Les gendarmes disent non aux violences et outrages

Cinq militaires ont porté plainte dans deux affaires pour faire valoir leurs droits.

Les gendarmes disent non aux violences et outrages
Reçus par des insultes ou bousculés dans le cadre de leurs fonctions, plusieurs militaires ont décidé de porter plainte. ©

Photo archives « sud ouest »

Sophie Noachovitch

marmande@sudouest.fr

«Le devoir des gendarmes est de nous protéger et il est du devoir de la société, et donc du parquet, de protéger ceux qui nous protègent. » Le procureur de la République, Olivier Naboulet, a été ferme, lundi, dans le cadre de deux procédures renvoyées à la chambre détachée au tribunal de grande instance d’Agen, à Marmande. De fait, étaient présentées deux affaires dans lesquelles les prévenus s’en étaient pris verbalement et physiquement à « une personne dépositaire de l’autorité publique ». En clair, à des gendarmes.

Dans un cas, deux militaires de la communauté de brigade de Tonneins sont intervenus le 20 avril 2014 en début de soirée dans le cadre d’un différend familial. « Le père a appelé la gendarmerie pour signaler une altercation avec son fils », rappelait la présidente de la chambre détachée, Bénédicte de Vivie de Régie. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les gendarmes interviennent au domicile de cette famille à Calonges, où l’expliquera Me Charlotte de Bastos, le conseil du fils, « les relations sont très tendues entre les deux hommes depuis des années ».

Jet de grenade à plâtre

Ce soir-là, deux militaires se rendent à la chambre du prévenu, à l’étage, pour lui parler. Lorsqu’ils frappent à la porte, le jeune homme de 27 ans est en caleçon et pique une colère noire. « Vous venez me faire chier chez moi, vous n’avez pas le droit », et leur lance une grenade à plâtre non dégoupillée avant d’enchaîner : « La prochaine fois, ce ne sera pas une grenade mais des pruneaux. » Une menace que le parquet ne prend pas à la légère. « On a bien compris que le prévenu ne parlait pas de pruneaux d’Agen, mais bien de calibre n°9 comme il l’a précisé lors de son audition, a précisé Olivier Naboulet. C’est un comportement inadmissible. » Au vu du casier judiciaire portant déjà trace d’une condamnation à 3 mois de prison avec sursis pour violence sur ascendant – le père, déjà -, le procureur a requis 8 mois de prison, assortis de 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve et la révocation du sursis antérieur. Un réquisitoire suivi par la présidente, qui l’a légèrement revu à la baisse, condamnant le prévenu à 6 mois de prison dont 4 avec sursis, deux ans de mise à l’épreuve et à l’obligation de soins, de travailler ou de suivre une formation. La révocation du sursis a aussi été décidée. Quant aux deux militaires victimes dans ces affaires, ils se sont portés partie civile et bénéficieront de dommages et intérêts de 300 euros chacun pour le préjudice moral et psychologique.

Préjudice psychologique

Même décision pour les trois gendarmes victimes dans la seconde affaire. L’histoire est plus récente. Le 5 juin, le prévenu, un homme de 40 ans, en instance de divorce, s’enivre avec des amis dans un bar à Marmande. « J’ai bu 3 à 4 litres de bière. Mais je n’en ai pas l’habitude », déclare-t-il aux magistrats. Puis il prend la route, malgré la proposition du patron du bar de le ramener chez lui. Mais quelques kilomètres plus tard, à Longueville, il s’arrête sur le bas-côté, en sens inverse, incapable de poursuivre sa route. Vers 0 h 20, il repart, « tous feux éteints et sans clignotant », témoigne la victime, qui circulait sur le même axe. La collision survient, inévitable. Le prévenu relate avoir eu « très, très peur pour la conductrice ». Selon son avocat, cette angoisse se transforme en colère, lorsque les forces de l’ordre tentent de parler à celui qui affichera 1,74 g d’alcool par litre de sang une heure plus tard. « Tu as une tête de premier de la classe, tu manques de compassion », éclate-t-il à l’intention d’une gendarme agrémentant cette invective de grossièretés, tandis qu’il brandit son poing vers un autre militaire : « Si je veux, je t’en mets une. » Les forces de l’ordre doivent employer le pistolet à impulsion électrique pour calmer le forcené qui s’était mis à frapper sur le capot de sa voiture.

« Actes en cascade »

Le conseil de ce dernier assure que son client a été emporté dans une série d’actes « en cascade » et reconnaît les faits. « Il est venu chercher condamnation. » Si clémence il y a eu, ce n’est pas pour le plaidoyer de l’avocat qui a tenté de justifier le comportement du prévenu. Non, la magistrate a choisi une peine peu lourde au regard de l’absence de casier judiciaire : 3 mois de prison avec sursis, assortis d’une annulation du permis de conduire pendant 4 mois, de 200 euros d’amende et de deux contraventions de 150 euros d’amende pour l’absence d’assurance et de papiers en règle pour le véhicule.

Source : Sud Ouest

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