Mais que nous a donc fait la Russie ?
Le texte ci-dessous apporte un complément et des précisions à ce qui a été dit par le général de Richoufftz, le général Pinard Legry et moi même dans l’émission du Dialogue franco-russe, dirigée par Irina Dubois, diffusée lundi 31 août. Le lien ci-dessous se rapporte à cet entretien. À ce jour il a été regardé 250 000 fois.
https://youtu.be/rDhUjmq6Tns?is=oJKQGUk3Zg6MDD6m

Par le Général (2s) Henri ROURE
Mais que nous a donc fait la Russie ?
J’ai beau essayer de repérer des faits dans l’actualité de ces dernières années, je ne trouve pas ce que la Russie a bien pu faire à la France, ou plus exactement aux derniers gouvernements français, pour qu’elle soit considérée avec autant d’animosité. Pas le moindre indice permettant une justification de cette hargne à son égard ! De manière incontestable, le pouvoir politique, encore en place à Paris, lui manifeste une singulière hostilité en prenant le parti de l’Ukraine. Il le fait de manière appuyée, et pour le moins inexplicable, dans le conflit entre les deux pays. Il lui fournit, sans aucune contrepartie, des armements de grande qualité, comme les canons Caesar et d’autres armes létales. Il va même jusqu’à prévoir de lui céder la construction des missiles les plus sophistiqués en infraction avec le code pénal. L’article 411-3 stipule, en effet, que « livrer à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents des matériels, constructions, équipements, installations, appareils affectés à la défense nationale est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende ». Ce texte s’applique à tous les Français. Or le chef des Armées actuel vient d’imposer à MBDA, sans débat parlementaire ni modification de la loi, de donner accès à des données classifiées à l’Ukraine, afin qu’elle construise sur son sol des missiles SCALP, dont la production à la Selles-Saint-Denis, se fait, pourtant, dans un établissement soumis à de très rigoureuses contraintes de sécurité. Nous pourrions croire que cet acte visant à céder à l’étranger des secrets de la Défense nationale se situe dans la même intention qui a présidé à la vente d’Alstom, producteur d’éléments indispensables à notre dissuasion nucléaire, à General Electric, donc à une puissance étrangère.
Ne comptons pas les milliards d’euros donnés directement ou par la voie européenne à Kiev pour acheter du matériel, naturellement produit, non pas par la France, mais par le lobby financiaro-militaro-industriel étatsunien, partie notable de l’État profond.
La morale n’a absolument rien à voir dans cette affaire. Les États ne s’affrontent pas pour ce genre de raison. Ce serait une motivation nouvelle qui mériterait alors d’être applaudie par la communauté internationale, une révolution encensée par tous les sages, les religions d’Amour et aussi par les peuples opprimés attendant désespérément l’introduction de ce rêve des philosophes et d’une étincelle divine, dans les relations entre gouvernements et entre factions politiques. Ce serait une première mondiale…depuis les croisades ; encore que celles-ci aient été jugées justes par les seuls États chrétiens, concepteurs de la notion en se référant à Saint-Augustin. En réalité, il est impossible de trouver dans ce conflit l’idée de guerre juste tant les motivations des belligérants s’avèrent contradictoires et souvent hypocrites. La pensée initiale des gouvernements étasuniens d’Obama et de Biden, était de disloquer la Russie dans une guerre par procuration, afin de permettre à l’État profond d’exploiter les formidables richesses de ce pays et pouvoir se tourner, ensuite, vers la menace montante chinoise. Du côté russe il s’agissait de protéger les importantes minorités russes et russophones brutalisées, éviter l’extension, regardée comme dangereuse, de la progression otanienne jusqu’à ses frontières et faire disparaitre les références nazies du pouvoir ukrainien ulcérant profondément l’âme russe. L’hypocrisie du gouvernement français, associé à celui d’Allemagne, a été particulièrement mise en exergue par la pseudo garantie du protocole de Minsk signé, pour le premier, le 5 septembre 2014. Il visait la cessation des hostilités dans la guerre menée par l’Ukraine dans le Donbass, contre une population qui relevait à l’époque de ce pays. Par décantation, je dois comprendre que les Russes semblent davantage défendre des principes de morale que les États-Unis à la démarche toujours impérialiste et coutumiers, par ailleurs, du mensonge et des justifications les plus extravagantes et provocatrices de leurs guerres. Du Vietnam à l’Irak et à leur guerre actuelle contre l’Iran, ils ont démontré leur fausseté pour engager ces conflits au service de leurs seuls intérêts couplés à ceux de l’État profond.
