Meurtre du Casque bleu Florian Montorio : Hezbollah, Tsahal ou des collabos libanais d’Israël ???

Le samedi 18 avril 2026, au sud-Liban, un Casque bleu français de la FINUL a été tué dans une embuscade et trois autres soldats français blessés sont soignés à Beyrouth. Le corps du sergent-chef Florian Montorio devait être rapatrié en France ce dimanche. Sans aucune preuve, Macron accuse le mouvement de résistance Hezbollah, qui a nié fermement être responsable de l’attaque. Le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du Général commandant la FINUL en 1988 et 1989, ancien conseiller en relations internationales au ministère de l’Intérieur, et actuellement conseiller en stratégie internationale, a une autre hypothèse.

Florian Montorio avait 40 ans, il était rattaché au 17ᵉ régiment du génie parachutiste de Montauban et il faisait partie du contingent français de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) au sud du Liban : ce contingent comprend environ 600 Casques bleus qui sont stationnés à la base de Deir Kifa, un peu au sud du fleuve Litani. Le chef d’état-major de la FINUL est le général de division français Paul Sanzey. Il est également représentant militaire de la France au Sud-Liban. Une quinzaine de militaires français sont par ailleurs insérés au sein de l’état-major de la FINUL. Au 30 mars 2026, la FINUL comptait 7 505 soldats de la paix provenant de 47 pays différents.

Samedi 18 avril 2026, le sergent-chef Florian Montorio et d’autres soldats français participaient à une mission de déminage d’une route à Al-Ghandouriyé, près de la base de Deir Kifa : leur convoi a été pris dans une embuscade, des coups de feu ont été tirés, Florian Montorio a été tué, trois autres soldats ont été blessés, dont deux grièvement. Le corps de Florian Montorio devait revenir en France dimanche 19 avril 2026, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon : « En revanche, quant à la question de l’hommage national, ni la date ni les modalités ne sont aujourd’hui définies et précisées. » Elle a ajouté que les trois soldats blessés étaient soignés à Beyrouth et que leur rapatriement en France pourrait être décidé dans les tout prochains jours.

Le gouvernement libanais a assuré qu’il mettrait tout en œuvre pour arrêter les auteurs de cette embuscade et que cette enquête serait une priorité absolue. Fin mars-début avril 2026, trois Casques bleus indonésiens avaient déjà été tués dans des explosions et trois autres blessés : pour l’instant le auteurs de ces meurtres restent inconnus, même si la présence d’un char israélien sur les lieux a été avérée…

Alors que l’enquête sur la mort de Florian Montorio n’a même pas commencé, quatre personnalités françaises ont pourtant déjà pointé le doigt vers le Hezbollah, mouvement militaire et politique de résistance à Israël au Liban depuis les années 1980. Le 18 avril 2026, E. Macron déclare sur son compte X : « Tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah ». Le 19 avril, la porte-parole Maud Bregeon affirme sur BFMTV qu’« il y a des suspicions évidentes sur l’implication du Hezbollah ». Le même jour, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot insiste sur Radio J : « Tout laisse à penser que le Hezbollah est responsable » ; interrogé sur la responsabilité de l’Iran, M. Barrot l’a juge « accablante » et dénonce « le soutien de l’Iran à des milices qui déstabilisent la région et qui dans le cadre de cette guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ont pris pour cible des pays voisins et des soldats français ».

Stéphane Dujarric, porte parole français d’Antonio Guterres (le secrétaire général l’ONU), a déclaré dans un communiqué de presse : « Selon une déclaration préliminaire de la FINUL, les Casques bleus ont essuyé des tirs de la part d’acteurs non étatiques, présumés appartenir au Hezbollah ».

Dès le 18 avril, le Hezbollah a démenti dans un communiqué toute implication dans cette attaque meurtrière : « Le Hezbollah nie avoir un lien avec l’incident survenu avec la Finul » ; il a appelé à « faire preuve de prudence […] avant d’attribuer des responsabilités concernant l’incident, en attendant les résultats de l’enquête de l’armée libanaise ».

