Affaire McKinsey : 65 millions saisis, le cabinet symbole des années Macron dans le viseur de la justice
Le chiffre claque comme une facture oubliée au fond d’un tiroir : 65 244 757 euros. Le Parquet national financier et la justice belge ont annoncé la saisie de cette somme dans l’enquête visant McKinsey pour blanchiment aggravé de fraude fiscale. Le montant, saisi le 19 août 2026, représenterait 96 % du préjudice fiscal estimé par le PNF.

Après avoir conseillé l’État à prix d’or, McKinsey voit désormais 65 millions d’euros immobilisés par la justice.
65 millions saisis, et une vieille histoire d’impôts
L’enquête a été ouverte en mars 2022, après les travaux du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques. Les sénateurs avaient découvert une curiosité comptable : McKinsey n’avait versé aucun impôt sur les sociétés en France pendant au moins dix ans, entre 2011 et 2020, alors que son chiffre d’affaires français atteignait 329 millions d’euros en 2020.
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Quelques semaines plus tôt, Karim Tadjeddine, alors directeur associé du cabinet, avait pourtant déclaré sous serment au Sénat : « Je le dis très nettement : nous payons l’impôt sur les sociétés en France ». Le Sénat avait ensuite saisi la justice pour suspicion de faux témoignage. À 3 312 euros la journée de consultant sur certaines missions, on aurait peut-être pu ajouter une ligne « vérification fiscale » au PowerPoint.
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McKinsey, consultant officieux des années Macron
Le problème McKinsey ne se limite pas à une ligne d’impôt. Sous Emmanuel Macron, le recours de l’État aux cabinets de conseil a explosé : les dépenses des ministères sont passées de 379,1 millions d’euros en 2018 à 893,9 millions en 2021, selon la commission d’enquête du Sénat. Avec les opérateurs de l’État examinés par les sénateurs, la facture dépassait le milliard d’euros.
McKinsey s’est retrouvé dans des dossiers particulièrement politiques : campagne vaccinale contre le Covid-19, réflexion sur le métier d’enseignant, réforme des retraites ou encore sommet Tech for Good à l’Élysée. Karim Tadjeddine avait auparavant participé aux travaux de la commission Attali. Le Sénat a également documenté l’engagement, à titre individuel, de consultants du cabinet dans la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron de 2017.
Pour la seule mission consacrée à l’avenir du métier d’enseignant, la facture s’élevait à 496 800 euros. Le Sénat avait constaté qu’elle avait rendu un rapport reposant notamment sur des travaux scientifiques existants et des données publiques de l’OCDE, avec des conséquences directes impossibles à déterminer. Une arnaque cher payée.
La campagne vaccinale est encore plus emblématique : McKinsey a accompagné l’État de novembre 2020 au 4 février 2022, avec une interruption de trois mois à l’automne 2021. Le cabinet n’a pas déterminé les choix médicaux ou scientifiques, mais a participé à l’organisation et au pilotage opérationnel de cette politique publique majeure.
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Des campagnes de Macron aux opioïdes américains
Le dossier judiciaire français comporte plusieurs branches distinctes. En plus de l’enquête fiscale, une information judiciaire a été ouverte sur les conditions d’intervention de cabinets de conseil dans les campagnes présidentielles d’Emmanuel Macron en 2017 et 2022, ainsi qu’une autre pour favoritisme. La saisie des 65 millions d’euros annoncée aujourd’hui ne concerne toutefois que le volet fiscal.
Et McKinsey arrive devant la justice française avec un CV international déjà chargé. Aux États-Unis, le cabinet a accepté en 2021 de verser plus de 573 millions de dollars dans un accord conclu avec les États américains concernant son travail pour des fabricants d’opioïdes. En 2024, McKinsey a accepté de payer 650 millions de dollars supplémentaires pour régler des enquêtes fédérales liées notamment à son travail pour Purdue Pharma et à la commercialisation de l’OxyContin. Le total des amendes de McKinsey s’élève à 1,7 milliard de dollars.
Une saisie conservatoire, pas encore une condamnation
McKinsey conteste toute faute et rappelle que la saisie est conservatoire. Juridiquement, le cabinet a raison sur ce point : 65 millions bloqués ne valent pas condamnation définitive. Mais politiquement, l’image est savoureuse. Pendant des années, l’État français a payé des consultants privés pour lui expliquer comment fonctionner. En 2026, c’est désormais la justice qui explique à McKinsey comment fonctionne une saisie.
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par Yoann
Source : Le Média en 4-4-2
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