Non, ce n’est pas pour des questions éthiques que la France soutient ce pays. Il est corrompu, ses dirigeants sont des brigands patentés et ses propres citoyens fuient les enrôlements et les combats au point que sa population est passée de 43 millions d’habitants (hors Crimée, mais incluant le Donbass selon les définitions territoriales des institutions internationales) à 30 millions d’habitants hors régions occupées. Selon des sources onusiennes, 11 millions de personnes auraient quitté le pays et, comble d’étrangeté, « 3 206 749 personnes, dont 507 316 enfants » seraient arrivées en Russie. On ne fuit pas son pays dans une telle proportion s’il est reconnu comme légitime dans sa lutte et s’il s’appuie sur un patriotisme rassembleur. Ce pays reçoit des milliards, pris dans le portefeuille des contribuables français, allemands ou britanniques et de quelques autres. Il est prouvé que la nouvelle nomenklatura de Kiev, en a détourné une partie importante pour préparer, elle aussi, sa fuite vers l’étranger. Bien sûr, il faut faire silence sur ce sujet. D’ailleurs l’immoralité de cette classe dirigeante est reconnue par l’OCDE. La population s’enfuit. Elle use de tous les moyens pour ne pas se battre, au point d’ailleurs que son gouvernement doit faire appel à des mercenaires sud-américains et tenter l’incorporation forcée pour combler les pertes au combat et les désertions. Non, je ne vois pas d’indice de la moindre morale dans le soutien à ce pays.
Est-ce qu’une alliance nous lierait à l’Ukraine ? Aucunement ! L’OTAN qui s’implique, le fait hors de ses statuts et de sa raison d’exister. L’Ukraine ne fait pas partie de cette organisation, quand bien même les États-Unis de Biden avaient eu l’idée de l’intégrer. L’article 5, obligeant l’assistance à un pays membre agressé, ne peut donc pas être mis en œuvre.
La France détiendrait-elle, peut-être, des intérêts économiques importants dans ce pays ? Nullement. La France ne représente que 3 % des importations de l’Ukraine. La France se situe loin de la Chine, de la Pologne, de l’Allemagne, de la Turquie, des États-Unis, de l’Italie, de la Bulgarie de l’Inde, de la République Tchèque. Elle n’a même pas passé d’accord comme les États-Unis ont pu le faire. L’accord sur les ressources minérales entre l’Ukraine et les États-Unis établit, ainsi, les conditions d’investissement conjoint dans les ressources naturelles de l’Ukraine, y compris les minerais stratégiques dont les terres rares, mais également le pétrole et le gaz, ainsi que l’organisation des efforts de reconstruction. Sachons cependant que l’essentiel de ces ressources se situe dans le Donbass occupé désormais par la Russie après un référendum demandant sa protection. Nous savons que les grandes firmes étasuniennes ont acheté des milliers d’hectares de terres agricoles. Il n’est donc pas étonnant que le pragmatisme étasunien ait conduit aux négociations actuelles, après l’entrevue d’Anchorage, entre les responsables russes et la délégation étasunienne menée par Jared Kushner et Steve Witkoff, personnalités très proches de D. Trump.
L’Allemagne a suivi en signant un partenariat stratégique envisageant des investissements dans la reconstruction. Rien, absolument rien, du côté français. Au contraire la destruction de Nord Stream 2, alimentant en hydrocarbures les pays d’Europe centrale et l’Allemagne les a certes pénalisé, mais a aussi impacté lourdement la France.
