Exemplaire délinquance de nos « élites » : 2e partie
Mentionnons que nous avons déjà publié le 16 août 2026 Exemplaire délinquance de nos »élites » : 1ère partie

La justice en France n’hésite pas à condamner (même si elle répugne à emprisonner ferme) des personnalités politiques ayant commis de la délinquance financière et piétiné leur devoir de probité : connaître et faire connaître ces condamnations aide à la conscientisation politique.

VIII. Jean-Christophe Cambadélis
Né en 1951, il a commencé à militer dans le syndicalisme étudiant puis a fait carrière au Parti socialiste (PS) à partir de 1986. Député de Paris en 1988-1993 et 1997-2017, il était considéré comme le bras droit de Dominique Strauss-Kahn. En avril 2014, sous le quinquennat de François Hollande, il devient le Premier secrétaire du PS, le parti présidentiel : à cette époque, il avait déjà été condamné deux fois pour des atteintes à la probité : comme le remarque le journaliste de Mediapart en 2025 devant la commission d’enquête du Sénat sur la délinquance financière, « On n’a pas pu en trouver un autre. On a mis quelqu’un qui avait été condamné déjà deux fois. »… En effet, lorsque Jean-Christophe Cambadélis obtient les 2/3 des voix du conseil national du PS pour devenir le chef de ce parti, il a déjà été condamné en 2000 et en 2006 et n’a pas fait appel de ces condamnations.
En janvier 2000, il est condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 5 mois de prison avec sursis et 100.000 francs (15.245€) d’amende pour recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire Agos. La société Agos était une filiale de l’Agence des foyers et résidences hôtelières privées (AFRP), la troisième plus grosse structure de gestion de foyers pour travailleurs immigrés et personnes défavorisées en région parisienne. En 1993, le directeur de l’AFRP était Yves Laisné, un ancien cadre du Front national ; Cambadélis perd son mandat de député de Paris en mars 1993 mais il est le n°2 du PS ; Laisné le recrute alors à mi-temps pour 14.000 francs (2135€) par mois mais ne lui donne aucun bureau au siège de l’Agos-AFRP… Cet emploi fictif jusqu’en septembre 1995 a rapporté à Cambadélis plus de 442.000 francs (environ 67.000€). Aux côtés de Cambadélis, Yves Laisné avait lui été condamné à 15 mois de prison avec sursis et 500.000 francs (75.000€) d’amende pour abus de confiance, abus de biens sociaux et présentation de bilans inexacts[.
En 2006, Cambadélis faisait partie des 17 personnes comdamnées dans l’affaire de la MNEF : il s’agit d’une affaire de détournement de fonds, d’enrichissement personnel et d’emplois fictifs qui a touché la Mutuelle nationale des étudiants de France dans les années 1990, impliquant notamment des personnalités liées au Parti socialiste (PS). La Cour des comptes avait dès 1982 critiqué la gestion de cette mutuelle par la direction et les salariés. Mais c’est une enquête de Libération parue le 7 avril 1998 qui révèle le scandale ; en septembre 1998 le parquet de Paris ouvre une enquête pour faux, usage de faux, abus de confiance, recel et prise et conservation illégale d’intérêts. On constatera que, entre 1982 et 1998, les dérives de gestion de la MNEF furent innombrables : salaires exorbitants, embauches basées sur le favoritisme, dons d’argent complaisants, création de filiales opaques pour rémunérer de jeunes personnalités politiques, système de fausses factures, emplois fictifs et enrichissement personnel.
En mars 2004, dans le volet financier de l’affaire, l’ancien directeur de la MNEF Olivier Spithakis a été condamné à deux ans de prison dont six mois avec sursis pour complicité d’abus de biens sociaux, détournements de fonds publics et abus de confiance. Le 2 juin 2006, dans le procès des emplois fictifs de la MNEF, 17 personnes ont été condamnées à des peines de prison avec sursis et des amendes : la plupart étaient couvertes par la loi d’amnistie du 3 août 1995, qui effaçait les condamnations ou poursuites pour des faits commis avant le18 mai 1995. Jean-Christophe Cambadélis a été condamné pour recel d’abus de confiance à six mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende, pour une prétendue mission de conseil sur les étudiants étrangers entre 1991 et 1995 qui lui avait rapporté 620.000 francs (95.000€)…
Jamais deux sans trois : Cambadélis a été condamné le 4 septembre 2024 pour détournement de fonds publicspar le tribunal correctionnel de Paris car il s’était servi de l’argent censé couvrir ses frais de mandat parlementaire pour un usage personnel. Chaque membre de l’Assemblée nationale reçoit chaque mois une Indemnité Représentative de Frais de Mandat (IRFM), comparable au remboursement de frais professionnels dans le monde de l’entreprise : elle vise à couvrir les « diverses dépenses liées à l’exercice de leur mandat qui ne sont pas directement prises en charge ou remboursées par l’Assemblée ». Cette indemnité évite aux parlementaires de devoir établir des notes de frais ; elle sert en général à payer le loyer d’une permanence ou d’un bureau, l’essence nécessaire pour parcourir sa circonscription, des gerbes de fleurs pour les cérémonies officielles, des coupes pour les tournois sportifs, un site internet, etc. Elle est versée sur un compte bancaire dédié ; les parlementaires sont censés restituer les sommes non utilisées en fin de mandat En 2017, cette IRFM se montait à 5 372,80 € nets par mois.
