Courrier du Dr LABREZE à Mme RIST, Ministre de la Santé

Courrier du Dr LABREZE à Mme RIST, Ministre de la Santé, dans lequel il propose la mise en place d’une commission nationale indépendante d’expertise scientifique dédiée à l’identification, à l’évaluation et à la priorisation de pistes thérapeutiques insuffisamment explorées en cancérologie. 

Il aborde également la difficulté d’accès à certaines molécules « repositionnées », comme l’Ivermectine et le Mebendazole, dont de nombreuses publications soulignent l’intérêt dans une approche intégrative du traitement du cancer. 

Sénas, le 13 juin 2026 

Docteur Jean-Philippe LABREZE            

11 Place du 11 Novembre      

13560 SENAS        

Madame Stéphanie RIST     

                             Ministre de la Santé    

          14 Avenue DUQUESNE     

          75007 PARIS    

             

Objet  : Situation urgente de patients atteints de cancer et confrontés au blocage douanier de traitements conseillés dans le cadre d’une prise en charge intégrative – Demande d’intervention ministérielle pour un règlement urgent de cette situation et un soutien à l’évaluation clinique de ces approches.    

Madame la Ministre,    

Je me permets d’attirer votre attention sur une situation dont les conséquences humaines et sanitaires me paraissent particulièrement préoccupantes.    

Depuis plusieurs semaines, des patients atteints de cancer, que je suis dans le cadre de mon activité médicale, se trouvent confrontés au blocage en douane de colis contenant de l’Ivermectine et du Mébendazole, utilisés hors AMM dans le cadre d’une prise en charge médicale individualisée, produits dont l’achat est aujourd’hui impossible en France.  

Ces patients rapportent qu’alors que leurs importations étaient auparavant régulièrement dédouanées après contrôle, plusieurs colis font désormais l’objet de blocages, ce qui laisse supposer une évolution récente des pratiques administratives. 

Ce sont plusieurs dizaines de patients qui sont actuellement concernés. 

Cette situation de blocage entraîne pour certains d’entre eux une rupture brutale de traitement, potentiellement préjudiciable.    

C’est également une situation qui, fort logiquement, génère une inquiétude et un stress importants, très déstabilisants pour des patients déjà profondément affectés par leur maladie.    

Certains sont en situation d’échec thérapeutique après épuisement des options conventionnelles disponibles et cela leur a été clairement annoncé par les médecins hospitaliers qui les avaient pris en charge.    

D’autres présentent un cancer inopérable et ont fait le choix de ne pas poursuivre les traitements médicamenteux après avoir constaté qu’ils ne contrôlaient pas ou plus leur maladie, et qu’ils impactaient considérablement leur qualité de vie. Cette décision, bien entendu, devait être entendue et respectée, sur le fondement notamment de l’article L.1111-4 du Code de la santé publique (CSP).    

D’autres encore poursuivent un traitement conventionnel mais souhaitent y associer, dans une logique de médecine intégrative, des approches complémentaires susceptibles selon eux d’améliorer leurs chances de survie et leur qualité de vie.     

Des données issues de la recherche fondamentale, préclinique et clinique ont conduit plusieurs équipes à suggérer un potentiel anticancéreux pour deux molécules repositionnées, l’Ivermectine et le Mébendazole, et à recommander leur évaluation dans des essais cliniques.  

Ainsi, l’ivermectine semble présenter des effets antitumoraux et pourrait potentialiser certains traitements anticancéreux en interférant avec plusieurs mécanismes de résistance des cellules tumorales. Toutefois, ces résultats nécessitent encore une validation clinique.    

Le Mébendazole fait actuellement l’objet de plusieurs essais cliniques sur le plan international ( https://clinicaltrials.gov ).    

Cependant, à ce jour, ces molécules ne disposent pas d’un niveau de preuve suffisant pour être reconnues comme des traitements validés du cancer ; leur utilisation dans cette indication demeure donc hors autorisation de mise sur le marché. 

