Gendarmerie nationale : les forces de « sa » police judiciaire

Le colonel de gendarmerie Jacques-Charles Fombonne, commandant du centre national de formation de la police judiciaire (CNFPJ), basé au fort de Rosny-sous-Bois

Depuis lundi et jusqu’à ce soir, à l’invitation du colonel Jacques-Charles Fombonne, commandant du Centre national de formation de la police judiciaire (CNFPJ) de la gendarmerie nationale, une quarantaine de policiers allemands, espagnols, italiens, mais aussi des gendarmes français, participent au fort de Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis aux Journées internationales de la police judiciaire. Une première.

Vous êtes à l’initiative des Journées internationales de la police judiciaire organisées par la gendarmerie nationale au Fort de Rosny-sous-Bois. C’est une première. Pourquoi avez-vous décidé d’organiser cet événement ?

Colonel Jacques-Charles Fombonne : « Savoir-faire et faire savoir. En échangeant avec des gens qui font le même métier que nous, il y a forcément un apprentissage de savoir-faire nouveaux et de techniques nouvelles. Bien sûr, il y a des choses qui ne sont pas transposables de pays à pays, je pense notamment à la procédure pénale qui n’est pas tout à fait la même en Italie, en Espagne, en Allemagne (…), mais il y a des techniques d’enquête, des techniques d’investigations, que l’on peut partager. Ensuite, quand on se connaît, cela facilite les contacts entre enquêteurs des différents pays. Et puis, j’ai la vanité de penser que la gendarmerie nationale travaille très bien en matière de police judiciaire, la gendarmerie travaille très bien sur des affaires très complexes, très longues, techniquement très difficiles. Il faut le faire savoir auprès de nos homologues étrangers, mais aussi auprès du grand public qui est en droit d’exiger de nous le meilleur puisque nous sommes payés par le contribuable. »

« En démocratie, il est absolument nécessaire d’avoir deux forces de police »

En ouverture de ces Journées internationales, le général Simon-Pierre Baradel, commandant des écoles de la gendarmerie, a dit avoir le rêve d’une uniformisation des textes au niveau européen pour une meilleure efficience de la lutte contre la criminalité. C’est un vœu pieux ?

« Il a été sous-directeur de la police judiciaire, il connaît donc très bien la question. Il y a 100 ans, on aurait dit à nos grands-pères qui se battaient dans les tranchées qu’un jour on aurait un officier de la police allemande qui serait présent dans nos locaux, ils auraient dit : « C’est un vœu pieux ! ». Très franchement, il ne faut préjuger de rien. On va arriver à acheter le même matériel, on va arriver à avoir des écoutes téléphoniques compatibles entre pays, on va avoir des réseaux informatiques communs, on va avoir des groupes d’enquêteurs communs… Les accords de Schengen, je pense notamment aux articles 40 et 41, nous permettent déjà de faire beaucoup. À mon avis, la principale difficulté sera de contourner le cadre juridique. Le Brexit pourra, peut-être, nous permettre d’aller plus loin, car le système accusatoire anglo-saxon est complètement différent. »

Organiser cet événement, est-ce aussi une manière de jeter une pierre dans le jardin de vos collègues policiers qui, eux aussi, font de la police judiciaire ?

« Il y a forcément un petit ego. Quand on fait les choses bien, on a forcément envie que les gens sachent qu’on les a faites. On n’a pas envie que ceux qui les font comme nous tirent complètement la couverture médiatique vers eux. Cela étant, ce sont les mêmes hommes, le même travail, et la même difficulté. L’ennemi, du moins le criminel ou le délinquant, est le même. Les policiers sont dans les mêmes difficultés que nous et, franchement, eux et nous n’avons pas un métier facile. Nous avons besoin de tout le monde, aussi bien des gendarmes que des policiers. Je pense que notre discipline militaire nous permet une réactivité plus grande et l’absence d’organisation militaire de la police permet peut-être à leurs officiers de police judiciaire une marge d’initiative un peu plus importante. »

Une fusion de l’ensemble des enquêteurs de la gendarmerie et de la police qui font uniquement de la police judiciaire est dans l’ère du temps. À votre avis est-ce envisageable ?

« J’avais un ami commissaire qui disait : « Il faut que chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ce que l’on vous propose, c’est la police nationale apporte le mot « police » et la gendarmerie nationale apporte le mot « nationale »… » Plaisanterie mise à part, chacun est assez jaloux de son pré carré et assez convaincu qu’il travaille mieux que l’autre. La vraie difficulté serait : qui commande ? Je crois surtout qu’en démocratie, il est absolument nécessaire d’avoir deux forces de police indépendantes parce qu’il est toujours plus difficile dans un état qui bascule de l’état de droit à l’état de police d’avoir à donner des ordres à deux directeurs généraux plutôt qu’à un seul. Et puis, en termes de résultats, pour les magistrats jouer d’une saine compétition d’un service contre l’autre fonctionne toujours très bien… »

Quelle est la force de la police judiciaire dans la gendarmerie ?

« La gendarmerie nationale bénéficie d’une discipline militaire, d’une homogénéité de commandement et d’enseignement qui sont des atouts en matière de police judiciaire. Partout en France, les officiers de police judiciaire de la gendarmerie parlent le même langage et dirigent les enquêtes de la même manière. Les unités travaillent de la même façon et le procès-verbal marseillais ne doit pas être fait différemment du procès-verbal jurassien. C’est une vraie force. Tous les gendarmes qui sont affectés en brigade de recherches, en section de recherches ou dans un office central sont passés par ici. Ils ont appris au CNFPJ (centre national de formation de la police judiciaire, N.D.L.R.) les techniques de constatations de scènes de crimes, les techniques spéciales d’enquête notamment en matière de délinquance économique et financière, la gestion des sources plus communément appelées « les tontons », les techniques d’audition… Certains aussi ont été formés aux nouvelles technologies. »

« La gendarmerie et
le major Perchat ont sauvé Patrick Dils »

L’analyse criminelle semble désormais avoir une place prépondérante dans la résolution des enquêtes. Pour quel type d’affaires ?

« L’analyse criminelle, lors d’investigations complexes, nous permet de faciliter le travail du directeur d’enquête. Il s’agit d’investigations complexes, soit par le nombre des protagonistes, soit par la durée des investigations et donc par le nombre de pièces de procédure. Les analystes criminels « aspirent » tous les éléments inscrits dans la procédure et les rentrent en « machine ». Le logiciel, appelé AnaCrim, est utilisé depuis 1995 par la gendarmerie. C’est IBM qui l’a créé, mais c’est la gendarmerie qui l’a paramétré afin de faire des rapprochements objectifs dans le cadre d’investigations criminelles. C’est comme ça que la gendarmerie et le major Perchat ont sauvé Patrick Dils, qui avait déjà fait seize ans de prison… »

Source : Paris Normandie

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