Entre 2015 et 2017, alors qu’il était député de Paris, Cambadélis a détourné 114.057 euros provenant de son indemnité pour payer des dépenses personnelles, incluant :
- plus de 30.000€ de loyers pour son domicile personnel,
- 25.000€ de cotisations au Parti socialiste,
- 10.000€ de voyages personnels, dont un en Corse et un à Prague,
- 18.000€ pour payer des dommages et intérêts liés à ses condamnations antérieures.
Puisque Cambadélis avait « sciemment utilisé des fonds mis à sa disposition à des fins contraires à leur objet », il avait bien commis un détournement de fonds publics ; en effet, il ne pouvait ignorer que, depuis 2015 et le scandale Cahuzac, les règles d’utilisation de l’indemnité s’étaient durcies : l’IRFM ne pouvait être utilisée pour payer des dépenses personnelles, des cotisations politiques ou des frais de campagne.
Cambadélis a fait appel de sa condamnation du 4 septembre 2024 ; mais la cour d’appel de Paris a presque maintenu les mêmes sanctions le 20 mai 2025 : 8 mois de prison avec sursis, le versement de 27 .00 euros de dommages-intérêts à l’Assemblée nationale et cinq ans d’inéligibilité. La seule différence est que l’amende de 60.000 euros est soumise au sursis !!!

IX. Jacques Chirac
Né en 1932, Jacques Chirac est devenu le 25 mars 1977 le premier maire de Paris depuis 1871 et le premier maire de Paris à être élu au suffrage universel : il venait de démissionner de son poste de Premier ministre du président Giscard d’Estaing (mai 1974-août 1976) et pensait que la mairie de Paris pouvait lui servir de tremplin pour rebondir. Il sera réélu en 1983 et en 1989, restant au total 18 ans à l’Hôtel de Ville de Paris. Mais c’est cette mandature municipale prolongée qui causera finalement sa perte en 2011, lorsqu’il ne bénéficiat plus de son immunité présidentielle : il est le premier chef de l’État français à avoir été condamné en justice.
Le nom de Chirac apparaît dans plus d’une dizaine d’affaires judiciaires mais la seule où il a été condamné concerne les emplois fictifs à la Mairie de Paris. Ce dossier réunissait deux affaires distinctes qui avaient été instruites à Paris et à Nanterre :
- 21 emplois fictifs de « chargés de mission » au cabinet de Jacques Chirac, alors qu’il était maire de Paris, entre octobre 1992 et mai 1995,
- 7 emplois fictifs à la mairie de Paris, occupés par des permanents du Rassemblement Pour la République (RPR), entre octobre 1990 à novembre 1994 : dans un rapport de mars 1999, la police avait estimé à 30 millions de frans (450.000€) le montant des salaires frauduleux versés par Paris à ces militants politiques.
L’affaire commence en décembre 1998 par la plainte d’un contribuable parisien : Pierre-Alain Brossault, imprimeur parisien et militant écologiste ; une instruction est ouverte le 6 janvier 1999 pour faux en écritures publiques, prise illégale d’intérêt, détournement de fonds publics, recel, complicité et destruction de preuves. Mais la présidence de la République par Chirac entre 2002 et 2007 le met provisoirement à l’abri. Le 21 novembre 2007, il est mis en examen pour détournement de fonds publics par la juge d’instruction Xavière Simeoni. En octobre 2009, le parquet deParis décide de ne pas faire appel de l’ordonnance de renvoi de Chirac devant un tribunal correctionnel.
En mars et septembre 2011, Chirac ne se présente pas au tribunal correctionnel de Paris pour son procès : âgé de 79 ans, il aurait des « troubles sévères de la mémoire » et « d’importantes erreurs de jugement et de raisonnement » selon un certificat médical. La Ville de Paris, principale victime de ces détournements de fonds publics, n’était pas parrie civile car, en août 2010, elle avait conclu un acccord avec Chirac et l’Union pour un mouvement populaire (UMP) pour se faire rembourser 2,2 millions d’euros : 1,65 million par le parti politique et 550.000€ par Chirac.
Le 15 décembre 2011, contre l’avis des deux procureurs qui avaient requis la relaxe et considérant que Jacques Chirac avait « manqué à l’obligation de probité qui prévaut » aux personnes investies d’un mandat électoral, le tribunal correctionnel l’a condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d’intérêt ; il encourait 150.000 € d’amende, mais les juges ne lui en ont pas mis car il n’y avait pas eu d’enrichissement personnel. Chirac n’a pas fait ppel du jugement,
L’association anti-corruption Anticor avait réussi à se porter partie civile pour dénoncer le système clientéliste de la chiraquie à Paris et pour représenter les intérêts des citoyen.nes et de la morale publique. En 2019, l’avocat d’Anticor Me Jérôme Karsenti disait à France Inter : « Je pense que c’est un procès qui a été fondamental parce qu’on a désacralisé ce qui était intouchable. On a enfin dit qu’un homme politique de premier plan, un ancien président de la République, pouvait également répondre de la justice des hommes. Il y avait cette idée que jamais la justice ne pourrait mettre son doigt là où elle était interdite d’aller. La justice est traditionnellement le serviteur de l’État, le serviteur du pouvoir. On parle souvent de la justice comme d’un contre-pouvoir… on aimerait bien ! C’est une vertu constitutionnelle à laquelle on aspire, mais la réalité c’est que la justice a souvent et longtemps été mise au service du pouvoir. Et là, finalement, la justice prenait son indépendance. »
Outre cette unique condamnation, Jacques Chirac a été mêlé à divers degrés dans plusieurs affaires, politico-financières pour la plupart :
- les HLM de la ville de Paris,
- les marchés publics des lycées d’Île-de-France,
- la Sempap, l’imprimerie de la ville de Paris,
- l’affaire des « frais de bouche » à 700€ par jour, soit 14 millions de francs pour le couple Chirac,
- les voyages gratuits, surtout de Bernadette Chirac…,
- les faux électeurs du 5ème arrondissement et la condamnation des époux Tiberi.