Le Mebendazole n’est plus vendu sur le territoire national depuis 2023, et l’Ivermectine l’est à un prix prohibitif puisque soixante-quinze fois plus élevé que celui auquel les patients peuvent se le procurer actuellement.      

Les produits bloqués proviennent d’Inde, pays dont la France et l’Europe dépendent déjà massivement pour la fabrication des principes actifs de nombreux médicaments autorisés. Soucieux de la sécurité des patients, nous avons fait procéder à des contrôles analytiques par un laboratoire français afin de vérifier leur conformité et leur qualité pharmaceutique. 

Outre la probable perte de chance que représente pour ces patients le blocage actuel des importations, celui-ci soulève également une préoccupation immédiate de sécurité sanitaire.  

Privés de la possibilité d’obtenir ces produits par un canal identifié et de suivre leur traitement sous supervision médicale, de nombreux patients chercheront inévitablement à se procurer ces substances par des canaux non sécurisés.    

C’est d’ailleurs ce qu’avaient déjà fait plusieurs d’entre eux avant même de venir me consulter, après avoir entendu parler de ces traitements fortement médiatisés, sur internet ou sur les réseaux sociaux. 

Une telle évolution soulèverait des problèmes évidents de sécurité sanitaire :   

  • risques de contrefaçons ;    
  • risques liés à une composition réelle des produits différente de celle annoncée ;    
  • risques liés à l’utilisation de produits contenant des excipients non prévus pour un usage humain (produits à usage vétérinaire utilisés parfois par les patients) ; 
  • absence de contrôle de qualité ;    
  • absence de surveillance médicale ;    
  • risques de surdosages ou d’interactions médicamenteuses ; 
  • risques de voir certains patients se détourner d’une prise en charge conventionnelle par crainte de ne pouvoir bénéficier également de ces traitements. 

Il me semble que cette situation est contraire à l’objectif de santé publique poursuivi par les autorités sanitaires.   

Je sollicite donc votre intervention urgente afin qu’une solution puisse être trouvée.   

Cette intervention pourrait prendre plusieurs formes :   

  • l’examen de la situation des colis actuellement bloqués ;    
  • une concertation avec Monsieur le Ministre de l’Économie et des Finances ainsi qu’avec la Direction générale des Douanes afin de clarifier les conditions dans lesquelles les médicaments prescrits par un médecin peuvent être importés pour un usage personnel ;    
  • la mise en place d’une procédure sécurisée permettant aux patients disposant d’une prescription médicale de poursuivre leur traitement sans interruption, certains des colis précédemment bloqués ayant en effet été débloqués après production par les patients d’une ordonnance établie par mes soins ;
  • l’étude des conditions permettant un accès légal, sécurisé et encadré à ces produits sur le territoire national lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles ou sont difficilement accessibles.  

Madame la Ministre, je souhaite par ailleurs aborder une autre dimension de cette problématique.  

La loi du 4 mars 2002 a consacré le principe de l’autonomie du patient et de son consentement éclairé.  

Quelles que soient les positions que l’on puisse aujourd’hui adopter sur l’intérêt réel de ces approches, la situation actuelle soulève une question fondamentale : celle du droit des patients à recevoir une information équilibrée concernant les options thérapeutiques disponibles ainsi que les approches faisant actuellement l’objet d’investigations scientifiques sérieuses.  

En effet, cette liberté de choix thérapeutique n’a de sens que si elle s’exerce sur la base d’une information complète, aussi claire, loyale et appropriée que possible, portant sur la balance bénéfices/risques, les limites et les incertitudes des différentes options susceptibles d’être envisagées. 

Outre la question du repositionnement thérapeutique de certaines molécules anciennes, peu coûteuses, généralement non brevetables, se pose, plus largement encore, la question de l’évaluation du vaste champ des stratégies thérapeutiques émergentes susceptibles d’être également proposées dans une logique de médecine intégrative. 

