Au fond de l’Atlantique, les déchets nucléaires du XXe siècle refont surface
Auteur(s) France-Soir Publié le 06 juillet 2026 – 17:35

À près de 5 000 mètres de profondeur, des scientifiques ont retrouvé des milliers de fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique Nord-Est. Cette décharge abyssale, longtemps reléguée aux marges de la mémoire industrielle européenne, revient aujourd’hui nous hanter.
Pendant plusieurs décennies, l’Europe a envoyé une partie de ses déchets radioactifs au fond de l’océan Atlantique. Le geste paraît aujourd’hui invraisemblable. Il fut pourtant considéré comme une solution acceptable, pratique et économique à l’époque. Selon le CNRS, plus de 200 000 fûts remplis de déchets radioactifs ont été jetés dans les abysses de l’Atlantique Nord-Est entre 1946 et 1990, par plusieurs États européens. Ces déchets étaient incorporés dans du bitume ou du ciment, puis enfermés dans des barils métalliques, avant d’être largués à plus de 4 000 mètres de profondeur. La mission NODSSUM, portée par le CNRS avec l’Ifremer, l’ASNR et plusieurs partenaires scientifiques, vise désormais à cartographier cette zone et à comprendre le comportement des radionucléides dans les eaux profondes.
Reporterre rapporte les mots de Patrick Chardon, ingénieur de recherche au CNRS et copilote de la mission, lorsqu’il voit apparaître les barils au fond de l’eau. « On en voit un, puis deux, puis trois… », décrit-il, face à ce cimetière métallique que les écrans du sous-marin révèlent peu à peu. Certains fûts sont corrodés, d’autres sont abîmés, tandis que la faune s’est parfois installée dessus.
Les premiers résultats publiés par le CNRS après la campagne de 2025 indiquaient que 16 plongées du robot autonome Ulyx avaient permis de documenter l’état de conservation des barils, « parfois endommagés, corrodés ou colonisés par la faune ». Aucune anomalie liée à la radioprotection n’avait alors été relevée sur les échantillons collectés, mais des analyses complémentaires étaient en cours sur l’eau, les sédiments et les organismes vivants. Une seconde campagne devait ensuite s’approcher davantage des fûts. Patrick Chardon expliquait à Puy de Sciences que la zone étudiée couvre 14 500 km², à près de 4 800 mètres de profondeur et à environ 1 200 kilomètres à l’ouest de La Rochelle. L’objectif est de cartographier la présence des fûts et d’évaluer leur impact environnemental sur les écosystèmes des plaines abyssales. Il faudra attendre les analyses en laboratoire pour savoir précisément ce qui migre, ce qui reste, ce qui contamine ou non. On peut déjà noter que ce qu’on jette ne disparaît pas par magie
Source : France Soir
Laisser un commentaire