Jean Tiberi (maire de Paris de 1995 à 2001) et son épouse Xavière ont été reconnus coupables (en 2009 et en appel en 2013) d’avoir frauduleusement inscrit sur les listes du Ve arrondissement, en 1995 et 1997, environ 200 « faux électeurs » n’y résidant pas (mais des milliers avaient été repérés lors de l’instruction) et ayant souvent reçu en échange places en crèche et logements sociaux. Jean Tiberi a écopé de 10 mois de prison avec sursis, 10.000 € d’amende et 3 ans d’inéligibilité, son épouse a reçu 9 mois de prison avec sursis, 5000 € d’amende et 2 ans de privation de droit de vote ; ces condamnations sont devenues définitives en 2015 après le rejet de leur pourvoi en cassation.
Chirac n’a jamais été inculpé dans cette affaire mais les avocats des Tiberi ont affirmé lors du procès que la pratique des transferts d’électeurs (depuis des arrondissements acquis à la droite vers des arrondissements plus à gauche) remontait à l’époque où Chirac dirigeait la fédération RPR de Paris et la mairie.

X. Alain Juppé
Né en 1945, Alain Juppé était désigné en politique comme le « fils préféré de Jacques Chirac » – lequel n’avait eu « que » deux filles avec son épouse Bernadette… Sorti de l’ENA et du corps de l’Inspection des Finances, il devient en 1976 collaborateur de Chirac qui est Premier ministre, en tant que spécialiste des affaires économiques ; il adhére au parti de Chirac, le RPR, dès sa fondation en décembre 1976 ; en 1980-1981 il est l’adjoint de Chirac à la Mairie de Paris chargé des finances. Il est élu conseiller de Paris en 1983 et 1989 et reste pendant 12 ans le patron des finances de la capitale. Il a aussi été ministre dans les gouvernements Chirac et Balladur : délégué au Buget (1986-1988) et Affaires étrangères (1993-1995), avant d’être nommé Premier ministre de Chirac en mai 1995. Il a aussi été député et eurodéputé. Et il a été maire de Bordeaux pendant 25 ans (de manière discontinue) entre 1995 et 2019. Et en parallèle, il a dirigé les deux partis politiques créés par et pour Chirac : le RPR (1988-2002) et l’UMP (2002-2004).
Et pourtant, il est contraint de quitter la vie politique après sa condamnation en 2004 pour prise illégale d’intérêts dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Il était poursuivi à la fois comme ex-secrétaire général du RPR de 1988 à 1995 et adjoint aux finances de Paris de 1983 à 1995 : il connaissait et acceptait le système de financement occulte d’emplois fictifs de permanents du RPR, financés par la mairie de Paris et par des entreprises désireuses d’obtenir des contrats publics. Dans de nombreux cas les chefs d’entreprise étaient obligés de fournir au RPR des ressources sous la menace de se voir retirer des contrats juteux avec la mairie : c’est pourquoi 7 d’entre eux ont été relaxés.
Le 30 janvier 2004, le tribunal correctionnel de Nanterre condamne Juppé à 18 mois de prison avec sursis et une peine d’inéligibilité de 10 ans, avec des commentaires féroces : « Les valeurs de République et les valeurs du service public constituent le coeur de l’enseignement dispensé dans les grandes écoles de la République. […] Alain Juppé a précisément été formé dans celles-ci, il a ensuite exercé comme haut fonctionnaire puis joué un rôle éminent dans la vie publique. […] Dans la quête de moyens humains apparaissant nécessaires pour l’action du RPR, il a délibérément fait le choix d’une certaine efficacité en recourant à des arrangements illégaux. Agissant ainsi, Alain Juppé a, alors qu’il était investi d’un mandat électif public, trompé la confiance du peuple souverain. » Juppé fait appel de ce jugement.
