Migrants discriminés : une enquête interne vise les gendarmes de Norrent-Fontes

Dimanche, « Libération » publiait des extraits d’un dialogue enregistré à la gendarmerie de Norrent-Fontes, où des migrants voulaient porter plainte pour des violences, notamment de la part de policiers calaisiens. Propos discriminants, refus de plainte, une enquête est ouverte par l’inspection générale de la gendarmerie.


Les migrants de Norrent-Fontes sont au cœur d’une affaire qui met en cause policiers de Calais et gendarmes de Norrent-Fontes.
Les migrants de Norrent-Fontes sont au cœur d’une affaire qui met en cause policiers de Calais et gendarmes de Norrent-Fontes.

Comme chaque nuit, ce 24 juin, des migrants se glissent à bord d’un camion arrêté sur l’aire de Norrent-Fontes en espérant rejoindre l’Angleterre. À Calais, d’après les témoignages de migrants recueillis par des bénévoles et la journaliste de Libération, la police aurait ouvert le camion. La vingtaine d’hommes, de femmes et d’adolescents qui s’y étaient cachés sont priés de descendre.

Frappés à Calais ?

Un gosse, qui ne se serait pas exécuté assez vite, aurait été frappé par le chauffeur du poids-lourd, sous le regard des policiers. Pire, ces derniers auraient emmené les hommes sur un terrain vague et les auraient frappés chacun leur tour. C’est ce que rapporte notamment Clémence G., une juriste. Le lendemain, elle est prévenue par des bénévoles de Norrent-Fontes, où les migrants sont retournés se réfugier. Ils veulent porter plainte, alors elle les accompagne à la gendarmerie du village.

Propos douteux

Elle était loin de se douter de ce qu’elle allait entendre de la part du commandant et d’un autre gendarme. « Ça faisait trente minutes qu’ils répétaient les mêmes propos. Que les migrants devraient accepter certaines choses parce qu’ils sont en situation irrégulière. » Alors elle enregistre avec son téléphone : « Dans leur pays, ils oseraient dire que la police les a cognés ? », « Je me rends bien compte que c’est des gens qui sont dans la misère, je suis sûr qu’ils seraient mieux chez eux que de devoir traverser tout ce qu’ils traversent, mais quand on est dans leur situation, ben, faut tout accepter, malheureusement. » Les gendarmes auraient également insisté sur le fait que si les migrants portaient plainte, ils iraient en centre de rétention. Ils proposent d’en informer le procureur. Et d’en rester là.

Sur place, une bénévole reconnaît que les propos des militaires sont souvent choquants : « C’est bien de pouvoir enfin mettre ça au jour. Nous n’avons pas de rapports particulièrement difficiles avec les gendarmes de Norrent-Fontes mais quand l’un d’eux s’emporte, on coupe court. »

Non assistance, refus de plainte…

Discrimination, non-assistance, refus de plainte. Les accusations qui pèsent aujourd’hui sur les gendarmes de Norrent-Fontes sont lourdes. « Je me suis dit que si je n’enregistrais pas, personne ne me croirait, qu’on allait m’accuser de diffamation », justifie la juriste. Prévenue la semaine dernière, l’inspection générale de la gendarmerie nationale a ouvert une enquête pour vérifier les informations. Si elles se révèlent exactes, « ça peut aller très vite. » Mener à une sanction disciplinaire et à une procédure pénale.

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