Les Anglais, eux, n’aiment pas les Russes, c’est historique. La tension entre le Royaume-Uni et la Russie vient d’une longue rivalité géopolitique et d’intérêts opposant les deux pays depuis des siècles. Au XIXe siècle, les deux empires se sont affrontés pour le contrôle de l’Asie centrale (la Perse, l’Inde, l’Afghanistan). Cette rivalité porta le nom de « Grand Jeu ». L’Angleterre craignait que la Russie ne menace ses routes coloniales vers l’Inde. Depuis les relations sont restées confuses. De plus Londres verrait d’un mauvais œil l’arrivée de la puissance russe en Europe occidentale, ce qui risquerait de lui ôter une part notable de son influence sur le continent. Ajoutons que c’est en grande partie à la City que se pilote la finance mondiale contestée par les BRICS+, dont évidemment la Russie.
J’ai poursuivi ma recherche en imaginant le risque que pourrait faire courir un pays proche, en guerre contre la Russie ; mais Paris se trouve à plus de 2 000 kilomètres de Kiev et de nombreux pays de l’Europe centrale nous séparent de l’Ukraine. Je n’ai pas aperçu, non plus, la possibilité d’une extension du conflit. Unanimement, les services de renseignement occidentaux disent clairement que la Russie n’a pas de plan pour l’invasion de l’Europe, ce que militairement d’ailleurs elle ne pourrait pas faire. Une telle folie entraînerait un conflit mondial avec des conséquences humaines et politiques incalculables pour tous. Les analystes de la CIA le disent aussi, tout comme les géopolitologues comme le colonel McGregor ou le très respecté John Mearsheimer. Encore mieux le commandant suprême de l’OTAN (SACEUR), le général étasunien Grynewich, a déclaré, en juin, que « la Russie ne recherche pas le conflit ».
J’ai donc retourné tous les aspects, je n’ai pas trouvé le moindre indice d’une raison de cette fâcherie avec la Russie au prétexte d’une « opération militaire spéciale », déclenchée, nous le savons tous, hormis les médias aux ordres, par la provocation des États-Unis de J. Biden et de la finance anglo-saxonne à vocation totalitaire. La mise en œuvre fut confiée évidemment à la CIA et orchestrée par madame Victoria Nuland. Il est inutile de revenir sur ces faits. Ils sont désormais incontestables.
En revanche la France avait des intérêts de plus en plus importants en Russie. Une coopération dans le nucléaire en était un élément marquant. La France importait principalement des hydrocarbures (pétrole et gaz) et des matières premières de Russie, tandis qu’elle y exportait des produits manufacturés, des équipements industriels, des produits agroalimentaires et des biens de consommation de luxe. La langue française pratiquée depuis des temps immémoriaux à Moscou et à Saint-Petersbourg, permettait de fructueux échanges culturels. Environ 500 entreprises françaises, incluant de grands groupes du CAC 40 (dans l’automobile, l’énergie, la grande distribution et la pharmacie), étaient implantées en Russie. La France était l’un des investisseurs étrangers majeurs et un employeur important et influent sur le marché russe, malgré les premières sanctions adoptées après l’annexion de la Crimée en 2014. Tout cela est, au mieux, en sommeil.
J’ai pu constater aussi les conséquences géopolitiques, pour notre pays, après les replis économiques évoqués. Notre départ d’Afrique est bien la suite logique de l’absurde soutien à l’Ukraine. La Russie en a profité, par une opération d’influence bien montée, pour nous remplacer militairement dans les pays du Sahel et pour exploiter certaines ressources stratégiques au détriment des perspectives françaises. La présence de détachements européens, ignorants de l’âme africaine, à côté des troupes françaises n’a bien évidemment pas contribué au maintien d’une image positive de la France. Or l’Afrique, courtisée par les principales puissances des BRICS+, demeure essentielle pour la France pour sa dimension mondiale. Elle y a perdu pied sans pour autant obtenir une dimension européenne, que sa position géographique et la résurgence de la concurrence germanique, rendent difficile à obtenir. Son engagement a plutôt aidé l’Allemagne à s’affirmer, à nouveau, comme puissance majeure, en Centre-Europe. Ajoutons le soutien à la contestation de quelques excités en Nouvelle-Calédonie, avec l’Azerbaïdjan comme masque étonnant de la Russie, ou encore l’aide à la déstabilisations de Mayotte. Ce sont là des réponses d’une vraie puissance à des dirigeants affaiblis et peu soucieux du destin du pays dont ils ont obtenu la direction. Ils défendent tout autre chose que les intérêts de la France.