Le 1er décembre 2004, la cour d’appel de Versailles se montre plus clémente : 14 mois de prison avec sursis et seulement 1 an d’inéligibilité…, en considérant que Juppé s’était « consacré pendant de nombreuses années au service de l’Etat, n’ [avait] tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l’ensemble des membres de son parti » et ne devait pas être un « bouc émissaire »… Néanmoins, les juges ont été cinglants pour son attitude politicarde et sa mauvaise foi : « Il est particulièrement regrettable qu’au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l’occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n’ait pas appliqué à son propre parti, dont il était le secrétaire général à l’autorité incontestée, les règles qu’il avait votées au Parlement. S’il a, à partir de mi-1993, fait régulariser la plupart des situations d’employés du RPR jusqu’alors rémunérés par des entreprises privées extérieures, il a, en revanche, fait le choix de maintenir l’irrégularité des situations des personnes rémunérées par la Ville de Paris que nul n’avait intérêt à mettre en évidence, dans le contexte politique municipal de l’époque. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice, l’ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. »
Ayant démissionné de tous ses mandats, Juppé est allé se réfugier au Québec : en 2005, il est accepté comme »professeur invité » à l’École nationale d’administration publique (ENAP) à Montréal… Ensuite il est revenu en France et les habitant.es de Bordeaux ont voté pour qu’il redevienne leur maire en octobre 2006. Il se fait coiffer au poteau par François Fillon pour la candidature de droite à l’élection présidentielle de 2017. Et pour sa retraite, il se fait nommer au Conseil constitutionnel le 14 février 2019, par Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale.

XI. François Fillon
Né en 1954, Fillon est entré en politique en devenant à 22 ans l’assistant parlementaire de Joël Le Theule, un membre actif du futur RPR et député de la Sarthe. Dans le RPR, il se prononce contre la monnaie unique de l’euro lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992. En 1993, il devient ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. En 2002 il participe à la campagne présidentielle de Chirac et devient un poids lourd de l’UMP. En 2003, comme ministre des Affaires sociales du gouvernement Raffarin, c’est lui qui réalise une réforme des retraites très contestée, marquée par l’allongement de la durée de cotisation à 40 ans pour les fonctionnaires et 41 ans pour l’ensemble des actifs. En 2005, sa projet de loi pour l’Education nationale et sa réforme du baccalauréat suscite une énorme contestation des lycéen.nes. En 2007, il se met au service de Nicolas Sarkozy et devient son Premier ministre. En 2012, il ne réussit pas à prendre la tête de l’UMP. Mais en 2017, il apparaît comme le favori de la droite pour l’élection présidentielle, jusqu’à la parution d’un article dans le Canard enchaîné le 25 janvier 2017 : son épouse Pénélope Fillon aurait frauduleusement perçu environ 500.000€ en tant qu’assistante parlementaire de François, député de la Sarthe depuis 1981…
Evidemment le couple Fillon nie mais François est mis en examen le 14 mars 2017 pour « détournements de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ». L’enquête révélera finalement que c’est plus d’un million d’euros d’argent public qui a été détourné par les Fillon entre 1998 et 2013 ! Penelope Fillon était fictivement l’assistante parlementaire de son mari entre 1998 et 2013 et du suppléant de celui-ci, Marc Joulaud, entre 2002 et 2007. Plusieurs éléments étaient parlants :
- Penelope Fillon ne disposait ni de badge d’accès à l’Assemblée nationale, ni d’adresse mél professionnelle officielle ;
- les collaborateurs de Fillon interrogés n’ont pas pu confirmer de manière cohérente les missions exercées par Penelope Fillon ;
- plusieurs militants interrogés n’ont aucun souvenir de sa présence à la permanence du parti de Fillon au Mans ;
- Penelope Fillon n’a pu fournir à la justice aucun document, note ou rapport qu’elle aurait rédigé en tant qu’assistante parlementaire ;
- elle faisait son travail officiellement depuis la résidence secondaire du couple à Solesmes dans la Sarthe : le manoir de Beaucé, 1107 m2, 14 chambres, acheté 400.000€ en 1993…
Et en plus, Penelope était frauduleusement rémunérée comme conseillère littéraire à La Revue des Deux Mondes entre 2012 et 2013 pour environ 100.000€ : le propriétaire de la revue, Marc Ladreit de Lacharrière, l’a reconnu lorsqu’il a choisi en octobre 2018 la reconnaissance préalable de culpabilité plutôt qu’un procès. Il a indiqué avoir fait bénéficier Penelope Fillon d’une rémunération excessive, puis fictive, par sa revue. Il sera condamné pour complicité de détournement de fonds publics à 8 mois de prison avec sursis et une amende de 375.000 €.
Le 29 juin 2020, François Fillon est condamné à 5 ans de prison, dont deux fermes, et 10 ans d’inélégibilité ; Penelope Fillon est condamnée à 3 ans de prison avec sursis ; elle et lui doivent chacun payer 375.000€ d’amende et rembourser plus d’un million d’euros à l’Assemblée nationale, qui s’était constituée partie civile. Le couple est aussi déclaré coupable de complicité de recel d’abus de bien social concernant l’emploi fictif de Penelope Fillon à La Revue des deux Mondes. Marc Joulaud est condamné à 3 ans avec sursis et une inéligibilité de 5 ans. Les trois complices font appel.
Le 9 mai 2022, la cour d’appel de Paris condamne F. Fillon à 4 ans de prison, dont 1 an ferme, 375.000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité ; P. Fillon écope de 2 ans de prison avec sursis et 60.000€ d’amende pour Penelope Fillon. Le couple se pourvoit en cassation.
Le 24 avril 2024, la Cour de cassation confirme définitivement leurs condamnations. Mais elle estime que la cour d’appel n’avait pas suffisamment motivé la partie ferme de la peine prononcée contre François Fillon et donc ordonne un autre procès sur ce point précis ainsi que sur les dommages et intérêts dus.