Ces deux approches se trouvent confrontées à un obstacle structurel : l’absence de modèle économique permettant de financer les essais cliniques de grande ampleur nécessaires à leur évaluation rigoureuse et à leur positionnement dans l’arsenal thérapeutique. 

Cette situation crée un paradoxe. Des molécules pouvant présenter un intérêt potentiel pour certaines indications bénéficient parfois d’un niveau d’investigation scientifique limité non pas en raison de résultats négatifs, mais parce qu’elles ne disposent d’aucun acteur économique susceptible de supporter les coûts considérables de leur développement clinique. 

Le Mébendazole et l’Ivermectine constituent à cet égard des exemples particulièrement éclairants.

Seuls des essais cliniques rigoureux permettront d’établir leur efficacité réelle et leur place dans la stratégie thérapeutique. Mais précisément, l’absence actuelle de réponse définitive plaide davantage en faveur d’une évaluation scientifique approfondie qu’en faveur d’un désintérêt institutionnel. 

C’est, me semble-t-il, une condition nécessaire pour que les patients puissent avoir pleinement accès à l’information relative aux « autres solutions possibles », sur le fondement de l’article L.1111-2 du CSP. 

C’est pourquoi je souhaiterais attirer votre attention sur l’opportunité de mettre en place une commission nationale indépendante d’expertise scientifique dédiée à l’identification, à l’évaluation et à la priorisation de pistes thérapeutiques insuffisamment explorées en cancérologie.

Cette instance pourrait examiner, de manière structurée et méthodologiquement rigoureuse, dans le respect des cadres d’évaluation existants, des axes de recherche relevant du repositionnement médicamenteux ainsi que des pratiques de soins non conventionnelles (PSNC), afin d’en apprécier le niveau de preuve, les conditions d’évaluation et l’intérêt potentiel dans une perspective de santé publique.

Elle pourrait également analyser certains champs émergents de la recherche en santé intégrative pour lesquels le niveau de preuve clinique reste insuffisant ou non consolidé, et dont les mécanismes d’action supposés demeurent débattus, nécessitant des travaux d’évaluation complémentaires.

Exclusivement financée par des fonds publics, cette commission réunirait des experts issus de disciplines complémentaires, ainsi que des spécialistes en santé publique et en éthique médicale, sélectionnés selon des critères transparents de compétence et soumis à des obligations strictes de déclaration et de gestion des conflits d’intérêts.

Elle aurait pour mission d’analyser de manière critique et contradictoire les données disponibles, en distinguant les niveaux de preuve selon les étapes de développement scientifique (préclinique, clinique précoce, données observationnelles), afin d’identifier les pistes justifiant des investigations complémentaires ou la mise en œuvre d’essais cliniques.

Une telle démarche constituerait un signal fort en faveur d’une recherche indépendante, ouverte et fondée sur les preuves. Elle contribuerait également à renforcer la confiance des patients dans les institutions sanitaires, en garantissant que les pistes thérapeutiques susceptibles de présenter un intérêt fassent l’objet d’un examen rigoureux et systématique avant toute conclusion définitive.

Madame la Ministre, l’histoire de la médecine montre que certaines innovations thérapeutiques majeures sont nées de l’exploration approfondie d’hypothèses initialement marginales. La question n’est donc pas de savoir quelles approches doivent être crues ou rejetées a priori, mais lesquelles méritent une évaluation scientifique indépendante et méthodologiquement robuste. 

La création d’une telle commission permettrait, me semble-t-il, de créer les conditions d’une actualisation des connaissances susceptible de contribuer à une meilleure évaluation des stratégies thérapeutiques disponibles et, à terme, à une amélioration de la prise en charge des patients. 

Je me tiens naturellement à disposition des services de votre ministère, de la Direction générale de la santé ou de la Direction générale des douanes afin de fournir toute information clinique utile à l’analyse de cette situation. 

Je vous remercie de l’attention que vous voudrez bien porter à cette démarche et vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma haute considération. 

