Analyse critique de la Circ. du 16 juillet 2013 ayant trait au dialogue interne dans la Gendarmerie

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La Circulaire est ici : http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2013/08/cir_37391.pdf

PREAMBULE
Le statut général des militaires (1) définit les droits et les devoirs des militaires de Ia gendarmerie. La loi prévoit qu’il appartient au chef à tous les échelons, de veiller aux intérêts de ses subordonnés et de rendre compte, par la voie hiérarchique, de tout problème de caractère général porté a sa connaissance.

Très belle théorie annoncée dans le statut général des militaires. Mais qu’en est-il concrètement dans la réalité ? L’objet de la présente circulaire démontre déjà le côté théorique et utopique de cette affirmation dans les statuts. Si “le chef” avait veillé aux intérêts de  ses subordonnés, nous le saurions depuis longtemps et cette circulaire ainsi que les précédentes n’aurait pas été nécessaire.

Afin de mieux allier performance et prise en compte des préoccupations et des attentes exprimées par les subordonnés, La gendarmerie nationale a décidé de promouvoir, des la formation initiale, puis de garantir, à chaque instant, un système d’échanges respectueux, dans un climat de confiance et de transparence:

Échanges respectueux, climat de confiance, transparence… Seraient donc cela le dialogue interne ?

Avant de poursuivre, voyons exactement de quoi l’on parle ; Qu’est-ce que le dialogue ?  

Le mot « dialogue »  désigne un type de communication entre plusieurs personnes ou groupes de personnes. il se distingue de la discussion et du débat en se référant  à un mode de conversation qui comporte raison, discernement, exactitude et sagesse.

Comme toutes communications, le dialogue comprend au minimum un émetteur et un récepteur.  Dans un dialogue véritable, le but n’est  pas le sujet de l’énoncé, il ne s’agit pas d’avoir raison du récepteur ni de lui imposer un point de vue cognitif, une perspective ou référence. La parole est contenue dans le message et transmise dans la communication, afin d’être décodée et reçue par le destinataire, puis de lui signifier quelque chose qui fait sens dans sa propre existence.

Le dialogue appelle donc à ce que les acteurs de la communication soient transformés dans leur être, en toute liberté ; l’écoute active, l’humilité sincère et le respect mutuel y sont donc nécessaires. Les modèles de l’intelligence sociale structurent l’organisation du dialogue au sein d’un corps social.

Dans la Revue de la gendarmerie nationale,( RGN N°236 de Septembre 2010, Dialogue interne en gendarmerie: enjeux et perspectives) le général Philippe MAZY résumait ainsi son opinion :

«Le rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur pose la question de l’intégration d’une force militaire qui présente un mode de dialogue interne totalement différent du modèle dominant dans le ministère. Dans l’intérêt de tous, une nouvelle voie de concertation doit être proposée, novatrice et participatrice, ouverte vers l’extérieur mais toujours fidèle au statut du militaire. Cela nécessite une réflexion tant au niveau de la formation que du système de représentation des militaires au sein des instances de concertation. »

Je pense que tout comme moi vous avez compris que le “dialogue d’un modèle dominant dans le ministère” ce sont les syndicats de police…

Mais si nous parlons de dialogue, il serait bon aussi de définir la concertation.

La concertation est l’action, pour plusieurs personnes, de s’accorder en vue d’un projet commun. Elle se distingue de la négociation en ce qu’elle n’aboutit pas nécessairement à une décision, mais qu’elle vise à la préparer. C’est le cas par exemple lorsqu’une collectivité territoriale engage un processus de concertation avec la population locale dans la perspective d’un aménagement : la décision finale appartient aux élus qui seuls en détiennent formellement le pouvoir, mais qui devront intégrer les résultats de la concertation.

La concertation suppose la confrontation entre les parties, l’échange d’arguments, l’explicitation des points de vue de chacun.

Voici donc décortiqué le préambule de notre circulaire.  Passons maintenant à son objet et sa finalité :

le dialogue interne. un projet commun : mieux vivre et mieux travailler ensemble,

un objectif : optimiser le moral et la performance collective.

Ici pas grand-chose à dire.

Les constituants et les contours du dialogue interne :

La circulaire précise que ce dialogue n’est pas un système de cogestion.

En clair, quoi que vous puissiez exprimer, vous n’avez pas la parole et aucun pouvoir de gestion.
Votre avis importe peu et rien n’influera sur leurs décisions.

L’acteur essentiel et force de proposition est le militaire mandaté,  il porte les préoccupations de ses pairs à la connaissance du chef qui demeure seul responsable des suites à donner et des décisions à prendre. Le militaire mandate est un conseiller du commandement. Son rôle consiste à éclairer la décision prise par le chef.

Traduction :  « le militaire mandaté » n’est là que pour informer et renseigner le chef. Ce dernier est seul juge pour donner suite ou non. En clair le militaire “mandaté” est un outil d’information et non pas un partenaire de concertation permettant d’influer sur une décision. Il n’a aucun pouvoir.

Mais je ne vais pas m’étaler de trop à la suite de ce décorticage, je passerai directement à la page 5 de la circulaire, paragraphe 1.4.1.

Principe Déontologique

Le dialogue interne intègre les valeurs d’estime et de respect réciproques. 

A ceci je répondrai pour tout commentaire que l’estime et le respect sont des valeurs qui ne s’imposent pas mais se méritent.

A ce titre, les titulaires de commandement et les militaires mandatés…/ excluent toute velléité de cogestion et de manipulation, ils s’inscrivent dans une démarche de confiance mutuelle fondée sur la loyauté, la discrétion, le discernement et l’observation du devoir de réserve.

En clair, ceux qui ne commandent pas, ceux qui ne sont pas mandaté, passez votre chemin il n’y a rien à voir !  Mieux, rappelez vous que vous devez faire confiance, avoir de la loyauté.

De plus vous devez être discret, quand au discernement, si vous êtes en opposition vous n’avez pas de discernement !!!  Fermez le ban ! 

Enfin et surtout, observez le devoir de réserve…Ce fameux devoir de réserve, qui n’est toujours pas encadré législativement, (et pour cause…) mais qui permet tous les abus et interprétations de la hiérarchie à tous les niveaux…

Geneviève Koubi, sur le site « Droit cri-Tic » fait elle aussi une analyse très intéressante de cette circulaire que je vous invite à lire.

En conclusion, cette circulaire n’est pas une avancée pour le bien être des militaires de la Gendarmerie mais bel et bien un retour en arrière. Elle ne sert qu’à resserrer les boulons et à ôter à tout un chacun toute velléité de contestation.

Pour mémoire j’avais déjà publié ICI un article concernant cette circulaire. Cette article avait également fait l’objet de nombreux commentaires que je vous invite à lire ou a relire.

Dans le même esprit je faisais référence à un autre article intitulé “silence ! fermez vos gueules“.

Ronald Guillaumont

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