Le 17 juin 2025, la Cour d’appel de Paris réévalue la peine de François Fillon : 4 ans de prison, tous avec sursis, 375.000€ d’amende et 5 ans d’inéligibilité ; Penelope doit rembourser 800.000€ à l’Assemblée nationale. F. Fillon dépose un pourvoi en cassation mais le retire en février 2026.

XII. Nicolas Sarkozy
C’est le 30 novembre 2026 que sera connue la décision de la cour d’appel de Paris dans le procès de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire du financement de la campagne électorale de Sarkozy en 2007 par le président de la Libye Mouammar Khadafi. Un tel procès n’aurait jamais eu lieu sans la compétence, l’honnêteté et la ténacité de deux journalistes de Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske, qui enquêtent depuis 12 ans sur cette affaire d’Etat.
Rappelons que, le jeudi 25 septembre 2025, Sarkozy avait été reconnu par le tribunal correctionnel de Paris coupable d’association de malfaiteurs pour avoir « laissé ses proches », Claude Guéant et Brice Hortefeux notamment, démarcher le pouvoir libyen afin d’obtenir du financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007. Il avait été condamné à cinq ans de prison ferme, avec mandat de dépôt à effet différé ; il avait été relaxé des chefs de corruption, détournement de fonds public et financement illicite de campagne.
Les trois compères Sarkozy, Guéant et Hortefeux ayant fait appel, un second procès s’est tenu à la cour d’appel de Paris du 16 mars au 3 juin 2026. Le réquisitoire du parquet général (les magistrat.es du ministère public qui doivent défendre la société contre les individu.es qui violent la loi) a duré trois jours à la mi-mai 2026 et est conforme à celui du Parquet national finzancier (PNF) : 7 ans de prison ferme, 300.000€ d’amende et 5 ans d’inéligibilité. Le ministère public veut faire reconnaître Sarkozy coupable non seulement d’association de malfaiteurs, mais aussi de corruption, de financement illégal de campagne et de recel de détournement de fonds publics ; il soutient que Sarkozy a délibérément cherché des fonds occultes auprès de Mouammar Kadhafi et estime que les faits reprochés relèvent « des plus hauts niveaux de gravité que la République ait pu connaître ». Un tournant du procès fut le courrier signé de Claude Guéant que celui-ci a adressé à la cour d’appel le 14 avril 2026 et dans lequel il affirme que Sarkozy était bien au courant des »tractations » confidentielles que menaient Guéant et Hortefeux en Libye (voir plus bas dans le paragraphe Guéant).
L’affaire du financement libyen de 2007 n’est pas la seule dans laquelle est englué l’ancien président de la République, qui le 16 janvier 2009 avait furieusement déclaré au corps diplomatique français : « 2009 peut être l’année de naissance d’un nouveau capitalisme, d’un nouvel ordre mondial [..;] : on ira ensemble vers ce nouvel ordre mondial et personne, je dis bien personne, ne pourra s’y opposer. »
Dans l’affaire dite des écoutes ou Azibert-Bismuth, affaire judiciaire commencée en 2014, Sarkozy et son avocat et ami Thierry Herzog ont corrompu un magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, pour qu’il les renseigne sur les enquêtes judiciaires qui les concernaient directement, notamment l’affaire Woerth-Bettencourt. Cela a été prouvé par des écoutes sur des téléphones portables enregistrés sous de faux noms : Me Herzog avait ouvert une ligne pour Sarkozy au nom de Paul Bismuth, dans l’espoir de déjouer la surveillance de la police.
Sarkozy a été d’abord condamné le 1er mars 2021 pour corruption active et trafic d’influence par le tribunal judiciaire de Paris, à trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme à purger sous bracelet électronique. La présidente du tribunal avait déclaré : « La preuve du pacte de corruption ressort d’un faisceau d’indices graves, précis et concordants résultant des liens très étroits d’amitié noués entre les protagonistes, des relations d’affaires renforçant ces liens […] et des écoutes téléphoniques. » L’avocat Herzog et le magistrat Azibert avaient eu la même peine, avec en plus pour Herzog une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant cinq ans pour cause de violation du secret professionnel.
