Fleurance, capitale régionale de la cybersécurité

De nombreux pirates n'hésitent pas à prendre les couleurs de la gendarmerie pour obtenir une rançon de leurs victimes, dont ils ont crypté le disque dur. Les crypto-lockers sont devenus de plus en plus fréquents. / Photo DDM, MC
De nombreux pirates n’hésitent pas à prendre les couleurs de la gendarmerie pour obtenir une rançon de leurs victimes, dont ils ont crypté le disque dur. Les crypto-lockers sont devenus de plus en plus fréquents. / Photo DDM, MC
 

Toute la journée, un colloque réunit des experts de la cybersécurité à Fleurance, afin de prévenir sur des risques bien réels qui menacent les PME et les collectivités gersoises.

«Dans le Gers, une entreprise de 20 personnes va sans doute disparaître : elle a vu 90 % de sa trésorerie avalée par une cyber attaque. Il a suffit aux escrocs de prétendre être le patron pour se faire virer tout l’argent…» Des faits de cette teneurs, le major Fabrice Crasnier va en révéler beaucoup, aujourd’hui à Fleurance. L’officier de la gendarmerie, commandant d’une unité spécialisée dans les menaces informatiques à Toulouse, participe aujourd’hui à une journée d’information sur la cybersécurité. Et pour lui comme pour les autres intervenants, la menace pour l’économie des territoires est très réelle. «On recense chaque semaine en France une «escroquerie au président», et entre 4 et 5 crypto-lockers, avance l’officier. Sur cinq ans, cela représente 485 M€.»

PME en première ligne

Terminée, l’époque où les voleurs ne visaient que les grosses pointures. Le CAC 40 ne figure plus dans la ligne de mire des escrocs — qui représentent 80 % des faits criminels sur Internet. «Désormais, les criminels ont changé de fonctionnement : plutôt que de tenter de prendre des millions à une seule entreprise, ils volent des milliers d’euros à des milliers de sociétés…» Les PME sont en première ligne. Il suffit de trouver des données comptables sur des sites proposant des registres commerciaux, de récupérer des informations sur les réseaux sociaux, ou sur les sites des sociétés elles-mêmes, bien souvent… Associations, collectivités, artisans, les escrocs font feu de tout bois. «Ils appellent, envoient un mail, en se faisant passer pour le président de la société, en sachant très bien où et à qui s’adresser. Et le tour est joué.» Le crypto-locker, lui, tient plus de la pêche à la ligne. «Les escrocs envoient juste des mails, à des listes de contacts récupérés ou achetés. Il suffit alors d’une pièce jointe.» On ouvre un texte, et un virus s’infiltre, qui crypte le disque dur. S’il existe une connexion vers un autre ordinateur, il infecte le réseau tout entier. Et affiche une demande de rançon ! «Soit la société paie, soit elle perd l’accès à ses données. C’est une menace qui frappe à l’aveugle, parce que ces fichiers comportent des centaines de milliers d’adresses…» Il suffit pourtant de gestes simples pour parer les menaces. Beaucoup seront expliqués aujourd’hui, dans la salle culturelle de Fleurance, de 8 heures à 16 h 30. L’entrée est gratuite, et ouverte à tout public.


Dans le Gers, des chiffres en forte hausse

Le colonel Detcheberry, commandant de la Gendarmerie du Gers multiplie les chiffres inquiétants. «Le nombre d’escroqueries et infractions économiques et financières a augmenté de 14 % en 2015, dans le Gers. Et il a encore explosé de +17,2 % au premier quadrimestre 2016. Les escroqueries et abus de confiance ont augmenté de 46,3 % sur les quatre premiers mois de l’année. Et les cambriolages des entreprises et locaux associatifs ont augmenté de 43,9 % en 2015… et de 230 % sur les quatre premiers mois de 2016 ! C’est utile d’attirer l’attention sur les cambriolages, parce que, quand les ordinateurs sont volés, il peut s’agir d’un vol de données de l’entreprise…» Et, assure le colonel, «les entreprises gersoises ne sont pas suffisamment protégées, tant en ce qui concerne leurs biens matériels que leurs données immatérielles. Et nous trouvons qu’il vaut mieux prévenir que guérir.» Les gendarmes sont donc déjà allés dans 42 entreprises gersoises pour réaliser un diagnostic global en termes de sécurité. «L’intelligence économique, assure M.Detcheberry, c’est la protection globale de l’entreprise, c’est la protection des emplois. Si quelqu’un s’introduit dans votre ordinateur et vole votre fichier client, l’entreprise est en danger…»

Source : La Dépêche

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