Dr Jean-Philippe LABREZE 

Références  :    

L’ivermectine, un médicament anticancéreux potentiel dérivé d’un médicament antiparasitaire. Mingyang Tang et coll. Recherche pharmacologique. Volume 163. Janvier 2021, 105207  https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1043661820315152    

L’ivermectine, un médicament à cibles multiples : d’un agent antiparasitaire à un médicament anticancéreux repositionné. Am J Cancer Res. 1er février 2018;8(2):317-331. Mandy Juarez et al. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5835698/

Le traitement combiné d’ivermectine et de gemcitabine induit l’apoptose des cellules cancéreuses du pancréas par dysfonctionnement mitochondrial. Front. Pharmacol. 26 août 2022 ;13 :934746. Da Eun Lee et al. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9459089/   

L’ivermectine, un médicament anthelminthique, inhibe l’angiogenèse, la croissance et la survie du glioblastome en provoquant un dysfonctionnement mitochondrial et un stress oxydatif. Biochim. Biophys. Res. Commun. 18 novembre 2016;480(3):415-421. Yingying Liu et al. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27771251/   

L’ivermectine inhibe les métastases tumorales en régulant la voie de signalisation Wnt/β-caténine/intégrine β1/FAK. Suis J Cancer Rés. 15 oct. 2022;12(10):4502-4519. Lu Jiang et al. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9641399/   

Prise en charge d’un cancer du sein avancé HR-positif par chimiothérapie métaboliquement optimisée et médicaments repositionnés : un cas clinique. Abdul Kadir Slocum  et coll. Front Oncol.2026 avril 22:16:1795402. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42100430/    

Article de synthèse au sujet de l’Ivermectine avec bibliographie importante : https://semaxpolska.com/fr/potentiel-anticancereux-de-livermectine/   

Réutilisation des médicaments en oncologie (ReDO) — le mébendazole comme agent anticancéreux. Ecancermedicalscience .10 juillet 2014;8:443. Pan Pantziarka et al. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4096024/   

Le mébendazole exerce un puissant effet antitumoral sur les lignées cellulaires cancéreuses humaines, aussi bien in vitro qu’in vivo. Clin Cancer Res. 2002 septembre ; 8(9):2963-9. Tapas Mukhopadhyay et al.   

 Le mébendazole induit l’apoptose par inactivation de Bcl-2 dans les cellules de mélanome chimiorésistantes. Mol Cancer Res. 2008 août ;6(8):1308-15. Nicole Doudican et al.   https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18667591/  

Le mébendazole, un antiparasitaire, montre un bénéfice en termes de survie dans deux modèles précliniques de glioblastome multiforme. Neuro-oncologie. 2011 septembre ;13(9):974-82. Ren-Yuan Bai et al. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21764822/  

Le mébendazole comme candidat au repositionnement de médicament en oncologie : une revue exhaustive de la littérature actuelle. Cancers (Bâle) 31 août 2019 ; 11(9) : 1284 Andrea Emanuele Guerini et al.   

Cibler la connexion mitochondrie-cellule souche dans le traitement du cancer : un protocole orthomoléculaire hybride. J Orthomol Med. 39.3. Baghli I, et al. (2024). https://isom.ca/article/targeting-the-mitochondrial-stem-cell-connection-in-cancer-treatment-a-hybrid-orthomolecular-protocol/ 

Press-Pulse : une nouvelle stratégie thérapeutique pour la prise en charge métabolique du cancer. Seyfried TN, Yu G, Maroon JC, D’Agostino DP. Nutrition & Metabolism. 2017 ;14 :19. https://www.researchgate.net/publication/313904862_Press pulse_A_novel_therapeutic_strategy_for_the_metabolic_management_of_cancer   

Synergie des micronutriments : un nouvel outil pour un contrôle efficace des métastases et d’autres mécanismes clés du cancer. A Niedzwiecki  1,   ,  MW Roomi  1  ,  T Kalinovsky  1  ,  M Rath . Revue des métastases du cancer. 18 août 2010 ; 29(3):529-542. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2933847/   

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