Les trois compères font appel, de même que le Parquet national financier (PNF) qui avait requis une peine plus lourde contre l’ex-président Bling-Bling. Le procès s’est tenu à la cour d’appel de Paris du 5 au 16 décembre 2022. L’arrêt du 17 mai 2023 confirme la sanction : Sarkozy est condamné à 3 ans de prison dont un ferme sous surveillance électronique et 3 ans de privation des droits civiques ; Thierry Herzog écope de la même peine plus 3 ans d’interdiction d’exercer son métier et Gilbert Azibert à 3 ans de prison dont un ferme. Le 18 décembre 2024, la Cour de cassation confirme la décision de la cour d’appel de Paris. Sarkozy a été obligé de porter un bracelet électronique à la cheville entre le 7 février 2025 et le 14 mai 2025 : ce jour-là, il a bénéficié d’une libération conditionnelle en raison de son âge…
Cependant, la Cour européenne des droits humains (CEDH) a déclaré le jeudi 9 juillet 2026 qu’elle recevait la demande de Sarkozy dans cette affaire : l’utilisation de conversations téléphoniques entre l’ancien président et son avocat a-t-elle violé le secret professionnel, le droit à la vie privée et le droit à un procès équitable ? Si la CEDH répondait Oui et condamnait la France, Sarkozy pourrait demander un nouveau procès…
Enfin, Sarkozy a été condamné dans l’affaire Bygmalion sur le financement de sa campagne présidentielle perdue de 2012. Cette affaire a débuté par un article de l’hebdomadaire Le Point paru le 27 février 2014 : Jean-François Copé, alors président de l’UMP, était accusé d’avoir favorisé l’agence de communication Bygmalion (créée en 2008 par deux proches de Jean-François Copé) pendant la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012. En mai 2014, le quotidien Libération révèle que certaines des prestations facturées 18 millions d’euros à l’UMP n’auraient jamais eu lieu. Copé démissionne de la présidence de l’UMP le 15 juin 2014 et bénéficiera par la suite d’un non-lieu ; il fera condamner Le Point pour diffamation en 2017 et 2019 puisque le journal l’avait accusé d’avoir volé l’UMP.
Le 27 juin 2014, le parquet de Parquet demande l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour faux et usage de faux, abus de confiance, tentative d’escroquerie et complicité et recel de ces délits. Le 13 novembre 2014, France 2 diffuse un documentaire intitulé Bygmalion, guerre des chefs : la fin de l’UMP ? : le patron de Bygmalion, Guy Alvès, avoue publiquement avoir mis en place un système de double comptabilité à la demande de l’UMP pour masquer les dépenses de campagnes exagérées de Sarkozy. Le 16 février 2016, Sarkozy est mis en examen pour « financement illégal de campagne électorale ». Le 3 février 2017, le juge d’instruction Serge Tournaire ordonne le renvoi devant le tribunal correctionnel de Sarkozy et 13 autres personnes : ce renvoi est confirmé le 1er octobre 2019 par la Cour de cassation.
Le procès au tribunal correctionnel de Paris s’est enfin tenu du 20 mai au 22 juin 2021 ; le parquet demandait contre Sarkozy 1 an de prison dont six mois avec sursis et 3750€ d’amende. Il avait été établi qu’un système de double facturation avait été mis en place pour masquer l’explosion des dépenses de Sarkozy : elles avaient atteint près de 43 millions d’euros, pour un maximum autorisé de 22,5 millions ; une grosse partie du coût des meetings avait été payée par l’UMP sous couvert de conventions fictives. Les 14 prévenus ont été reconnus coupables par le jugement du 30 septembre 2021 et Sarkozy écope d’un an de prison ferme, aménagé en détention à domicile sous surveillance électronique. Bien sûr il fait appel : le 14 février 2024 la cour d’appel de Paris lui accorde du sursis pour la moitié de sa peine de prison. Et le 26 novembre 2025, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi, rendant définitive sa condamnation pénale.


XIII. Claude Guéant
Né en 1945, ce haut fonctionnaire a fait ses classes entre 1971 et 1994 dans des cabinets ministériels et des préfectures avant de de venir l’homme de confiance de Charles Pasqua lorsque celui-ci est ministre de l’Intérieur entre 1993 et 1995 dans le gouvernement d’Édouard Balladur. Claude Guéant devient en 1994 directeur général de la police nationale. Entre 1998 et 2002 il redevient préfet (en Franche-Comté puis en Bretagne) avant de devenir un fidèle de Nicolas Sarkozy en 2002 : il est son directeur de cabinet quand Sarkozy est ministre de l’Intérieur puis de l’Economie. Il dirige la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 et il obtient le poste de secrétaire ganéral de l’Elysée quand Sarkozy devient président. En 2011, il succède à Brice Hortefeux au ministère de l’Intérieur.
La première condamnation de Guéant survient en novembre 2015 au tribunal correctionnel de Paris pour l’affaire dite des « primes en liquide du ministère de l’Intérieur », au terme d’une enquête qui avait commencée en juin 2013. C’est une affaire de détournement de fonds publics, infraction qui porte atteinte à des principes fondamentaux de la République (probité, transparence et bon usage des deniers publics) et qui, lorsqu’elle est commise par un agent public, est passible de 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende (article 432-15 du code pénal).
Lorsqu’il était directeur de cabinet de Sarkozy entre 2002 et 2004, lui et d’autres membres de ce cabinet se versaient des primes en liquide en puisant, avec l’accord tacite du directeur de la police nationale Michel Gaudin, dans une enveloppe destinée aux frais d’enquête et de surveillance (FES) des policiers. Cette pratique était interdite depuis 2002. L’enquête avait établi qu’il se versait chaque mois 5.000€, qui s’ajoutaient à son traitement de 8000€ et à des indemnités de 2.200 euros : soit plus de 15.000 euros par mois pour vivre décemment ! La procédure judiciaire visait un montant global de 210.000 euros
Le vendredi 13 novembre 2015, Guéant a été condamné en première instance à deux ans de prison avec sursis, 75.000 euros d’amende, versement de dommages et intérêts, remboursement de l’argent volé et cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique ; le DG de la police nationale et les 3 collaborateurs de Guéant ont aussi été condamnés. Guéant a fait appel mais, le lundi 13 janvier 2017, la cour d’appel de Paris confirme le jugement et aggrave la sanction : un an ferme de prison sur les deux années. Cette condamnation est devenue définitive lorsque la cour de cassation a rejeté son pourvoi en janvier 2019.
