Ducros et Lustucru échappent au rappel malgré les pesticides interdits
Auteur(s) France-Soir Publié le 15 juillet 2026 – 13:25

©A.G.Photographe/Flickr
Six semaines après l’alerte sur des pesticides interdits détectés dans du riz et des épices vendus en France, le paprika Ducros et le riz Taureau ailé restent en rayon malgré des taux de résidus supérieurs aux limites légales. Aucun rappel n’a été déclenché, alors que la surveillance alimentaire repose presque entièrement sur les contrôles menés par les industriels eux-mêmes.
Reporterre rapporte que le 19 mai, l’ONG Foodwatch a rendu publics les résultats d’analyses commandées à un laboratoire indépendant accrédité : sur 15 produits vendus en France, douze contenaient des traces de pesticides prohibés en Europe, et deux dépassaient les limites maximales de résidus. Ces deux produits auraient dû être rappelés selon l’ONG. Un mois et demi plus tard, ils sont toujours vendus, et le ministère de l’Agriculture n’a pas répondu aux sollicitations du journal. Ducros affirme que ses propres analyses, menées avant commercialisation, confirment la conformité de ses produits, mais refuse de les transmettre. La marque calcule la concentration de pesticides dans ses épices avec un coefficient plus permissif que celui du laboratoire mandaté par Foodwatch, un coefficient établi par le lobby européen des producteurs d’épices plutôt que par une référence sanitaire indépendante. Lustucru affirme de son côté que ses propres tests n’ont détecté aucun pesticide sur le lot incriminé, sans les rendre publics non plus. Pour Delphine Batho, ancienne ministre de l’Écologie aujourd’hui députée, « le gouvernement offre un consentement à l’empoisonnement alimentaire de la population ».
Le problème dépasse la seule France. Les mêmes tests, menés aussi en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, portent sur 64 produits, dont 45 positifs aux pesticides interdits. L’organisation réclame une limite maximale de résidus ramenée à zéro pour tous les pesticides non autorisés, et s’oppose à un projet de simplification réglementaire européenne qui assouplirait les contrôles.
Selon cette enquête, le vide juridique qui permet cette situation tient à un principe simple. Un pesticide interdit d’usage sur le sol européen n’est pas automatiquement interdit dans l’alimentation qui y est importée. Le Sénat a voté une mesure pour combler cette faille dans la loi d’urgence agricole, dont l’avenir se joue le 16 juillet en commission mixte paritaire.
Un précédent éclaire les enjeux sanitaires réels de ce laxisme. D’après Le Monde, la teneur en anthraquinone détectée dans le riz Taureau ailé atteint 0,027 mg/kg, près de trois fois le seuil légal fixé à 0,01 mg/kg. Un autre riz basmati de la même marque avait déjà fait l’objet d’un rappel massif en 2023, pour une contamination au chlorpyrifos, un insecticide interdit depuis 2020 en raison de sa toxicité pour le cerveau des jeunes enfants.
Bayer, Syngenta et BASF ont par ailleurs multiplié les interventions auprès du gouvernement en 2025 pour préserver l’usage de certaines substances controversées, d’après le registre officiel de la transparence de la vie publique. En attendant un hypothétique sursaut de l’État, la meilleure protection du consommateur reste, pour l’instant, son propre porte-monnaie, entre bio pour les épices et riz européen pour le reste.
Source : France Soir
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