Ainsi, le Hezbollah est immédiatement et sans preuve accusé par les dignitaires macronistes, alors même que, fin mars-début avril 2026, c’étaient des soldats israéliens qui ont objectivement menacé des Casques bleus français au Liban : le 28 mars, dans la zone côtière de Naqoura, certains ont pointé leurs armes sur le chef d’état-major de la FINUL, le général Paul Sanzey, et son assistant, leur ordonnant de quitter les lieux ; plus tard en milieu de journée, des soldats de Tsahal ont ouvert le feu sur un convoi logistique en mission de ravitaillement, conduit notamment par des militaires français ; puis en fin d’après-midi, le chef de corps de la Force Commander Reserve, une force de réaction rapide directement aux ordres du commandant de la FINUL, armée par un bataillon franco-finlandais, a été la cible d’un tir de char israélien. Le ministre des Affaires étrangères Barrot avait alors affirmé avoir « signifié avec la plus grande fermeté à l’ambassadeur d’Israël à Paris » la condamnation par la France de ces « graves incidents », ajoutant que « ces atteintes à la sécurité et ces intimidations de la part de soldats de l’armée israélienne à l’encontre de personnels onusiens [étaient] inacceptables et injustifiables ».

Alors, entre le Hezbollah (qui compte des Libanais chrétiens dans son mouvement de résistance) et l’armée israélienne dénommée Tsahal, qui pourrait vraiment avoir une dent contre les soldats français au Liban ? Surtout quand on sait que Bibi Netanyahou n’a pas du tout apprécié la reconnaissance par Macron, fin août 2025, de l’État de Palestine ? Le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du Général commandant la FINUL en 1988 et 1989, ancien conseiller en relations internationales au ministère de l’Intérieur, et actuellement conseiller en stratégie internationale, a donné son opinion dimanche 20 avril 2026 dans un entretien avec Raphaël Berland sur la chaîne Youtube intitulée Cercle des Volontaires : et à son avis la probabilité de ce meurtre penche plutôt vers Tsahal, ou des collabos libanais d’Israël…

La transcription des extraits de cet entretien, les propos entre crochets et les illustrations sont de Jocelyne Chassard pour Profession Gendarme.

Colonel Alain Corvez : « On voit bien que le Hezbollah dit  »C’est pas nous qui avons fait ça ». C’est vraisemblablement Israël qui a voulu augmenter les dissensions au sein du pays, le Liban, qui est déjà très divisé : le fait qu’une délégation au plus haut niveau soit allée à Washington pour discuter directement avec l’ennemi israélien [le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam] alors que cet ennemi était en train de tuer, de bombarder le Sud Liban, ça a soulevé une indignation dans beaucoup de partis politiques. Bien entendu, il y a des Libanais qui sont favorables à Israël : ils ne sont pas nombreux, ils sont loin d’être la majorité mais ils existent quand même ; eux se félicitaient que leur président et leur premier ministre aillent discuter à Washington avec Israël, ce qui ne s’était pas produit depuis 30 ou 40 ans. [Donc] il y a des forces qui sont favorables à Israël, au Liban, et qui sont prêtes à dire que c’est le Hezbollah qui a commis cet acte contre la France, parce que ça va permettre de renforcer l’hostilité qu’ils ont vis-à-vis du Hezbollah. »

« Moi qui connais bien le terrain – et je connais les villages dans lesquels ça s’est passé, je connais toute cette région que j’ai sillonnée en Jeep et en bab quand j’y étais – , je sais bien que la plupart des habitants de cette région ne sont pas favorables à Israël : ils ont connu pendant 18 ans une occupation de cette zone par les forces armées israéliennes et ils en ont gardé un très mauvais souvenir. Ces forces armées israéliennes ont été obligées de se retirer [en 2000] grâce à la résistance du Hezbollah justement – 18 ans de résistance ! – qui a forcé [Israël à quitter] cette zone qu’il contrôlait soi-disant. Donc les habitants du sud avaient gardé un très mauvais souvenir de de l’occupation de leur territoire par Israël. Mais il y avait aussi des collaborateurs déjà à l’époque et des gens qui se disaient « Mais moi, je vais tirer des bénéfices de m’entendre avec l’occupant », exactement comme en 1940 en France [avec l’occupant allemand] ; et donc il y a des gens qui avaient gardé des liens avec Israël. Et de toute façon, nous savons que, lorsque les attentats contre Hassan Nasrala et tous les grands chefs du Hezbollah [ont eu lieu] fin 2024, on sait très bien que, vu leur précision, ces frappes ont pu se faire grâce à des renseignements qu’ont donné des traîtres libanais qui étaient des agents du Mossad et qui ont donné les informations. Tout ça pour dire que Israël a depuis, depuis sa création pratiquement, attaqué le Liban avec plus ou moins de violence et par différents moyens également, [comme le recrutement d’agents] dans le territoire libanais, à Beyrouth et ailleurs. Ils ont des agents qui les renseignent et qu’ils utilisent pour ça.

