L’État regarde mourir la Fonderie de Bretagne, encore un savoir-faire industriel français qui part à la casse

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Babaieva Pexels
Soixante ans après sa création par Renault, la Fonderie de Bretagne, installée à Caudan près de Lorient, se dirige vers une liquidation judiciaire que le tribunal de commerce devrait prononcer ce jeudi 15 octobre. Aucune offre de reprise n’a été déposée auprès de l’administrateur judiciaire avant l’échéance de lundi minuit, et les 244 salariés encore présents parlent d’un « gâchis monumental » rapporte France 3 Bretagne.
L’histoire de cette fonderie, spécialisée dans les pièces en fonte pour l’automobile, se confond depuis 1965 avec celle du constructeur au losange, qui fut longtemps son principal client. Dès 2021, des députés dénonçaient à l’Assemblée nationale le transfert d’une partie de la production vers la Turquie, le Portugal et l’Espagne, qui a progressivement vidé le carnet de commandes du site breton.
La reprise par le groupe Europlasma, validée en avril 2025 par le tribunal de commerce de Rennes, promettait une reconversion vers la défense, avec 266 emplois maintenus et 15 millions d’euros investis sur trois ans. Renault s’était engagé à verser 25,8 millions d’euros pour accompagner cette diversification, mais le sénateur Fabien Gay affirmait encore en juillet que l’activité n’avait jamais réellement redémarré sur le site.
Le cas breton illustre une fragilité plus large de la filière, où les fonderies tombent les unes après les autres faute de commandes, payant le prix fort d’une politique européenne qui n’a eu de cesse ces dernières années de faire monter les tarifs de l’électricité dans l’Hexagone. La Fonderie Atlantique Industrie de Nantes a ainsi cessé sa production au 1er janvier, minée notamment par la concurrence asiatique.
L’Europe a tout misé sur l’électrique, en programmant la fin des moteurs thermiques neufs pour 2035, sans jamais se demander qui fabriquerait les pièces, les batteries et les voitures que ce choix rendait obligatoires. Pendant des années, Bruxelles a regardé la Chine inonder le marché de produits dopés aux subventions de Pékin, avant de réagir en 2024 avec des droits de douane sur les véhicules électriques.
Résultat les tribunaux de commerce débordent, et une industrie automobile longtemps enviée voit tomber ses sous-traitants un par un, au point que certains dirigeants et syndicalistes évoquent ouvertement la mort de l’industrie européenne. À Caudan, ni les aides publiques ni la bonne volonté des ministres successifs n’ont suffi, faute de règles imposant aux grands donneurs d’ordre une part minimale de production européenne.
Jeudi, sauf retournement de dernière minute, la Fonderie de Bretagne rejoindra la longue liste des savoir-faire sacrifiés par des gouvernants le regard rivé sur Bruxelles et ses institutions, lesquels n’ont que faire des particularités nationales.
Source : France Soir
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