évoqué cela, j’ai déjà répondu pour partie à la question. Moi, quand ces jeunes femmes sont venues me voir, elles avaient déjà tenu la même ligne dans un procès dans lequel je n’étais pas. Que vous le vouliez ou non, c’est comme ça. Bien. »
IV. Question de G. Cathala sur le poste de Défenseur des Droits
Gabrielle Cathala rappelle d’autres propos problématiques de Dupond-Moretti :
« Et je crois que ce n’est pas malheureusement les seules paroles – si vous avez prononcé [les mots »inceste consenti »] – ou les seules attitudes problématiques que vous avez pu avoir puisque, pour l’affaire du Carlton de Lille, l’affaire dite DSK [Dominique Strauss-Kahn], vous avez parlé d’une « affaire de copains qui s’offrent du bon temps » et de libertinage. Vous avez ensuite défendu la clause des »amours adolescentes » dans une proposition de loi socialiste [en mars 2021]. J’aimerais aussi parler de vos propos misogynes puisque vous aviez déclaré en conférence de presse [à Aurillac en août 2023] que, parmi les journalistes femmes qui vous interrogeaient, aucune n’était devant vous les seins nus. »
Effectivement, alors qu’il était en visite au tribunal d’Aurillac le 28 août 2023 en tant que ministre de la Justice, Dupond-Moretti avait participé à une conférence de presse locale et avait sorti cette remarque grivoise : « Je constate que parmi les journalistes femmes qui m’ont interrogé, personne n’était devant moi les seins nus (…) Il ne fait pas assez chaud ?«
Gabrielle Cathala explique à la présidente Maud Petit pourquoi elle rappelle ces propos de Dupond-Moretti : « On parle de violences sexuelles, on parle d’inceste et donc on doit parler de droits des femmes et des droits des enfants ». Puis elle pose sa question à l’ancien ministre :
« Vous êtes pré-identifié par le président de la République, visiblement, pour devenir Défenseur des Droits et les associations qui défendent les droits des enfants, les collectifs enfantistes, dont des anciennes victimes d’inceste, sont outrées par cette possible nomination. J’aimerais donc vous poser la question : est-ce que vous avez été, oui ou non, proposé comme futur défenseur des droits par Monsieur Macron ? Est-ce qu’il vous a contacté ? Et oui ou non, est-ce que vous allez renoncer, puisqu’il y a actuellement une pétition signée par plus de 30 000 personnes et lancée par [l’association] Mouv’enfant qui appelle à ce que vous y renonciez ? »

Voici comment Dupond-Moretti lui répond :
« Alors je vais vous répondre, Madame. J’ai lu dans la presse avec stupéfaction, étonnement, que j’étais pressenti – en tous les cas par le président de la République parce que ensuite évidemment il y a l’aval du Parlement – pour être Défenseur des Droits. Alors, je peux vous dire que jamais le président de la République ne m’a parlé de ça, que jamais, jamais, je n’ai souhaité rêver d’un tel poste. Et votre question – qui ne se veut pas que sur le mode interrogatif parce que, évidemment, ces associations dont vous parlez, enfin celles auxquelles vous faites spécifiquement référence, poussent des cris d’orfraie…
Eh bien rassurez-vous, rassurez-vous Madame – mais j’aurais toute la légitimité pour l’être, voyez-vous, parce que j’ai été 36 ans avocat, que j’ai défendu des accusés innocents, coupables, que j’ai défendu beaucoup de victimes, beaucoup de victimes, sans doute plus que vous, d’ailleurs, je ne sais pas si vous êtes avocate. Voilà. Mais vous savez, on ne peut pas résumer la carrière de quelqu’un, une carrière de 36 ans, en une phrase tronquée sortie d’un contexte. Voilà. Alors rassurez-vous, dormez tranquille, je ne serai pas le prochain défenseur des droits. Et maintenant, je vais vous dire, il y en a un peu marre, voyez-vous, de… de ce manque total de… de nuance, de circonspection, d’examen des choses. »
Si vous voulez encore voir commend Dupond-Moretti perd son sang-froid quand on lui rappelle comment il a défendu en 2004-2005 l’un des violeurs présumés des enfants d’Outreau, écoutez cette question de Marine Hamelet, députée RN dans le Tarn-et-Garonne, secrétaire de l’Assemblée nationale et autre vice-présidente de la commission d’enquête :
