Dinan. Jean-Philippe, gendarme et banquier

http://www.letelegramme.fr/images/2016/12/31/jean-philippe-lecoq-originaire-de-plumaugat-pres-de-broons_3235899_540x325p.jpg?v=1
Jean-Philippe Lecoq, originaire de Plumaugat près de Broons, a passé ses congés de fin d’année à patrouiller sur le marché de Dinan. Il retrouve dès cette semaine son bureau d’employé de banque.

Peut-être l’avez-vous croisé sur le marché de Noël : Jean-Philippe est l’un des réservistes qui renforcent la brigade de gendarmerie de Dinan pendant les fêtes de fin d’année. Quand il retire l’uniforme, c’est pour revêtir son costume de banquier.

De qui a-t-on le plus besoin : d’un ami banquier ou gendarme ? Ceux de Jean-Philippe Lecoq ont les deux ! « Il y a toujours quelqu’un pour me demander : si j’ai des frais bancaires, tu me les remettras ? Ou pour me demander de faire sauter une contravention… La réponse est toujours non », s’amuse le jeune homme de 24 ans. 1,83 m, 93 kg, il n’a pas la carrure d’un banquier. Et pour cause, depuis quatre ans, il est gendarme réserviste. Pendant ses jours libres, celui qui a « toujours voulu être gendarme » enfile l’uniforme pour aider les brigadiers du département.

« Pas des pots de fleurs »

Le Plumaugatais fait partie des huit réservistes : étudiants, actifs ou gendarmes retraités, qui aident la brigade de gendarmerie de Dinan pendant les fêtes de fin d’année. Moyennant rémunération. « Lors du marché de Noël, nous avons patrouillé à pied, prend-il pour exemple. Nous sommes allés dans les boutiques, les gens sont rassurés. C’est ça qui motive : aider les gens, être proches d’eux. »

« Femme battue »

Les brigades du département peuvent l’appeler pour des missions diverses : contrôles avec les motards, patrouilles à pied ou en voiture… voire surveiller un match à Guingamp ou le festival des Vieilles Charrues. « Nous faisons surtout de la prévention, rarement de la répression. On a une vraie contribution, on n’est pas là pour rester comme des pots de fleurs. » Son intervention la plus musclée ?

« C’était à Dinan, l’été 2015, se souvient-il, se faisant plus sombre. Nous étions à la brigade, un dimanche matin, quand une femme est venue déposer plainte pour violences conjugales. C’est choquant de voir une femme qui a été battue. Nous sommes allés interpeller l’homme à son domicile. Nous, réservistes, étions à l’arrière du bâtiment, pour l’empêcher de fuir. Je me souviens de sa rage. Il insultait tout le monde. Sur la minute, quelqu’un qui n’est pas préparé peut être très choqué. Il faut savoir prendre de la distance. » L’arme à feu ? « C’est surtout impressionnant pendant la première formation ». Depuis, il s’en sert lors des remises à niveau, tous les six mois. Jamais en service. Jean-Philippe reste discret sur son travail de réserviste, y compris auprès de ses amis : « Je n’en parle pas plus que ça. Ça peut en bloquer certains, ça a déjà été le cas, mais à 99,9 % ils s’en fichent. »

Deux états d’esprit

Cette semaine, il remet sa casquette de banquier, son autre passion. Devenue son « vrai » métier. « Je suis quelqu’un de très raisonnable, confie-t-il. J’ai commencé un BTS Négociation pour m’assurer, au cas où je raterais le concours de gendarme. » Puis il s’est pris au jeu. Détenteur d’une licence pro Banque, le voilà gestionnaire de clientèle dans une agence bancaire, à Loudéac, depuis deux ans. « Quand quelqu’un arrive à la banque, je me présente, puis j’essaie de connaître le client que j’ai en face de moi. Comme quand je suis gendarme. C’est un contact différent mais il y a du challenge. » La comparaison s’arrête là. « Le gendarme ne compte pas ses heures. On ne sait jamais sur quelle situation on va tomber. Ce n’est pas le même état d’esprit. »

130 jours de réserve en 4 ans

Aujourd’hui, le banquier cumule 130 jours de réserve en quatre ans. « Je ne mettrai quand même pas mon entreprise en difficulté pour la réserve. » Ce qui ne l’empêche pas de regarder ses mails de temps en temps. « On en reçoit tous les deux ou trois jours de la part de brigades qui recherchent des renforts. » Alors il prend sur ses vacances. « J’ai quand même eu quatre semaines de repos cet été. » Il se ravise : « Ah non, j’ai fait deux semaines de réserve… Après, c’est une volonté. J’adore ça. Sinon, je n’irais pas me contraindre. » Et modeste, en plus.
Source :  Le Télégramme

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.