Reconnu coupable de complicité de détournement de fonds publics et de recel, Guéant purgeait sa peine sous le régime de la liberté conditionnelle et il devait payer son amende et les dommages-intérêts dus. Pour cela, il avait assez d’argent puisque, selon Mediapart, il recevait au moins 13.000€ par mois d’une obscure fondation nommée Soh Tchinda et il était aussi ambassadeur de l’Organisation internationale de développement économique. Voyant qu’il ne se pressait pas pour rembourser le Trésor public, la cour d’appel de Paris a révoqué une partie de son sursis et de sa liberté conditionnelle le 9 novembre 2021 : il a donc été incarcéré à la prison de la Santé le 13 décembre 2021. Il en est sorti le 9 février 2022 avec une libération conditionnelle et un bracelet électronique…
La seconde grosse affaire délictuelle de Claude Guéant est celle des »sondages de l’Elysée », qui concerne la période 2007-2012 où Guéant était secrétaire général de l’Elysée sous les ordres de Sarkozy. En 2009, la Cour des comptes vérifie pour la première fois les finances de l’Elysée et constate des irrégularités dans l’attribution de marchés ; l’association anticorruption Anticor dépose alors plainte pour favoritisme mais aucune enquête n’aura vraiment lieu jusqu’à la fin 2012. Finalement, c’est le parquet national financier (PNF) qui, en 2018, renverra Guéant et d’autres proches de Sarkozy devant un tribunal correctionnel pour « détournement de fonds publics par négligence » et « favoritisme » ; Sarkozy n’était pas inquiété car protégé par son immunité constitutionnelle.
Ainsi, de 2007 à 2012, Guéant a participé à la commande de sondages et la signature de contrats de conseils sans respecter la procédure pour l’attribution des marchés publics, c’est-à-dire sans publicité ni mise en concurrence. Ces sondages et prestations étaient commandées par la présidence de la République mais servaient en réalité à préparer la campagne de réélection de Sarkozy ; les bénéficiaires étaient des proches de Sarkozy : son conseiller Patrick Buisson, l’ancien paron d’Ipsos Pierre Giacometti et l’institut Ipsos. Au total, le PNF estimait que les sondages sans appel d’offres avaient coûté aux contribuables 4,7 millions d’euros et 2,7 millions d’euros pour les dépenses de conseils.
Au procès de première instance à l’automne 2021, Guéant s’était notamment défendu en déclarant : « On m’avait dit que l’Élysée échappait au droit commun de la gestion publique »… En janvier 2022, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamné à un an de prison, dont huit mois fermes, pour favoritisme et détournement de fonds publics ; Patrick Buisson, Pierre Giacometti et l’institut de sondage Ipsos ont aussi été condamnés. Guéant a fait appel et sa peine a été allégée par la cour d’appel de Paris le 4 novembre 2025 : un an de prison avec sursis et 15.000€ d’amende. À ce procès en appel, l’avocat de l’association Anticor, Me Jérôme Karsenti, avait regretté que Nicolas Sarkozy n’ait pu être inculpé : « C’est la deuxième grande affaire de financement électoral » de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012 après celle dite de Bygmalion, car c’est avec ces sondages « qu’il a préparé sa campagne ».
La troisième affaire délictuelle gravissime de Claude Guéant est le financemet libyen de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. Dans ce dossier, 11 autres individus étaient poursuivis en 2025, dont bien sûr Sarkozy, et l’ancien ministre Brice Hortefeux. Le jeudi 25 septembre 2025, Guéant a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Paris, avec Brice Hortefeux, d’avoir mené des discussions en 2005 avec la Libye de Mouammar Kadhafi dans le but d’obtenir un financement occulte de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 : la preuve qu’un tel financement a finalement eu lieu n’a pas été établie par la procédure, mais l’avoir préparé suffit à caractériser le délit d’associations de malfaiteurs. Guéant est le seul à avoir été reconnu coupable de tous les délits dont il était accusé : usage de faux, blanchiment aggravé, trafic d’influence, corruption passive et association de malfaiteurs ; il a été condamné à 6 ans de prison ainsi qu’à une amende de 250.000 euros. Des faits « d’une gravité exceptionnelle » et « de nature à altérer la confiance des citoyens » ont écrit les juges. Mais, tenant compte de son âge et de son état de santé, le tribunal n’a pas assorti cette peine de mandat de dépôt. Brice Hortefeux, lui, a été déclaré coupable d’association de malfaiteurs et condamné à deux ans de prison, une peine aménageable à effectuer sous bracelet électronique à son domicile.
