Le Blanc archive l’histoire

Furiani, Grégory, Erika, Ouvéa : quelques-uns des dossiers conservés à l’Établissement central d’administration et de soutien de la gendarmerie nationale.

Titulaire d'un master 2 d'histoire et archiviste de formation Aurélien Cubaynes veille sur ces trésors de l'histoire. - Titulaire d'un master 2 d'histoire et archiviste de formation Aurélien Cubaynes veille sur ces trésors de l'histoire. - dr

Titulaire d’un master 2 d’histoire et archiviste de formation Aurélien Cubaynes veille sur ces trésors de l’histoire. – dr

Allo, oui ? »

 – « Bonjour. Je suppose que vous m’appelez pour la même affaire ? »
– « Ouais, c’est ça. Mais j’en ai une petite autre pour vous derrière la Maria K. »
– « Alors, la deuxième affaire, c’est quoi ? »
– « Un agent maritime vient de m’appeler pour un pétrolier qui s’appelle Erika. »
Nous sommes le 11 décembre 1999. Cette transcription de l’appel téléphonique entre le commandant du centre opérationnel de la marine de Brest et le responsable du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvegarde d’Étel, constitue la première pièce du dossier concernant l’une des plus grandes catastrophes écologiques de l’histoire de France. Il est 14 h 38 et le pétrolier Erika est sur le point de faire naufrage. 400 kilomètres de côtes vont être souillés. 150.000 à 300. 000 oiseaux vont mourir.

Les serial killers arrivent

Ce dossier est extraordinaire. Il est conservé au Blanc, dans les locaux de l’Établissement central d’administration et de soutien de la gendarmerie nationale (ESCAGN) dépendant du Service historique de la défense. Le capitaine Aurélien Cubaynes, 33 ans, gère 33 km de rayonnages dont 10 km sont spécialement consacrés à la justice militaire. Dans ces 330.000 cartons contenant chacun des centaines de dossiers, est classée l’histoire de France contemporaine. Une histoire encore sensible. Pour entrer dans ces lieux, il faut donc montrer patte blanche et faire vœu de discrétion.
L’Erika. Mais aussi Furiani, la catastrophe ferroviaire d’Argenton ; le tueur de l’Oise (ce gendarme Lamare passé par l’école de gendarmerie du Blanc) ; l’accident mortel de Michel Colucci, dit Coluche ; l’enquête sur la grotte d’Ouvéa, une partie du dossier Grégory, Touvier et notamment l’enquête menée à Saint-Michel-en Brenne, en 1989. Sans oublier la French Connection.
Les affaires les plus emblématiques. Mais au Blanc, on archive aussi les gardes à vue de voleurs de poules. Impossible de tout conserver. Pour faire place aux dossiers de la période 1990-2008, attendus au cours du premier semestre, une partie du stock, provenant des 4.000 brigades françaises, va être détruite. Pas de crainte, le plus important et le plus significatif sera mis en sécurité. Ce qui s’apprête à débarquer concernera notamment la grande période des serials killers français : Fourniret, Heaulmes, Rezala…
Cet archivage méthodique sert évidemment au travail des magistrats. Gendarmes à la recherche de justificatifs de service peuvent aussi s’adresser à l’ECASGN. Entre autres. « Nous traitons entre 500 à 600 demandes diverses et variées par an », souligne Aurélien Cubaynes. Un capitaine persuadé qu’en matière d’archivage, le papier a un bel avenir devant lui. « Le numérique est encore une activité récente. » Et les risques de piratage sont trop importants.

repères

L’ECASGN n’est pas un musée. Mais un lieu de mémoire et de travail où l’on manie une documentation papier très fragile. Les visites guidées et les cars de touristes y sont donc formellement proscrits. Il y a tout de même quelques exceptions à la règle, comme l’affirme Aurélien Cubaynes.« Si des élus, des associations patriotiques ou des amicales de gendarmes en retraite veulent venir, nous leur ouvrirons nos portes. »

Pour tous renseignements, 02.18.27.26.70.

Source : La Nouvelle République

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