1:11:50 : « En vous écoutant, monsieur le ministre, j’ai l’impression qu’il y a en vous deux personnages. D’un côté, vous nous dites qu’il faut écouter la parole de l’enfant, vous nous parlez des animaux, vous nous parlez du doudou chaud, vous nous parlez de mettre [les enfants] à l’aise. Et puis d’un autre côté, c’est là qu’est tout le contraste, on vous voit lors de l’affaire d’Outreau faire en quelque sorte pression sur ces enfants : parce que votre intervention a clairement […] a clairement marqué en fait le changement du procès. D’ailleurs, on vous a donné ce surnom qui est assez évocateur, »L’Ogre du Nord » – c’est pas moi qui vous l’ai donné, hein ? »
V. La pétition de Mouv’Enfants contre Dupond-Moretti
Mouv’Enfants est une association de lutte contre toutes les formes de violence faites aux enfants et aux adolescent.es : inceste, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles, violences conjugales, prostitution, violences éducatives, harcèlement, etc. Site Internet : https://mouvenfants.fr/
L’association existe officiellement depuis le 3 novembre 2023. Elle regroupe des survivantes et des survivants de violences dans leur enfance, ainsi que des allié·es (personnes physiques et personnes morales). Ses principaux objectifs sont :
- mener des actions de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, des élu·es, des membres du gouvernement, des associations et de l’opinion publique,
- soutenir les victimes de violences dans leur enfance,
- prévenir les risques de violences faites aux enfants.
https://www.mypetition.org/petition/politique/a-nomination-d-eric-dupond-moretti/277883

« On ne confie pas la défense des victimes à ceux qui les ont fait trembler.
Nous, citoyennes et citoyens attachés à la protection des droits fondamentaux, refusons que la défense des droits en France soit confiée à une personnalité dont le parcours et certaines prises de position interrogent profondément la place accordée aux victimes, et en particulier aux victimes de violences sexuelles et aux enfants.
La possible nomination d’Éric Dupond-Moretti au poste de Défenseur des droits constituerait un signal extrêmement préoccupant pour toutes celles et ceux qui se battent pour la reconnaissance des violences et la protection des victimes. […]
Le traumatisme du procès d’Outreau et la parole des enfants
L’affaire d’Outreau demeure l’un des drames judiciaires les plus marquants de notre histoire. Des enfants y ont dénoncé des violences sexuelles graves et plusieurs ont été reconnus victimes par la justice. Durant les audiences, leur parole a été mise à l’épreuve dans des conditions d’une extrême violence, confrontée à des contre-interrogatoires particulièrement durs.
Dans les récits d’audience, un épisode est resté gravé dans les mémoires : un enfant, soumis à une pression intense lors de son audition, aurait perdu le contrôle de lui-même et uriné sous l’effet de la détresse, illustrant la brutalité que peut représenter une confrontation judiciaire pour un mineur. Ces scènes ont profondément marqué l’opinion publique et ont contribué à ouvrir un débat essentiel : comment protéger réellement la parole des enfants dans la justice ? […]
Assez de l’impunité des puissants ! Depuis trop longtemps, notre société donne le sentiment que :
- ceux qui fragilisent la parole des victimes,
- ceux qui mettent en difficulté les plus vulnérables,
- ceux qui participent à une culture judiciaire dure envers les enfants ou les victimes de violences,
se retrouvent ensuite promus aux plus hautes responsabilités publiques.
Ce système doit cesser. Le Défenseur des droits doit être irréprochable. […]
Nous demandons au Président de la République et au Parlement :
- de renoncer à toute nomination d’Éric Dupond-Moretti au poste de Défenseur des droits,
- de confier cette fonction à une personnalité indépendante, incontestable et reconnue pour son engagement en faveur des droits humains et des enfants.
Parce que la protection des victimes et des enfants exige une exemplarité totale.
Les victimes ont besoin d’un défenseur. Pas d’un symbole de défiance. »
Auteure : Jocelyne Chassard
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