Alors moi, je verrais plus probablement – bien qu’on n’ait aucune confirmation pour le moment – un attentat monté par des agents d’Israël pour justement semer un peu plus la discorde au sein des factions libanaises et en particulier porter l’opprobre sur le Hezbollah qui est la force principale qui s’oppose à Israël et donc, l’ennemi principal libanais d’Israël, c’est le Hezbollah. Et donc faire porter la responsabilité de cet attentat contre des soldats français au Hezbollah, c’est tout bénéfice pour Israël. Je le répète, pour le moment on n’a aucune confirmation justement, on n’a pas de preuve, mais à mon avis c’est certainement un acte sous faux drapeau, avec Israël derrière pour renforcer cette zizanie [au sein du Liban] : une opération menée sous faux drapeau par les agents israéliens au sein de la population libanaise. »

« Au Sud-Liban, le principal groupe de résistance c’est le Hezbollah, qui n’est pas constitué uniquement de chiites, d’ailleurs, il faut le préciser : il y a eu d’ailleurs l’annonce il y a 5-6 jours je crois, de la mort d’un soldat chrétien du Hezbollah. D’ailleurs, dans la branche politique du Hezbollah, nous savons très bien qu’il y a une alliance entre les chrétiens qui étaient derrière le général Michel Aoun – à ne pas confondre avec le général Joseph Aoun aujourd’hui qui mène une politique complètement différente. L’ancien président libanais, Michel Aoun, avait initié cette alliance entre les chrétiens (qu’ils soient maronites, grecs, catholiques, orthodoxes…) et les chiites au sein du parti Hezbollah. Il y a en outre une alliance qui s’appelle le CPL, le Courant Patriotique Libre, une alliance parlementaire au Parlement qui rassemble des députés du CPL, donc majoritairement chrétiens, et du Hezbollah. Donc au sud du Liban la résistance c’est essentiellement le Hezbollah : il peut y avoir des petits groupes affiliés mais qui, par rapport au commandement et à l’organisation, ont une importance, je dirais négligeable par rapport au Hezbollah. »

Pendant l’entretien, Raphaël Berland visionne des propos de l’ancien député français Meyer Habib comme une exemple de l’hostilité des pro-israéliens et des sionistes envers la FINUL :

« La FINUL est complice. Comme je le disais tout à l’heure, un tunnel offensif a été découvert à quelques mètres des positions de la FINUL. La FINUL était censée faire respecter la résolution de l’ONU pour que le Hezbollah et les forces armées ne dépassent pas le [fleuve] Litani. Ils n’ont rien fait. Ils ne servent à rien. Mais pire : avant, on savait qu’ils ne servaient à rien, mais là, au-delà du fait qu’il ne servent à rien, ils aident tacitement aujourd’hui le Hezbollah à construire des tunnels. » (14 octobre 2024 sur I24News et Les grandes Gueules ).

Colonel Alain Corvez : « Le Hezbollah a de bonnes relations avec la FINUL, des relations opérationnelles : chaque fois qu’il y a un incident, c’est réglé par des échanges qui sont d’ailleurs permanents avec l’état-major de la FINUL. De même que le Hezbollah a également d’excellentes relations avec ses camarades du de l’armée libanaise. Meyer Habib c’est un Israélien, il donne la position de d’Israël et Israël a toujours été hostile à la FINUL. Israël a même souvent menacé la FINUL : on sait que le général qui commande le détachement français, Pierre Sanzey, a été menacé récemment avec une arme à bout portant [le 28 mars 2026]. Israël a en permanence cherché à intimider la FINUL pour dire :  »Je vous empêcherai de faire votre boulot, qui est de séparer les combattants et de les empêcher d’entrer en conflit ». Moi, quand j’y étais, à chaque fois que l’armée israélienne se déplaçait librement dans la zone occupée au Liban, elle nous intimait [l’ordre], à nous force de l’ONU, de nous arrêter et de descendre de notre [véhicule] si on croisait un char Merkava ou un un détachement israélien. Moi personnellement, je l’ai jamais fait mais j’ai été menacé : j’ai eu des tirs de mitrailleuse au-dessus de ma jeep venant d’un poste israélien. 

Donc Israël a toujours essayé d’intimider et de menacer la FINUL, c’est pas nouveau. Pourquoi ? Parce que la FINUL est là pour faire appliquer l’accord de cessez-le-feu qui a été signé [le 26 novembre 2024] et qu’Israël n’a pas respecté. Meyer Habib n’est pas honnête quand il parle de cet accord : les armes lourdes qui étaient au sud du du fleuve Litani devaient être démontées mais le Hezbollah pouvait rester dans la partie au sud du Litani jusqu’à la frontière avec Israël, mais sans mener de combat ; et la FINUL était chargée de faire respecter ça. Et elle l’a fait parce que le Hezbollah a rempli les conditions qui étaient exigées. Mais Israël, pendant cette même période, a continué à bombarder le sud du Liban.

