Babouse, dessinateur de Charlie Hebdo reclus dans le Montreuillois et protégé par les gendarmes

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Depuis l’attentat contre « Charlie Hebdo », le dessinateur montreuillois Babouse, inquiet pour sa sécurité, a sollicité une protection. Un dispositif a été déployé par les militaires, qui veulent rester discrets.

 

Une surveillance anonyme, pour une menace indicible. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, mercredi, le Montreuillois Babouse *, dessinateur du journal satirique, est sous haute protection. «  Il ne va pas y avoir d’attaque dans le village, mais nous savons qu’il y a une surveillance en ce moment  », reconnaît un membre de l’équipe municipale. Babouse, qui a sollicité les autorités, est reclus chez lui. Sa famille serait prise en charge ailleurs.

Après avoir échappé à la tuerie alors qu’il aurait dû être présent en salle de rédaction, Babouse ne répond plus au téléphone ou à la porte de chez lui. Autour de son domicile, malgré la discrétion, le dispositif de gendarmerie est impressionnant et scrute le moindre mouvement. Plusieurs véhicules (au moins trois banalisés et un officiel) patrouillent à intervalles très réguliers. Les riverains expliquent ne pas avoir reçu de consignes. «  Hier (mercredi) soir j’ai vu une voiture de gendarmerie dans la rue, c’est rare  », se souvient une voisine. Une autre raconte que son fils, qui venait la visiter, a été contrôlé par des militaires.

Pourtant, officiellement, cette opération «  n’existe pas  », assure le capitaine Sautière, à la tête de la compagnie de Montreuil – Écuires. «  Depuis mercredi soir, il y a plusieurs dizaines de gendarmes mobilisés sur les axes de passage dans le Montreuillois  », indique toutefois le gradé, inquiet de la sécurité de ses effectifs.Pour Babouse, avec ou sans protection, la menace, d’où qu’elle vienne, est désormais permanente.

Ce jeudi, tard dans la soirée, Babouse revient vers La Voix du Nord. Alors qu’il a sûrement échappé à un massacre, qu’il a perdu de nombreux amis, qu’il est sous le choc, il s’excuse de ne pas avoir été disponible ! « J’ai passé la journée accroché au téléphone, avec des proches de copains qui y ont laissé leur vie, avec l’organisation des obsèques, de la manifestation de dimanche, il y a tellement de choses à faire », déroule le dessinateur.

Et il y a aussi le prochain numéro de Charlie Hebdo à sortir. « Je ne sais pas encore comment ça va se faire, mais Charb, Cabu, Wolinski, tous, ils auraient voulu qu’on assure, qu’on ne lâche pas leur bébé. Et surtout, ils auraient voulu absolument qu’on en rigole ! Est-ce qu’on va y arriver… On verra. Je pense qu’au début ça va être dur, puis que l’un de nous va dire une connerie, puis un autre le suivra et le processus sera enclenché. »

La surveillance des gendarmes, Babouse (régulièrement présenté sur les réseaux sociaux, par des profils anonymes, comme quelqu’un « à buter ») l’a sollicitée : « Mercredi, alors que j’apprenais les nouvelles par la radio, puis sur les chaînes d’info, un proche m’a appelé et m’a dit de me rendre à la gendarmerie pour demander une protection. » Mais il ne ressent pas forcément cette présence au quotidien. « Les gendarmes m’ont conseillé de tirer les rideaux chez moi et de ne recevoir personne. Depuis, je suis occupé sans arrêt dans mon bureau, je ne me rends compte de rien, tout paraît calme. De toute façon, normalement, il n’y a pas de risques. Ce qui me gêne plus c’est pour ma femme et ma fille. Mais les gendarmes m’ont dit que comme elles ne sont pas identifiées, si elles ne sont pas à côté de moi elles ne craignent pas grand chose. »

Malgré sa voix nouée, le dessinateur essaie de prendre un air dégagé : « Savoir qu’il y a des gendarmes dehors, ça me fait un peu de compagnie. D’ailleurs, je suis à deux doigts d’aller leur demander quelques cigarettes car je n’en ai plus. Et puis un kebab aussi, car je n’ai rien mangé de la journée ! » Mais il reprend vite son sérieux : « Que ce soit à la gendarmerie ou à la préfecture, tout le monde a été vraiment très gentil, très humain avec moi lorsque j’étais au plus mal en apprenant les nouvelles. »

Avec les services de la préfecture, Babouse négocie aussi un déplacement à Paris, où il se sent d’ailleurs plus en sécurité que dans le Montreuillois. Il attend aussi, surtout, que les principaux suspects soient arrêtés et que des investigations se poursuivent afin d’écarter tout danger autour de lui. Et ainsi lever la protection rapprochée. Pour essayer, à nouveau, de « rigoler ».

* Pour préserver sa sécurité, nous ne révélons ni son identité ni son lieu de résidence.

Source : Nord Eclair

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