« On va contrôler des gens dénoncés par leurs voisins ! »: Mickaël, gendarme, s’alarme d’un relâchement général

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Une voiture de la gendarmerie à la campagne (Photo d’illustration) – Pascal LACHENAUD / AFP
Des voisins se dénonçant entre eux, des pizzérias rouvrant leurs portes, des promeneurs sortant acheter des palmiers… Pour cette troisième semaine de confinement, Mickaël, notre gendarme « premier de cordée », est aux premières loges pour observer le relâchement général. Mais il confesse aussi le sien…
MARIANNE FAIT PARLER LES (VRAIS) « PREMIERS DE CORDÉE »

Marianne lance une série de témoignages de « premiers de cordée », ces Français au front pendant le confinement. Caissière, policier, infirmière, urgentiste, postier, agriculteur, livreur, surveillant pénitentiaire, gendarme, maire, médecin généraliste, pharmacien… Ils continuent à travailler, au service de la population. Chaque semaine, vous retrouverez un épisode sur la vie de chacune des douze personnalités que nous suivons.

Prénom du premier de cordée : Mickaël (le prénom a été changé)

Age : 38 ans

Profession : Gendarme

Lieu de travail : Zone périurbaine de la région Centre-Val de Loire

Lieu d’habitation : Zone périurbaine de la région Centre-Val de Loire

Distance entre les deux : 2 kilomètres

Personnes dans le foyer : 5

Mickaël, 38 ans, est gendarme depuis une vingtaine d’années. Il est chargé d’effectuer les patrouilles et les contrôles du confinement dans une zone périurbaine de la région Centre-Val de Loire. Il habite une maison à 2 kilomètres de sa brigade, avec sa femme, ses enfants et « un petit bout de jardin ». Dénonciations entre voisins, relâchements dans tous les coins : ce maréchal des logis-chef raconte à « Marianne » sa semaine écoulée, au contact avec les Français confinés. Troisième épisode de notre série de ce pandore qui officie aussi sur Twitter.

Vendredi 4 avril

Le commandant de brigade m’a laissé au bureau, sans téléphone à gérer, juste pour faire le point sur les procédures. Vol de portable, cambriolage, accident routier, usage de stups, violences conjugales… J’en ai une vingtaine en cours, et pour plus de la moitié, il y a des mis en cause à entendre, ce qui est impossible en ce moment… Les autres ? J’attends des retours de réquisitions ou des témoignages. Bref, je peux pas vraiment avancer. A la fin du confinement, il va falloir qu’on s’organise pour ne pas crouler sous le boulot…

Samedi 5 avril

Journée en patrouille. Quelques verbalisations, mais la plupart des gens jouent de plus en plus le jeu. Ou peut-être qu’on est plus « coulant »… Ce n’est pas évident d’avoir systématiquement le mauvais rôle. On sait, on est les méchants qui surveillent le confinement… Mais si on ne le fait pas, qui le fera ? Pendant la journée, le planton nous appelle à deux reprises pour qu’on aille contrôler des gens… dénoncés par leurs voisins !

En même temps, si on respecte le confinement, il y a de quoi être énervé de voir les autres ne pas le faire.

Dimanche 6 avril

On apprend donc que l’attestation va être sur smartphone, sans comprendre. L’objectif du papier était, entre autres, de rendre un peu moins facile les sorties et donc de les limiter. Avec ça, en trois clics, on a son attestation.

Ils ont fait ça bien, avec un QR code à scanner ! On reçoit plusieurs appels de gens qui ont peur d’être tracés. Ça fait doucement rire… Les gens se sentent-ils si importants que ça, pour penser que le gouvernement cherche à les traquer à la boulangerie ? Par contre, poster 50 statuts sur Facebook par jour, accepter tous les cookies sur Internet, pas de problème….

Lundi 7 avril

Malgré le fait que je sois en repos, je me lève comme un zombie… pour renouveler l’abonnement à Disney + (un service de vidéo à la demande pour enfants, NDLR). Mes enfants sont venus me réveiller pour cela à 6h30. Je les laisse devant la Bande à Piscou, et je garde dans un coin de la tête qu’à l’adolescence, je me vengerai de ces trois-là !

Journée en famille, on se permet une balade dans le rayon d’un kilomètre. Et j’ai mon attestation smartphone !

Mardi 8 avril

Repos encore. Il fait beau, j’en profite pour laisser madame au repos au maximum. Je gère les devoirs, les repas. Je tire encore une fois mon chapeau à ceux qui gèrent le télétravail et le quotidien de façon optimale. J’apprends qu’un de mes voisins est fiévreux et tousse beaucoup.

 

Mercredi 9 avril

Je contrôle plusieurs attestations sur smartphone dans la journée. Eh bien, ça fonctionne bien. Mais on attaque la quatrième semaine de confinement et j’ai l’impression que ça se relâche de tous les côtés. Les pizzerias rouvrent, les jardineries aussi… J’ai un peu de mal à voir la « première nécessité », du coup. Je vois moins de joggeurs.

Une dame nous a amené au planton des masques en tissu qu’elle a faits elle-même. On a voulu lui payer, mais elle a refusé. Nous lui enverrons un bouquet dès que nous le pourrons. A ce rythme-là, les fleuristes ne vont pas mettre longtemps à ouvrir de toute façon…

Jeudi 10 avril

Le Président va parler lundi pour annoncer que le confinement est prolongé. Je suis sceptique. Entre les gens qui peuvent aller jardiner à l’extérieur de chez eux, les magasins qui en profitent pour rouvrir… Sans être médecin, ni politicien, je suis convaincu que ce prolongement sera celui de trop. Les gens en ont marre. Ils respectent de moins en moins. J’ai l’impression d’être revenu en arrière, au début, quand beaucoup étaient dehors.

Verbaliser ? Oui, pour ceux qui n’en ont vraiment rien à faire. Comme ce cycliste à 40 kilomètres de chez lui. Et non, pour beaucoup, comme certains qui vont acheter du terreau pour jardiner, ou bien un palmier. Que peut-on leur dire, les jardineries sont ouvertes.

Est-ce que je me relâche moi aussi ? En fin d’après-midi, je contrôle un homme une pizza à la main, qu’il a acheté au camion situé pas loin. Je ne lui demande même pas son attestation…

Source : Marianne

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