Dans ce contexte la virulence des dirigeants français est donc véritablement incompréhensible. Ils suivent avec opiniâtreté les Britanniques à l’origine de la « Coalition des volontaires » . Elle regroupe 35 pays sur les 193 États membres de l’ONU. 28 des 32 sont membres de l’OTAN, mais, le principal, les États-Unis n’y participe pas, pas plus que la Hongrie, la Slovaquie et la Macédoine du Nord. 24 des 27 États membres de l’UE avec les mêmes exceptions que pour l’OTAN. Aux membres de ces organisations s’ajoutent le Japon en délicatesse avec la Russie au sujet des îles Kouriles, l’Australie et la Nouvelle-Zélande fidèles suiveurs du Royaume-Uni, et l’Ukraine. Cette coalition cherche à pallier les revirements politiques des États-Unis en renforçant le soutien à l’Ukraine et établir un cadre pour « l’établissement d’une paix durable » afin de « mettre fin à l’invasion russe de l’Ukraine ». Cette coalition est évidemment artificielle et fragile. En cas de victoire russe, ce qui est objectivement de plus en plus assuré, elle sera rejetée par le vainqueur. D’ailleurs Georgia Meloni, prudente et prévoyante, a refusé de participer aux premiers exercices militaires de la coalition annoncés par le président français. De même le japon fait preuve de quelques réserves, il a préféré, de manière très pragmatique, mettre en sourdine son différend avec la Russie, et privilégier sa participation au XIe Forum économique oriental à Vladivostok consacré au développement de l’économie de l’Extrême-Orient russe et au renforcement de la coopération internationale dans la région Asie-Pacifique
La France aura donc, là aussi, agi d’une manière incompréhensible.
Cet acharnement dans ce soutien inexplicable à l’Ukraine est régulièrement confirmé. Il rend chaque jour plus difficile un apaisement dans les relations de la France avec la Russie, à moins d’un changement profond à la tête de l’État. Ainsi, à la veille du 14 juillet et du défilé particulièrement provocateur et en contradiction ouverte avec les propres références morales de la France, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, adressait, un message à la Russie sur la détermination de la France dans le contexte actuel où, selon elle, sur le terrain, l’Ukraine serait en position favorable. Invraisemblable incompétence ou ignorance grave de la part d’un ministre d’un département où la réalité est pourtant connue, même si, par obligation politique, elle ne peut pas être dite.
Au bilan de ma recherche, je suis amené à conclure que la France n’a que des désavantages à soutenir l’Ukraine. Ce qui m’inquiète est bien la désinformation propagée par les médias d’État qui, soit manquent de professionnalisme, soit sont soudoyés. L’assujettissement de la plupart des partis politiques au discours, niant les évidences, délivré depuis plus de quatre ans, est également navrant.
À ce niveau de pouvoir, si nous rejetons l’idée d’incompétence, ne resterait alors, comme seule explication, que le rôle opaque de la finance totalitaire anglo-saxonne, l’État profond. Il a installé ses relais dans tous les pays capables de peser sur le destin collectif et nous savons que la guerre est son carburant. Il influence, ou plutôt domine, l’Union Européenne qui pourtant, dans ce qui avait présidé à l’idée de sa « construction », devait rechercher la paix sur le continent.
Il est urgent que les peuples reprennent leur destin en main et rompent avec cette oligarchie poursuivant ses ambitions mondialistes. Il est temps que la France redevienne la France.
Henri ROURE
Cercle Patria
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