Et maintenant on est dans une situation pire encore puisqu’ils sont en train d’essayer une invasion du sud-Liban : maintenant tout le monde sait que, en fait, Israël considère que le Liban, au minimum jusqu’au Litani mais peut-être même au-dessus, doit faire partie de l’État d’Israël. Derrière cette tentative d’invasion du sud-Liban, il y a cette idée : ils ont emmené des colons au début pour essayer de marquer leur présence sur le territoire libanais. Mais ils n’ont pas pu parce qu’ils ont subi d’énormes pertes et ils ont été obligés de se retirer de certains points.

Alors c’est vrai que Israël a fait subir des pertes énormes au Hezbollah : mais la résistance libanaise est capable de sortir d’un trou et d’attaquer un char ou de venir attaquer les forces israéliennes. Donc même si les Israéliens peuvent faire un saut de 3 voire 5 km au nord et installer un point d’appui dans un village par exemple, ils ne peuvent pas y rester à cause du harcèlement de guerrilla du Hezbollah. C’est un combat de commando et les troupes israéliennes qui sont là ne sont pas des troupes très aguerries, elles ne sont pas capables de faire face à cette menace qui peut arriver de partout et les surprendre à tout moment. »

Le 28 août 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l’unanimité pour mettre fin à la FINUL au 31 décembre 2026 – après près de cinq décennies d’activité -, comme le réclamaient les États-Unis et Israël. Elle disposera d’un an, jusqu’au 31 décembre 2027, pour retirer, «  de façon organisée et en toute sécurité » l’ensemble de ses militaires et civils, ainsi que tout le matériel des Nations unies. Pendant cette période, la FINUL sera autorisée à mener quelques activités limitées. Que pense le colonel Corvez de cette décision ?

Colonel Alain Corvez : « Quand j’ai appris que le renouvellement de son mandat n’avait pas été voté, j’ai trouvé ça très dommage, j’ai même espéré que l’ONU reviendrait sur cette décision : parce que, même si la force des Nations-Unies au sud du Liban est souvent empêchée de mener son action à cause d’Israël, elle joue quand même un rôle très important pour aider les Libanais, elle apporte énormément de soutien moral aux Libanais, en particulier au sud mais dans tout le Liban aussi.

Il est évident qu’Israël a pris le dessus sur Trump aux États-Unis et c’est parce que Israël est de plus en plus influent auprès des États-Unis et auprès de l’Arabie Saoudite que la décision a été prise au Conseil de sécurité à New York de ne pas renouveler le mandat de la FINUL. De même que les dirigeants libanais qui sont actuellement à Beyrouth, le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam, ce sont des gens qui ont été mis en place par les États-Unis et l’Arabie Saoudite : ce sont des collaborateurs qui sont prêts à toutes les les bassesses pour rester dans les bons papiers des États-Unis, c’est-à-dire d’Israël – ou d’Israël, c’est-à-dire les États-Unis, parce que c’est absolument le même bloc. D’ailleurs, [Aoun et Salam] l’ont montré puisqu’ils sont allés à Washington rencontrer les Israéliens [et ont signé un accord de cessez-le-feu le 16 avril 2026 tout en déclarant que le Liban n’était pas en guerre avec Israël…]. »

Revenant à la mort du soldat français Florian Montorio, le colonel Corvez répète que « pour le moment, on ne peut pas dire de façon formelle que c’est Israël [qui est responsable] puisqu’on n’a pas de preuve. Mais, compte tenu de l’histoire des relations de l’armée israélienne avec la FINUL et compte tenu de la conjoncture actuelle des combats entre Israël, qui cherche à envahir le Liban et les réactions très dures du Hezbollah contre Israël, il est certain que le Mossad était tout à fait capable d’organiser une fausse attaque sur les Français. Et pour une autre raison également : Israël a critiqué le président Macron pour ses positions récentes, notamment ils ont annoncé qu’ils n’achèteraient plus d’armes à la France […] ; le Premier ministre Netanyahou et d’autres dirigeants israéliens ont très clairement dénoncé la position de la France depuis une dizaine de jours. Et donc cette attaque sous faux drapeau vient tout à fait dans le courant des reproches que Israël fait d’une manière générale à la France. »

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