Pendant le procès en appel en 2026, un événement a été la lettre que Claude Guéant a fait parvenir à la cour le 14 avril 2026 pour contrer la défense de Sarkozy qui voulait lui faire entièrement porter la responsabilité des entretiens menés en 2005 en Libye. Dans cette lettre de trois pages, Guéant a affirmé que Sarkozy lui avait demandé de regarder le dossier de la situation pénale de Abdallah Senoussi, à la fois chef des services de renseignements militaires et beau-frère de Kadhafi : « La demande d’examen de la situation de Senoussi vient de Kadhafi lui-même. Lors du dîner officiel à Tripoli en juillet 2007, après la libération des infirmières bulgares, Nicolas Sarkozy m’a fait appeler pour que Kadhafi répète devant moi la préoccupation qu’il venait de lui exprimer concernant Senoussi. Comme il le faisait souvent, Nicolas Sarkozy conclut en me disant : “Claude, voyez cela.” » Claude Guéant détruisait donc la défense de Sarkozy, qui avait toujours nié avoir été informé des rencontres confidentielles de Guéant et Hortefeux avec Senoussi en 2005. Guéant affirmait aussi dans sa lettre que Sarkozy était au courant des quatre voyages que son bras droit avait faits en Libye entre 2008 et 2010 : « Nicolas Sarkozy était forcément au courant puisque pendant ces courts déplacements, j’étais absent du bureau […]. Bien sûr, ces déplacements se sont faits à la demande du président. » Et l’ancien secrétaire général de l’Elysée insistait sur sa « loyauté » envers l’ancien président de la République : « Tout au long de ma collaboration avec Nicolas Sarkozy, je n’ai jamais été guidé par un intérêt personnel […]. Je n’ai jamais fait que servir de mon mieux le ministre puis le président, suivre ses instructions, et veiller à la mise en œuvre de sa politique. »
Guéant n’a jamais été présent pendant le procès en appel à cause de on état de santé. En mai 2026, les réquisitions du ministère public contre lui étaient : six ans d’emprisonnement, une amende de 100.000 euros, la confiscation de son appartement de 90 m² dans le 16e arrondissement de Paris et la restitution de sa résidence secondaire à Durtal (au bord du Loir dans le Maine-et-Loire). Le jugement sera rendu par la cour d’appel de Paris le 30 novembre 2026.

XIV. Marine Le Pen
La condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics qui avait eu lieu en correctionnelle le 31 mars 2025 a été confirmée le 7 juillet 2026 par la cour d’appel de Paris : l’ancienne présidente du Rassemblement national est bien coupable (avec 24 autres individu.es) d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un système de détournement des rémunérations des assistant.es des eurodéputé.es du RN pour payer des personnels du Front national puis du RN.
La cour d’appel est revenue sur la sévérité du tribunal judiciaire en 2025 en réduisant la période d’inéligibilité de Le Pen à 45 mois au lieu de 5 ans mais surtout en lui accordant 30 mois de sursis : la politicienne n’a donc eu que 15 mois d’inéligibilité et comme cette période avait commencé le 31 mars 2025, elle pourra se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Elle a également été condamnée à 100.000 € d’amende, tandis que son parti le RN va devoir payer une amende de 2 millions d’euros (dont 1 million avec sursis…). Enfin, les 4 ans de prison (dont deux avec sursis) dont Le Pen avait écopé au tribunal correctionnel ont été ramenés à 3 ans, dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique.
La cour d’appel n’a pas reconnu l’enrichissement personnel de Marine Le Pen mais François Asselineau lors d’un entretien avec Nicolas Stoquer, publié le 13 juillet 2026 sur la chaîne Youtube de Géopolitique profonde (GPTV), insistait « sur le fait qu’il s’agit quand même d’un détournement de fonds publics pour financer le majordome de Jean-Marie Le Pen, un chauffeur… il y a des gens comme ça qui ont vécu sur la bête avec des fonds européens. Ce n’est pas de l’enrichissement strictement personnel mais enfin c’était pour assurer un train de vie qui sinon n’aurait pu être assuré que sur ses fonds personnels. »
Rappelons pour finir l’hypocrisie de la fille de Jean-Marie Le Pen en 2013 en pleine affaire Cahuzac. Elle avait affirmé sur le plateau de Public Sénat, le 5 avril 2013, que le Front national n’était pas « éclaboussé » par ce type d’affaires et que sa propre veste était « immaculée » : « Le Front national, non, et moi, ma veste est immaculée, voilà. Ils auront beau s’agiter, ils n’arriveront pas à me salir, parce que j’ai une éthique, j’ai une morale, que je m’y tiens. Et moi, quand je réclame l’éthique et la morale, je me l’applique à moi-même. […] J’ai entendu le Président [Hollande] dire qu’il faudrait rendre inéligibles à vie ceux qui ont été condamnés pour corruption et fraude fiscale : jusque-là j’étais parfaitement d’accord, c’était dans mon projet présidentiel. […] Quand allons-nous tirer les leçons et effectivement mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ?»
Après l’arrêt de la cour d’appel de Paris le 7 juillet 2026, Le Pen s’est pourvue en cassation. Le lendemain, la Cour de cassation a indiqué qu’elle devrait pouvoir statuer « au plus tard début avril 2027 » sur ce pourvoi, ce qui suspend la peine infligée à la femme politique : la perspective d’une campagne présidentielle sous bracelet électronique s’est éloignée…

Auteure et choix des illustrations : Jocelyne Chassard
Sources :
Wikipedia
https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/l-argent-libyen-de-sarkozy
https://www.lexbase.fr/article-juridique/65478260-revueenpdf
https://www.wsws.org/francais/News/2004/fevrier04/030204_Juppecondamne.shtml
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